Forces Femmes aide les + de 45 ans à (re)trouver une activité professionnelle

Atelier Force Femmes - crédit photo : association Force Femmes
© Association Force Femmes

Trouver un emploi après 45 ans ? Pas simple. Encore moins lorsque l’on est une femme. Pour les aider à retrouver un emploi ou lancer leur activité, l’association Force Femmes les accompagne dans leur démarche. Nous avons participé à l’atelier sur les stéréotypes associés aux seniors dans le monde professionnel. Reportage.

Marie a fait toute sa carrière dans la finance, Juliette s’est réinstallée en France depuis une dizaine de jours après avoir travaillé plus de 20 ans à l’étranger, Corinne a dû s’arrêter de travailler pour se soigner… Toutes ont un profil et un parcours professionnel différents, elles ont travaillé dans des secteurs d’activité aux antipodes, leur niveau d’études diffèrent. Leurs points communs ? Ces femmes de plus de 45 ans cherchent un emploi.
Ce matin de janvier illuminé d’un éclatant soleil d’hiver aux températures en dessous de zéro, huit quadra, quinqua et plus participent à un atelier visant à sensibiliser aux stéréotypes accolés aux seniors dans le monde professionnel. En effet, après 45 ans, mais surtout à partir de 50 ans, un salarié est considéré comme un senior en entreprise. Si certains honnissent le mot – « Pour moi senior ce sont les plus de 80 ans », réagit Elsa – toutes s’accordent sur le fait que leur âge pose « peut-être » problème auprès des recruteurs. « Mais ils ne le disent pas explicitement…», glisse l’une. « Ils prétextent le salaire trop élevé », « les entretiens se passent bien mais ils ne rappellent pas » témoignent-elles toutes en chœur.

Et les statistiques corroborent ces impressions. En France, l’âge est la première des discriminations, le genre le deuxième. Autant dire que les femmes passées 45 ans cumulent les difficultés. De ce constat est né Force Femmes. Depuis 10 ans, l’association combat les idées reçues et accompagnent les femmes seniors dans l’emploi ou la création d’activité, à travers des ateliers comme celui de ce matin et un suivi personnalisé. Par ailleurs, Force Femme pour qui « l’intergénérationnel est une force et participe à la mixité professionnelle nécessaire aux entreprises » travaille à faire évoluer et changer les mentalités à l’extérieur.

Stéréotypes négatifs et positifs
« Cela faisait longtemps que je réfléchissais à monter un atelier sur les stéréotypes. Mais j’hésitais. J’avais peur que cela soit déprimant pour les participantes », explique Sophie Hollanders, l’animatrice bénévole de l’atelier pour Force Femme. L’experte en ressources humaines et en prévention des discriminations poursuit : « mais j’ai travaillé sur la pédagogie de l’atelier et les exercices de sorte que les participantes prennent conscience de l’existence de stéréotypes et apprennent à les déconstruire ». « Face à ces stéréotypes, elles doivent se préparer, apprendre à rassurer et minimiser les risques », précise-t-elle. En effet, d’après une étude réalisée par Force Femmes en 2015, les cabinets en ressources humaines déclarent pour 47 % d’entre eux qu’il est difficile de placer une femme de plus de 45 ans.

Après que chacune se soit présentée aux autres en partageant ses attentes de la matinée, l’atelier à proprement parlé a démarré. Qu’est-ce qu’un préjugé, une discrimination, un stéréotype ? Sophie Hollanders rentre dans le vif du sujet. Une fois les définitions clarifiées, les participantes sont invitées à lister les stéréotypes dont pâtissent les seniors dans le milieu professionnel. « Un senior manque de dynamisme », « ne connaît pas le digital », « a du mal à s’adapter ». Les réponses fusent, il n’en manque qu’une, celle-là même que les huit femmes ont pourtant spontanément évoqué en tout début de matinée. « Un senior coûte cher », complète l’animatrice. Mais à côté de ces stéréotypes négatifs en existent des positifs que les participantes relèvent tout aussi facilement : l’expérience, l’autonomie, l’organisation et la capacité de recul.

Distiller des informations
Du côté des cabinets RH et des recruteurs les perceptions sont les mêmes. Une bonne nouvelle estime Marie : « si tout le monde partage les mêmes stéréotypes, nous savons à quoi nous attendre, nous pouvons donc nous y préparer ». Et c’est tout l’objectif de ces ateliers. En l’espèce, Sophie Hollanders suggère de « distiller des informations » verbales et non verbales qui iront à l’encontre de ces idées pré-conçues. Préférez ainsi l’ajout de l’adresse de son compte twitter sur son CV plutôt que d’affirmer en entretien que le digital est notre dada.

Après la théorie, place à la pratique. « Si vous êtes embauchée, votre manager direct aura 15 ans de moins que vous. Comment imaginez-vous que cela puisse se passer ? » demande l’animatrice. Samira parle  d’une expérience professionnelle similaire qui s’est parfaitement déroulée, des avantages d’une relation intergénérationnelle et de la « complémentarité des compétences ».
Les participantes sont unanimes. « L’écho collectif est intéressant, elles peuvent se rendre compte que les difficultés sont partagées explique Sophie Hollanders.

L’exercice se répète avec d’autres questions sur l’adaptabilité et le salaire. Dans une enquête menée par l’association, 68 % des femmes disent être prêtes à faire des concessions sur le salaire pour retrouver un emploi. « Les femmes acceptent une baisse de salaire de l’ordre de 22% en moyenne, précise-t-elle. Mais c’est à vous de définir un minimum en deçà duquel vous ne descendrez pas ».

Après trois heures d’atelier, l’humeur du groupe est enthousiaste. « Cet atelier a permis de clarifier la question des stéréotypes, développer des arguments auxquels on ne pensait pas, notamment les positifs qui peuvent devenir des atouts », explique Marie. Et peut-être aussi en se disant « 45 ans et alors ? », comme le slogan de l’association le suggère.

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