L’exposition « Frontières » : un récit migratoire

L'exposition Frontières

Ouverte jusqu’au 29 mai 2016 au Musée de l’histoire de l’immigration, l’exposition « Frontières »  revient sur des siècles de migration en France.

L‘exposition « Frontières » nous offre des éclairages saisissants sur notre modèle d’intégration parfois contestable, parfois idéal. Le but recherché est, pour reprendre les mots du Président du Musée Benjamin Stora, « de présenter au public des clés pour comprendre comment, historiquement et géographiquement, les frontières se sont construites, ont évolué et ont fixé la réalité des nations et du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. »

Dans une époque où les pays développés assistent avec effroi à l’arrivée massive de populations qui fuient la guerre et la misère, il est bienvenue d’aborder avec recul la question de la migration. D’autant plus mis en scène dans un musée aussi emblématique. Car l’exposition « Frontières » a tenté d’apaiser le débat, de revenir sur une histoire mouvementée, qui n’a pas manqué d’agiter d’houleux débats politiques.

La première salle ouvre l’exposition sur un hommage au photojournaliste Paul Almasy (1906-2003) qui nous confronte aux bidonvilles des années 60 dans une série de clichés qui interpellent. Occupés par des travailleurs algériens, portugais, marocains, ces zones de baraques insalubres servaient de logement à la périphérie des métropoles. Ces photographies, prises sans fard et sans mise en scène, mettent en lumière la solitude de ces travailleurs venus d’horizons lointains et déjà relégués au banc de la société.

De la route vers la mer

Il y a l’immigration officielle, celle du travail décidé par l’Etat et les usines, et la migration dans l’espoir d’une vie meilleure au risque de la perdre. L’installation vidéo « Harragas » (« Ceux qui brûlent », en arabe argotique), provenant de vidéos tournées avec des téléphones portables de migrants clandestins, témoigne de cette volonté féroce de franchir les frontières, fussent-elles d’eau, et quel qu’en soit le prix. Bruno Boudjellal, l’initiateur du projet, jette ainsi une lumière crue sur une réalité devant laquelle nous fermons les yeux.

La migration est un récit en perpétuel mouvement qui peut prendre une tournure dramatique. L’écho de l’actualité face à ce phénomène, d’hier à aujourd’hui, montre la régularité de ces déplacements de populations. Pour tenter de sourire face à une exposition qui nous prend aux tripes, tant par la diversité des projets artistiques que par leur profondeur, on ne saurait que trop conseiller la série de photos « Voitures cathédrales ». Ce projet initié par Thomas Mailaende en 2002, revient sur le ballet permanent de ces voitures chargées de meubles, bagages, sacs de toutes tailles et de toutes sortes, partant de Marseille, port du sud, vers d’orientales contrées. On se demande, non sans ironie, comment de si petites voitures peuvent supporter tout ce poids…

L’exposition « Frontières » raconte toutes les frontières qui nous empêchent de voir nos frères en humanité. Elle s’arpente, s’explore, se découvre sous toutes ses facettes, de l’apport des sportifs issus de l’immigration à la participation des travailleurs immigrés aux grèves et événements sociaux de la deuxième moitié du 20ème siècle. Le Musée de l’histoire de l’immigration, en ce sens, joue bien son rôle de pacificateur des esprits.

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