Au pair : les mamies se lancent dans l’affaire !

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Tout le monde connait le concept des jeunes filles au pair, qui souvent sont des étrangères souhaitant vivre dans un autre pays, apprendre une autre langue ou encore faire des études à côté. Dans la même veine, un nouveau concept commence à séduire : les mamies au pair ! Une initiative qui témoigne d’un besoin de transmission intergénérationnelle, d’une nécessité de mieux vivre ensemble, de 7 à 77 ans.

 

« Je suis désolée, mais depuis trois jours, ça n’arrête pas ! » s’excuse Françoise Longa, à l’autre bout du fil. Il est vrai que cette femme active est difficile à joindre depuis quelques jours. Fondatrice du site mamieaupair.fr, elle s’est lancée dans cette affaire en juillet 2012, comptant aujourd’hui sur un réseau d’environ « 800 mamies ». Forte de son succès, elle assure recevoir de nouvelles candidatures tous les jours mais reste « rigoureuse dans la sélection ».

Pourquoi se lancer dans un tel projet ? « Autour de moi, il y a quatre ans, je voyais des femmes qui n’étaient pas encore à la retraite mais qui la redoutaient », raconte cette femme de 57 ans. « Elles avaient peur de s’ennuyer, d’être isolées. Certains ont leurs enfants installés ailleurs, et puis il y a celles qui deviennent veuves ou larguées par leur mari pour une plus jeune ! Donc je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée. J’ai mis à peu près un an pour m’y mettre. A l’époque, je n’y connaissais rien, j’ai aussi dû me mettre à l’informatique… Une heure à peine après la mise en ligne du site, j’avais une première candidature d’une mamie. Je n’arrivais pas y croire ! »

Veiller à ce que les mamies ne soient pas des « esclaves modernes »

 

Depuis les débuts du site, Françoise cherche à contenter tout le monde, les parents comme les seniors prêtes à s’occuper d’enfants. « Tout le monde a ses exigences donc les mises en relation sont très longues », détaille la responsable de Mamies au pair. « J’ai déjà eu des mamies étrangères,  ma fille m’aide dans ces cas-là, mais globalement il y en a très peu ». Sur les conditions de travail, elle avoue faire très attention, ne souhaitant pas « qu’elles deviennent des esclaves modernes ».

Côté mauvaise expérience, Françoise concède que cela peut arriver. « Les gens reviennent toujours sauf si ça se passe mal ou si la famille quelque part n’a pas été très honnête », raconte-t-elle, «  après, je note tout exprès. Une fois, une famille dans le sud a ajouté dès l’arrivée de la mamie une heure de travail par jour par rapport à ce que j’avais dit. En plus, je ne l’ai pas su de suite parce que la personne était très gentille, mais dès que je l’ai appris, j’ai arrêté de travailler avec cette famille. Ça peut arriver mais c’est extrêmement rare ».

Rencontrer « des gens supers ! »

 

Globalement, une mamie au pair travaille 25 heures par semaine, et est rémunérée 500€ net en plus des avantages en nature, c’est-à-dire nourriture et logement. Après, tout dépend des familles, certaines peuvent être payées plus. Fondamentalement, le rôle de Françoise c’est d’aider « à tous les niveaux, il faut tout prendre en charge », mais pour elle, c’est aussi l’occasion de rencontrer « des gens supers » ! Pour Claudette, qui fêtera ses 70 printemps dans six mois, « ce sont des découvertes à chaque fois ! Des familles différentes, des lieux différents… ça me permet aussi de voyager. Par exemple, je suis actuellement à Nantes, c’est une belle ville, j’en profite pour la découvrir ».

Elle s’y occupe du petit garçon d’Elodie, âgé de deux ans et demi. Pour la jeune maman, intermittente du spectacle, avoir recours à une mamie au pair est la solution la mieux adaptée à sa situation. « Après une longue enquête pour trouver la meilleure option pour la garde de mon petit bout, c’est une agence de jeunes filles au pair qui m’a conseillé d’aller vers une mamie au pair » explique la jeune maman. « Je ne connaissais pas du tout et je trouve le concept génial ! Il me fallait une personne disponible qui puisse aussi s’adapter à des horaires particuliers ou à des changements de plan ».

« On est là pour gérer les enfants mais pas les élever »

 

Originaire de Boulogne-sur-mer, Claudette est retraitée de la fonction publique. Elle reste auprès de familles pour quelques semaines voire quelques mois « mais quand c’est trop long, je n’aime pas. On s’attache trop aux enfants après, ce n’est pas bon. Trois, quatre mois, c’est largement suffisant ». D’ailleurs, elle estime qu’il y a une règle essentielle que toute mamie au pair doit intégrer : « On est là pour gérer les enfants mais pas les élever, ça c’est le rôle des parents ».

Etre mamie au pair, c’est un moyen aussi de s’occuper et de voyager, même « si [elle] paie un loyer pour pas grand-chose » dit-elle avant d’ajouter, « mais je pourrai acheter un camping-car… vous savez comme les escargots ! [rires] ». En effet, en l’espace de quatre ans, elle a connu sept familles et a pu travailler à Saint-Nazaire, Montélimar, en Savoie ou encore en Mayenne, où elle se rendra encore cette année.

De l’énergie à revendre

 

Des femmes actives et surtout avec de l’énergie à revendre ! « J’aime avoir des mamies ravies, c’est ça qui me plait », explique Françoise, « c’est montrer qu’on vit pour quelque chose, qu’après la retraite, ce n’est pas fini ! J’ai déjà envoyé une dame au Brésil pour trois mois, une autre aussi au Maroc… Ces femmes sont dynamiques et drôles. Apporter du bonheur, c’est pour moi une grande joie ! »

Un sentiment que Claudette partage volontiers. « Dans mes meilleurs souvenirs, il y a bien sûr ma famille de Saint-Nazaire » explique-t-elle. « Je suis vraiment restée attachée à ces enfants, et ils me considèrent comme quelqu’un de leur famille. Les pitchounes m’aiment vraiment bien, au point de m’appeler parfois « mamie »! Et puis, j’ai adoré la Mayenne aussi ! J’y ai  découvert un monde que je ne connaissais pas. Les chevaux de course, c’est passionnant ! » Pour autant, même si elle aime être mamie au pair, elle songe à la raison qui pourra la faire arrêter.  « Plus tard, j’espère bien pouvoir m’occuper de mes arrières petits-enfants » nous confie-t-elle, un sourire dans la voix.

 
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