Marguerite Genet : Senior mais pas trop

Marguerite Genet - crédit photo : Benjamin Genet
© Benjamin Genet

À cinquante printemps et quelques roses, Marguerite Genet a ressenti les effets de l’âge. Pas tellement celui des rides mais celui du nouveau regard qu’on lui portait dans l’entreprise. Elle était désormais une senior, une espèce peu désirée dans le milieu du travail. Branle-bas de combat : elle lance un blog et se découvre la fibre syndicale. Une façon de rebondir et de s’affirmer dans la peau d’une quinqua.

Ma grand-mère s’habillait de robes à fleurs achetées sur des catalogues de vente par correspondance, elle portait les cheveux bouclés aux bigoudis et dormait avec ses dents sur la table de chevet. Marguerite Genet est également grand-mère mais c’est bien le seul point commun qu’elle partage avec mon aïeule. Senior mais pas trop. Comme le nom de son blog, cette femme jean-bottines-marinière-veste en cuir et carré lisse casse l’image de celles et ceux qu’on qualifiait hier du 3e âge. C’est pour réhabiliter les seniors d’aujourd’hui et dire qu’elle ne se retrouve pas dans l’image des quinquas relayée dans les médias qu’elle a lancé son blog il y a trois ans. C’était également une manière de rebondir après sa mise au placard dans l’entreprise où elle avait déjà passé 30 ans.

« Des dossiers m’ont été retirés, une autre attachée de presse a été recrutée dans mon dos et un chef m’a été imposé. Je me suis alors dit que ça commençait à sentir mauvais », se souvient-elle encore ébranlée par cette période douloureuse. Elle s’est posé des questions, a réfléchi aux événements, souvent le corps plongé dans l’eau à parcourir des longueurs à la piscine : « Je prends de l’âge, je deviens senior », s’est-elle dit. Loin d’être une fatalité, bien au contraire « vieillir ne [lui] fait ni chaud, ni froid », elle réagit. Elle ne compte pas se laisser intimider ni succomber aux pressions : elle ne quittera pas l’entreprise, elle s’« accroche aux branches ».

Seniorescence : l’adolescence des quinquas

Finalement, elle change de fonction pour travailler au service événementiel. Si sa mise à l’écart aura servi de déclencheur, une prise de conscience pointait déjà. « La cinquantaine est une période de profonds changements. On s’ouvre à de nouvelles choses, on fait le deuil d’autres. Apparaissent les premières rides et les premiers maux aux genoux. Ces similitudes avec l’adolescence, avec leur lot de changements physiques et psychique au moment du passage à un autre âge, ont donné naissance au concept de seniorescence dans lequel Marguerite se reconnaît parfaitement. Si cet âge suscite beaucoup d’interrogations, c’est aussi « une période forte et très riche. Ces dix années à partir de 50 ans sont une opportunité pour devenir vraiment soi, s’enthousiasme-t-elle. Les choses qu’on avait mises de côté reviennent, et là il n’est plus question de se trouver des excuses pour ne pas les réaliser. Mais pour cela, il y a un travail à faire sur soi ».  

Ces bouleversements se sont concrétisés pour Marguerite Genet par le lancement de son blog donc mais aussi par son entrée dans l’engagement syndicaliste. «  Je me suis lancée à 300 à l’heure dans le blog et le syndicat. A ce moment là, je me disais que si je ne le faisais pas, j’allais en crever ». Ces deux activités se complètent l’une, l’autre, l’enrichissent, lui permettent de prendre de la distance et la « passionne » véritablement. « Je bosse, je lis, je me forme, je mets beaucoup d’énergie dans ces nouvelles fonctions ». Parmi ses sujets de prédilection, logique, le travail des seniors occupe une place importante. D’ailleurs, avec la casquette syndicaliste, elle milite pour l’entretien de deuxième partie de carrière.

Aujourd’hui, cette maman de trois enfants et grand-mère de quatre petits-enfants qui vient de fêter ses 60 ans est aujourd’hui sereine. « Je me pose beaucoup moins de questions qu’à 50 ans ». Et son avenir alors ? Dans deux ans, elle sera en retraite, une « deuxième vie » à laquelle elle pense sans appréhension et qu’elle consacrera pleinement à son blog. En attendant, Marguerite Genet a encore du pain sur la planche et travaille notamment au passage du flambeau syndical, une activité qu’elle a construite de ses mains au sein de son entreprise. Senior mais pas trop on vous dit.  

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