L’islamophobie : cause de l’après-Charlie ? Par Asif Arif et Slimane Tirera

Islam / Islamophobie / Credit Photo : Fuz/Pixabay
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Un billet, publié dans Marianne il y a quelques mois, attire notre attention et notre consternation. Il concerne celui d’un chercheur pensant la lutte contre l’islamophobie « dégradante et illégitime ». Marianne ne déroge pas à sa réputation sulfureuse. Parmi les centaines de milliers de chercheurs qu’il convenait d’aller trouver pour parler d’islamophobie, ils sont allés voir un doctorant du Québec qui tient la douce phrase suivante : « Une partie de la Gauche aurait « substitué à l’antiracisme, une cause noble et légitime, la lutte contre l’islamophobie, une cause dégradante et illégitime ».

L’islamophobie devient, et très insidieusement, une cause dégradante et illégitime. Au-delà du fait qu’il soit indigne pour un chercheur, de soutenir des éléments argumentaires aussi violents, eux qui doivent toujours garder, malgré leurs prises de position, une certaine objectivité. Nous souhaitons répondre aux arguments développés dans ce billet. A l’heure où le gouvernement pense à une grande loi sur les discriminations, il est utile d’attirer son attention sur les arguments suivants.

La nature de l’islamophobie

Pour porter atteinte à une lutte somme toute naturelle, contre les attaques faites à des femmes parce qu’elles sont voilées ou à des citoyens parce qu’ils sont musulmans de confession, Alban Ketelbubers soutient que l’islam n’est pas homogène. Or, une telle argumentation est totalement fausse.

Considérons un instant un agissement islamophobe. Un acte, une invective, une insulte contre une personne en raison de son appartenance à la communauté musulmane. Il importe peu de déterminer si la victime était ou non musulmane, quelle que soit l’école de pensée, pour qualifier l’islamophobie ; le seul fait doit entraîner de fait la qualification de l’islamophobie.
Parlons aussi de certains discours politiques. Lorsque Philippe de Villiers dit qu’il ne veut pas que la France « devienne la fille aînée de l’islam », comment réagit cette gauche façon Marianne ? Va-t-elle laisser passer une telle affirmation ou s’offusquer de son caractère islamophobe puisqu’on admet, indirectement ici, des théories ubuesques, frontistes, du Grand Remplacement ? Comment va se placer ce fameux chercheur quand on lui dit que les kebabs sont interdits pour préserver la culture judéo-chrétienne en France ?

L’auteur reproche également à la France de ne plus appliquer la loi de 1905, ce qui est une agression faite à la jurisprudence du Conseil d’Etat. Si la France n’appliquait pas la loi de 1905, cela se saurait. Il suffit de regarder toute la jurisprudence que le Conseil d’Etat a rendue sur le sujet et tous les développements qui ont eu lieu sur cette loi depuis Charlie. Il faut également encourager le chercheur à aller se documenter chez ses pairs ! Chez Emile Poulat, par exemple, et son ouvrage : « Scruter la loi de 1905 ».

La critique de la religion n’a rien à voir

L’auteur refuse le terme d’islamophobie en ce qu’il revient à dissoudre toute critique de la religion. Autant que nous le sachions, la critique de la religion est un élément totalement sorti du contexte de l’islamophobie.
Lorsqu’on poignarde une femme voilée en pleine rue pour son appartenance à la religion musulmane, il ne s’agit pas d’une simple « critique de la religion », mais bel et bien d’un homicide volontaire qui devrait être accompagné de la circonstance aggravante d’islamophobie.

Lorsqu’on refuse obstinément le prêt d’une salle à une association, simplement parce qu’elle est musulmane, et que de l’autre côté on la prête à d’autres associations religieuses, il ne s’agit effectivement pas d’une critique de la religion mais d’une différence de traitement, illégitime, que l’on peut qualifier de discrimination islamophobe.
En conséquence, l’argument tiré de la mise à mort de la critique de la religion est totalement hors de contexte et ne sert aucunement la démonstration du chercheur qui baigne plus dans la confusion que dans la réalité d’une situation sociale donnée.

Non, la lutte contre l’islamophobie n’est pas dégradante. Au contraire, comme l’affirme Plenel dans son ouvrage « Pour les Musulmans », peut-être qu’il s’agit de la plus inquiétante phobie grandissante dans notre société après l’antisémitisme. Et d’ailleurs, considérer la lutte contre l’antisémitisme comme une lutte dégradante ? Illégitime ? Au même titre que l’islamophobie ? Nous ne pensons pas.

Asif Arif  est Avocat au Barreau de Paris, Auteur, Enseignant en Libertés Publiques, Directeur du site Cultures & Croyances et membre du ComEx Somouv. Slimane Tirera est coordinateur national de La Maison des Potes, directeur général de New-VO Radio et membre du ComEx Somouv.

Les propos des auteurs n’engagent pas la rédaction.

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