Attentats de Paris : « C’est la France jeune et festive qui a été prise pour cible »

Attentats de Paris : « C'est la France jeune est festive qui a été prise pour cible » / CREDIT PHOTO : Gyrostat / Wikipedia
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Cette semaine, nous avons décidé de publier l’un des nombreux mails que nous avons reçu depuis le 13 novembre dernier. Vous avez été quelques-uns à vouloir vous exprimer publiquement. Il nous a semblé que la place de cette tribune vous était réservée. 

Vendredi 13 novembre au soir, au Bataclan et dans des rues voisines, plusieurs français âgés entre vingt et trente ans, ont abattu mécaniquement des dizaines de personnes et blessé plusieurs centaines d’autres. C’est la France jeune, festive, branchée et décrite comme progressiste qui a été prise pour cible.

En réaction à ce massacre, on voit apparaître sur les réseaux sociaux des appels, des témoignages, enjoignant à « vivre », « à aimer la vie », « à boire », « à écouter de la musique », au nom de « la liberté ». D’accord. La liberté est souvent résumée comme le fait de manger des cacahuètes et de boire de la bière en terrasse. Pourtant, c’est de notre conception de la fraternité que ces tragiques événements viennent interroger. On crie au drame parce que les envoyés de Daesh empêcheraient notre pays de s’amuser, de prendre du plaisir, d’écouter de la musique, mais le plus interpellant et le plus choquant, à mon sens, est que notre pays soit aussi désuni. Que des jeunes tirent sur d’autres jeunes. Voilà ce qui m’interpelle et qui m’interroge : qu’un jeune de vingt ans puisse se radicaliser, prendre les armes, alimenté par la haine, la rancœur et l’ignorance. J’ai envie de comprendre.

« Avant de devenir des bêtes à tuer, ils étaient aussi des hommes »

Comment définit-il son identité ? Pourquoi cette envie de « punir » la société ? Dans quel désert spirituel, psychique, moral, social, affectif vivons-nous pour ne pas être capables de contrecarrer ces idéologies ? Car la « culture » produite au Bataclan ne fait pas écho chez tout le monde. Qu’on se le dise : oui, l’idéologie islamiste, la Syrie, la propagande d’Internet ont fait leur travail de lavage de cerveau. Mais ces terroristes ne sont pas uniquement des « fous » et « des criminels ». Avant de devenir des bêtes à tuer, ils étaient aussi des hommes. Ces français qui ont tiré pouvaient être un frère, un cousin, un voisin. Si on fait le choix de la fraternité, peut-être qu’on pourra mieux se comprendre en sortant de nos quartiers balisés, en allant voir ce qui se passe au-delà du périph.

En payant un café à un inconnu, à une personne à qui on ne parle jamais, en écoutant sa vision du monde, ce qui permettra peut-être de comprendre pourquoi la théorie du complot remporte un si vif succès chez de nombreux jeunes. Bref, en s’intéressant aux autres, plutôt qu’à ceux qui nous ressemblent. Un sursaut d’humanité pour mieux habiter les valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité. C’est en les humanisant qu’on les fera vivre. Pas l’inverse. Après la mort et les souffrances, peut être qu’une nouvelle aurore point.

Et on pourra continuer à picorer des cacahuètes en toute sérénité.

Céline Chadelat, 28 ans, journaliste, ancienne parisienne.

Les propos de l’auteur n’engagent pas la rédaction. 


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