Ian Brossat : « Nous n’avons pas à nous excuser d’accueillir des réfugiés »

Ian Brossat : « Nous n’avons pas à nous excuser d’accueillir des réfugiés »
© Mounir Belhidaoui

Adjoint (Parti Communiste) de Anne Hidalgo, Maire de Paris, en charge du logement et de l’hébergement d’urgence, Ian Brossat défend la politique d’accueil des réfugiés à Paris. L’élu trouve notamment que l’Etat français n’en fait pas assez. 

Respect mag : Quelle différence faites-vous entre les termes de réfugiés et de migrants ?
Ian Brossat : Je préfère parler de réfugiés. C’est un échec idéologique que de parler de migrants. La force des mots est très importante. Je note au passage que, progressivement,  le débat politique est passé du mot de « migrant » à celui de « réfugié ». Cela traduit aussi un changement de regard sur ces populations qui arrivent en France parce qu’elles veulent trouver un refuge.

R.M. : Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que des maires ne voulaient accueillir que des réfugiés chrétiens ?
I.B. : C’est scandaleux. Imaginer qu’on puisse sélectionner des réfugiés en fonction de leur religion est une aberration totale. C’est en contradiction avec ce qu’est la République française et ses valeurs. A Paris, nous ne sommes pas dans cette logique-là, mais dans une logique d’accueil inconditionnel. La distinction qu’on établit en permanence entre les réfugiés politiques et économiques me paraît très discutable. En quoi quelqu’un qui fuit la misère serait indigne d’être accueilli ?

R.M. : Etes-vous satisfaits de l’annonce faite par François Hollande d’accueillir 30 000 réfugiés ?
I.B. : Tous les experts du sujet nous disent que c’est très peu. François Hollande veut expliquer aux français qu’il ne faut pas en faire trop. Or, nous n’avons pas à nous excuser d’accueillir des réfugiés qui fuient des dictatures parfois sanguinaires, une misère terrible. François Hollande a cherché, comme d’habitude, à concilier l‘inconciliable : à la fois envoyer un signal, et dans le même temps ne pas trop en faire pour ne pas éveiller la droite et l’extrême-droite. Le jeu de funambule habituel.

R.M. : Comment s’organise la ville de Paris pour accueillir ces migrants ?
I.B. : Elle assume son statut de ville-refuge, ce qui passe par la création de places d’hébergement. Nous avons hébergé plus de 2200 réfugiés depuis le mois de juin. Nous n’avons attendu personne. La ville de Paris, en cela, a un temps d’avance dans cette affaire. Nous n’avons pas attendu la photo du petit Aylan pour agir. On a anticipé les choses, même si on ne peut le faire sans l’aide de l’Etat. On prend nos responsabilités.

R.M. : Avez-vous pu avoir le sentiment d’avoir été pris de court suite aux expulsions qui ont eu lieu au Lycée Jean Quarré ?
I.B. : La situation dans ce Lycée n’est plus gérable. Si on veut évacuer Jean Quarré, il faut des places d’hébergement à la clé. Plus le temps passe, plus le nombre de personnes accueillies au Lycée est élevé, plus le nombre de places à ouvrir pour réussir à les reloger est important. Il faut vraiment que l’Etat nous aide dans cette situation qui n’est pas acceptable.

R.M. : Travaillez-vous avec des associations ?
I.B. : Le travail de la ville de Paris est de trouver du foncier, trouver des immeubles, faire des travaux de mise aux normes. Ensuite, l’Etat finance des associations qui interviennent dans ces centres d’hébergement.  Il y a un travail extrêmement important de la part d’Emmaüs Solidarité, Aurore, et d’autres associations. Je le salue.

R.M. : Ces réfugiés veulent-ils s’installer durablement en France ?
I.B. : Dès lors que leur situation est régulière, bien sûr. Ils ont vocation à être accueillis dans le parc social, comme n’importe quelle personne qui fait une demande de logement social, ou même dans le privé, car il ne faut pas oublier que certains d’entre eux  ont fait des études élevées, ils réussiront à s’intégrer et auront un bon travail derrière.

R.M. : Certaines voix s’élèvent pour dénoncer l’attention portée à ces réfugiés, au détriment des SDF…  Quelle est votre réponse ?
I.B. : La seule réponse est l’augmentation des capacités d’hébergement, ce qu’on fait. Il ne faudrait pas donner l’impression qu’on ait donné une priorité pour les uns au détriment des autres. Tout mètre carré vide inutilisé est un scandale au regard de la situation de crise dans laquelle nous sommes. Il faut réussir à se mobiliser partout où l’on peut.

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