Pour Roger Cukierman, quand « on le veut, on peut »

© Aurélien Pic

Avec son franc-parler, Roger Cukierman peut déconcerter. Capable d’alterner entre le cynisme, l’humour et la gravité, le président du Crif est revenu sur la situation de la communauté des Français juifs.

L’impression d’entrer dans un bunker. C’est la première chose qui frappe en allant à la rencontre de Roger Cukierman. L’homme est imposant. Tantôt blagueur, tantôt distant, il cultive une attitude de businessman. Son bureau donne l’impression d’être trop étroit pour le « patron » du Conseil représentatif des Institutions juives de France. Les précautions de sécurité sont maximales. « On est inquiet… Pour ma protection, vous avez vu quand vous êtes entrés ici, quel accueil chaleureux vous recevez ! », glisse-t-il, finissant sa phrase en plaisantant. Soudain, le ton se fait plus sérieux. Pour lui, « c’est terrible. Ce n’est pas normal au XXIème siècle de vivre en craignant d’être agressé à tout moment ».

C’était le 3 novembre 2015, à Paris… Soit dix jours avant les terribles attentats qui ont heurté Paris, et dix mois après les attaques de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. « Depuis janvier, 10 000 soldats et policiers protègent les synagogues et les écoles juives, ce dont nous sommes très reconnaissants au gouvernement. Mais en même temps, quand les parents emmènent leurs enfants dans une école avec un soldat lourdement armé, ils se demandent quel sera l’avenir pour ces petits, dans un pays où ils se sentent comme des citoyens de seconde zone ». « Citoyens de seconde zone », l’expression est lâchée.

2015 a été une année difficile pour la communauté juive. Une situation anormale, et difficilement compréhensible pour une communauté plus vieille que la République. « Les Juifs sont en France depuis 2 000 ans » explique-t-il. « On trouve des traces de présences juives très lointaines. Rachi, célèbre talmudiste vivait dans la ville de Troyes au temps des croisades, il y a 1 000 ans. Il travaillait dans le domaine viticole, une activité bien française. En même temps, il était expert de vieux français. Récemment, on a trouvé des traces d’une yeshivah qui date du XIIème siècle sous le palais de justice de Rouen. Montaigne était d’origine juive par sa mère, Proust aussi. Et puis, on a eu tant de prix Nobel donc on a vraiment l’impression d’avoir contribué à la grandeur de notre pays »…


Ceci est un extrait du portrait de Roger Cukierman, tiré de l’édition collector de Respect mag “Les 100 actus 2015, qui nous ont divisés ou rassemblés”. Dans ce numéro spécial, la rédaction revient sous forme chronologique sur les temps forts et les personnalités du mieux vivre ensemble et de la diversité, qui ont marqué cette année.

Témoignages de :
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  • Corinne Rey dite “Coco”, dessinatrice pour Charlie Hebdo,
  • Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris et ancien président du Conseil français du culte musulman (CFCM),
  • Franck Keller, conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine ayant obtenu le prix du “macho de l’année”,
  • Christophe Beaugrand, animateur télé,
  • Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France,
  • Anne Hidalgo, maire de Paris,
  • Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées,
  • Bruno Le Maire, député de l’Eure,
  • Jacques Attali, président de l’ONG Positive Planet,
  • Esther Benbassa, sénatrice du Val-de-Marne,
  • Guillaume Bats, humoriste
  • et Alain Gresh, rédacteur en chef de la revue Orient XXI.

Pour en savoir plus, Respect mag vous offre la possibilité de feuilleter son magazine ici.

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