Harcèlement scolaire: pour “sortir de la banalisation”

© Infrarouge/CAPA
© Infrarouge / CAPA

Avec « Souffres douleurs, ils se manifestent », Andréa Rawlins n’a pas seulement réalisé un documentaire. A l’occasion de la rentrée 2016, Respect mag est retourné voir la journaliste de Capa qui a livré un véritable manifeste avec le témoignage de ces enfants et parents, dont la vie a été bouleversée par le harcèlement scolaire. A voir et revoir.

Vous avez rencontré une centaine de personnes pour garder six personnages principaux. Comment se sont-ils imposés ?
La force de ce film, c’est la parole. Il faut qu’ils arrivent à verbaliser, ce qui n’est pas toujours simple quand on a été victime de harcèlement scolaire, comme de viol. Le deal de départ est de raconter la réalité crue du harcèlement scolaire, pas de simplement dire « j’ai été embêté », et qu’on arrête de dire « oui bon finalement des gamins qui se tapent dessus, qui s’enquiquinent, ça a toujours existé ».
Il fallait sortir de la banalisation et pour en sortir, il fallait que les gamins et les parents  puissent raconter la réalité crue du harcèlement scolaire. Je voulais également que les gamins soient représentatifs des différentes formes que peuvent prendre le harcèlement scolaire. Un harcèlement classique  de violences physiques ou psychologiques à l’école, mais sur les réseaux sociaux. Je voulais autant de garçons que de filles – qui sont autant à être harcelés- et des parents parce que malheureusement c’est une réalité, il y a des cas de tentatives de suicide, et certaines réussissent à cause du harcèlement scolaire. Il fallait que ça soit représentatif de ce qu’est le harcèlement scolaire en France, même si ce sont des histoires personnelles et individuelles. On se rend compte des différents formes que ça peut prendre, mais aussi des différents motifs, tous aussi débiles les uns que les autres.

Quel dispositif a été mis en place pour la réalisation de ce film ?
C’était en partenariat avec France Inter, Le Parisien, Aujourd’hui en France, avec un énorme site web sur France Télévision, qui a quand même recueilli 8 000 signatures et plus de 2 000 témoignages. Chacun à son niveau avait la possibilité de pouvoir participer à ce mouvement collectif. En devenant des acteurs dans ce film, j’estime qu’ils ne sont pas des victimes mais véritablement des acteurs qui font changer le monde. En relevant la tête et en sortant du silence, ils deviennent des figures de proue.
L’idée est vraiment de creuser, de comprendre leur vécu, les conséquences, d’écouter leur message et la raison pour laquelle ils interpellent les pouvoirs publics. Chaque personne avec qui on parlait, Alexis et moi, la journaliste qui m’a aidé à réaliser ce documentaire, savait qu’ils avaient le temps de la réflexion mais que nous aussi à la fin, on allait leur proposer ou non d’être dans le film.
Pour les mineurs, j’ai pris soin à mettre des gamins qui ne risquaient pas d’être fragilisés par la médiatisation. J’ai vraiment fait attention à ce que  leur histoire ait déjà été creusée, souvent dans la presse régionale, ou par une page Facebook. Ils étaient déjà dans une démarche de combat, ce qui fait aussi qu’ils en parlent aussi bien.

On parle de la première journée contre le harcèlement scolaire en France, le 5 novembre, quelles sont les avancées dans ce combat ?
Najat Vallaud Belkacem a mis en place un numéro à 4 chiffres [le 3020] parce que le numéro vert à rallonge, c’était impossible à retenir. Des choses sont faites mais il y a toujours du harcèlement scolaire, et des gamins souffrant d’un manque d’écoute de la part de leur établissement scolaire. Il y a encore des directions d’école qui banalisent, avec l’impression d’être pointé du doigt parce qu’ils ne font pas bien leur travail. Ils ont tendance à mettre les cas de harcèlement scolaire sous le tapis pour ne pas faire trop de bruit.  Pourtant, j’ai l’impression que les mentalités sont en train de changer dans les établissements scolaires et au ministère de l’Education. Après est-ce qu’il y a un budget réellement alloué ?  Je n’en sais rien. Dans les pays où la lutte contre le harcèlement scolaire est vraiment très efficace et où les chiffres ont vraiment chuté, ce sont des pays où l’on a attribué des millions d’euros à ce but et où des programmes ont été mis en place.

Ci-dessous le documentaire, disponible sur la chaîne YouTube d’Infrarouge:


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