Monique Pinçon-Charlot : « Il faudrait un changement radical »

Les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot PHOTO MIGUEL MEDINA / AFP
© AFP Photo / Miguel Medina

Ceci est une interview bonus de l’édition collector de Respect mag “Les 100 actus 2015, qui nous ont divisés ou rassemblés”. Dans ce numéro spécial, la rédaction revient sous forme chronologique sur les temps forts et les personnalités du mieux vivre ensemble et de la diversité, qui ont marqué cette année.

Témoignages de :
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  • Corinne Rey dite “Coco”, dessinatrice pour Charlie Hebdo,
  • Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris et ancien président du Conseil français du culte musulman (CFCM),
  • Franck Keller, conseiller municipal de Neuilly-sur-seine ayant obtenu le prix du “macho de l’année”,
  • Christophe Beaugrand, animateur télé,
  • Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France,
  • Anne Hidalgo, maire de Paris,
  • Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées,
  • Bruno Le Maire, député de l’Eure,
  • Jacques Attali, président de l’ONG Positive Planet,
  • Esther Benbassa, sénatrice du Val-de-Marne,
  • Guillaume Bats, humoriste
  • et Alain Gresh, rédacteur en chef de la revue Orient XXI.

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Entre les commémorations des 10 ans des émeutes en banlieue et la séquence de la chemise arrachée du DRH d’Air France, outre les attentats sanglants de novembre, cette fin d’année a mis en lumière des expressions de colère, sous le signe de la violence, devant les inégalités sociales. Est-ce là la seule façon de faire se faire entendre ? Monique Pinçon-Charlot, sociologue, revient sur les événements. 

 

Que révèle l’épisode de la chemise arrachée d’un cadre d’Air France en octobre dernier ?

Ce qui est marquant c’est la violence visible et celle invisible. Les médias se sont jetés sur l’histoire de la chemise. En revanche, ils ont été particulièrement discrets sur les dividendes des actionnaires en 2015 montrant qu’Air France ne se portait pas si mal. Alors que l’on parle des ouvriers en les criminalisant, les stigmatisant, les médias relaient peu les violences qu’ils subissent au quotidien, avec la dégradation de leurs conditions de travail depuis des années entre salaires gelés voire en baisse et plans de licenciement. Du coup ça explose. Qui sème la colère récolte la tempête ou récolte la misère, devrais-je dire.

Il y a dix ans les jeunes des banlieues exprimaient leur colère par le feu. La violence est-elle la seule façon d’exprimer sa souffrance et dénoncer les inégalités ?

D’un côté, la petite partie du haut de la société s’accapare tous les pouvoirs et et s’enrichit sur des bases purement spéculatives, tandis que la masse des autres, dans laquelle j’intègre les classes populaires et les classes moyennes, se partagent des miettes tout en faisant tourner la machine économique. Cette souffrance des rapports entre classes qui aboutit à tous les problèmes dont nous parlons est rendue impossible. Les plus riches ont développés des armes idéologiques et linguistiques qui font que l’idée même du changement n’est plus possible. Ainsi, que des jeunes de banlieue ou des pauvres puissent exprimer des souffrances n’est même pas pensable, ni possible. A contrario, dans les prisons françaises il y a très peu de riches. En tout cas, il n’ y a  pas un seul délinquant pour fraude fiscale [cf “Tentative d’évasion (fiscale)”, livre rédigé par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon] alors que ces fraudeurs ont privé l’état de millions voire de milliards d’euros. Bref nous nous retrouvons dans un système dictatorial qui ne dit pas son nom, qui avance sous le masque d’une démocratie et des droits de l’Homme.

Pensez-vous que les inégalités pourraient diminuer ou au moins décroître ?

Il faudrait un changement radical, et non les réformettes mises en place. Avec Michel [son mari, sociologue également, ndlr ], nous parlons de théorie des dominos. En ce moment, ils vont dans le sens des inégalités et d’une oligarchie mondialisée qui mènent la terre et l’humanité à sa perte. Nous pensons que du jour au lendemain, à partir d’un détonateur inconnu aujourd’hui, mais qui pourrait être le pape François, les dominos peuvent se renverser, comme ce qu’il s’est passé pour l’union soviétique..


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