« Kawaa Grandir Ensemble », l’anti – attentats de novembre

© Kawaa Grandir Ensemble

Le contexte interreligieux qui nous entoure semble de plus en plus tendu et le nombre d’actes antisémites et islamophobes recensés en France a littéralement explosé en 2015. Refusant de rester les bras croisés, deux organismes se sont associés pour mettre au point un format de rencontre unique, les « Kawaa Grandir Ensemble ». Et si la solution consistait juste à prendre un café et échanger à propos de ces convictions qui nous animent ?

Lasses des discours anxiogènes et des tensions suscitées à l’évocation des religions, Marine Quenin, déléguée générale de Grandir Ensemble et Kévin André, fondateur de l’entreprise sociale Kawaa décident de mettre en commun leurs expertises. Une idée germe. Organiser des rencontres pour permettre à des inconnus de dialoguer autour d’un thème injustement tabou, les convictions religieuses. Que l’on soit chrétien, musulman, juif, athée, bouddhiste ou autre, chacun est invité à partager une heure ensemble pour échanger, sans prosélytisme, sur les fondements et les pratiques associés à leur croyance. « Considérer les gens uniquement par rapport à leur position convictionnelle est un raccourci extrême, nauséabond et dangereux », explique Marine Quenin. « Il fallait vraiment qu’on organise un cadre pour que les gens puissent se rencontrer et comprendre que derrière des convictions se trouvaient des personnes à part entière », poursuit-elle.

Une perception apaisée de la laïcité

Organisés dans des cafés, chaque « Kawaa Grandir Ensemble » réunit 10 à 20 participants. Un animateur est chargé d’expliquer le déroulement de la rencontre et former des binômes de convictions différentes. Loin de la tendance du speed-dating, il s’agit ici d’apprendre à connaître, une heure durant, une seule et même personne. « C’est justement ce qui m’intéressait », raconte Elsa, qui s’apprête à participer à son premier Kawaa inter-conviction. « Pouvoir rencontrer vraiment une personne, discuter sans banalités, parler de choses personnelles. J’espère que ça va me permettre de mieux comprendre une religion et avoir un regard plus éclairé », confie-t-elle. Pour briser la glace où relancer la conversation, des questions sont à la disposition des participants mais certains binômes n’en voient pas l’utilité. « Ce soir, j’ai rencontré un monsieur passionnant. Je crois qu’on aurait pu continuer à parler toute la nuit ! », affirme Gwladys, galvanisée par l’expérience de Grandir Ensemble, une organisation qui défend « une perception apaisée de la laïcité ». « Il ne faut pas être dans la négation du religieux en disant, par exemple, que la religion n’a rien à faire dans l’espace public mais, au contraire, libérer la parole et faire en sorte que les différentes convictions puissent cohabiter sans avoir peur l’une de l’autre », assure Marine Quenin.

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Devenez animateur de vivre ensemble

Au-delà de son concept, la force de l’initiative réside aussi dans son ingénieuse stratégie de développement. À la fin de chaque Kawaa, l’animateur propose aux participants de devenir eux-mêmes de futurs animateurs. « C’est un format de rencontre qui est assez simple à prendre en main. L’idée, c’est faire en sorte que d’autres gens soient moteurs du projet et puissent à leur tour organiser des rencontres », explique Emilie Lepoivre, chargée de coordination et d’animation à Grandir Ensemble. Une méthode qui semble porter ses fruits puisque chaque rencontre apporte son lot de nouveaux volontaires. « Mon premier Kawaa m’avait beaucoup plut et m’avait donné les clés pour me lancer très prochainement dans l’animation d’une rencontre », indique Gwladys. Un engagement citoyen peu chronophage comme le signale Marine Quenin : « Depuis les attentats, nous recevons des appels de gens qui nous demandent comment changer les choses. Mais ils nous disent aussi qu’ils n’ont pas forcément beaucoup de temps. Organiser un Kawaa est une excellente façon de le faire en seulement une heure ! »

Objectif : 1 million de participants !

Depuis un an, 30 « Kawaa Grandir Ensemble » ont été organisés dans 13 villes de France. Un réseau qui prospère puisque 6 nouvelles citées s’apprêtent à accueillir leur premier Kawaa. De quoi nourrir un objectif ambitieux : convaincre, d’ici deux ans, un million de personnes de venir, au moins une fois, à la rencontre de l’autre. « C’est un objectif très ambitieux mais un objectif possible ! », assure Marine Quenin. « Si c’est repris, que les gens s’en saisissent et font en sorte qu’on soit « l’anti-attentats de novembre », qu’on réinvestisse les cafés comme lieux de convivialité, lieux de rencontre de l’autre, alors ce sera l’affirmation qu’on est un pays ouvert contrairement à ce qu’« ils » veulent faire de nous », conclue-t-elle.

Retrouvez les dates des prochains « Kawaa Grandir Ensemble »


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1 Comment

  • chère madame ,je suis touché par votre commentaire,relativement quant à son objectif qui est trés noble.Pour ma part, je pense que chaque personne possède (dans son subconscient….innée ) une part importante relativement à la perception qu’elle se fait de son environnement et de l’univers , alors que le reste de cette…perception (disons la moitié) est suggérée par les acquits que lui procure la communication( famille ,école, médias et …….RELATIONS). Je vis en Algerie mais je reste à l’écoute des événements en France et de par le monde.Aussi, permettez moi de vous féliciter pour votre…empathie NATURELLE Et à plus. Votre .

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