« Voter contre le FN est un devoir citoyen », par Abdelkader Sadouni

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L’imam du quartier des Moulins, situé à Nice, fait l’objet d’attaques de la part de Marion-Maréchal Le Pen, candidate FN aux régionales en Provence-Alpes Côte-d’Azur, et aussi de Christophe Bettati, tête de liste FN dans les Alpes-Maritimes. Abdelkader Sadouni a décidé de porter plainte. Il développe, pour Respect mag, les raisons de son action. 

J’ai dû faire face au mois d’août aux attaques du F.N suite à une interview au journal Nice Matin dans laquelle j’appelais les musulmans d’un quartier de Nice Est à respecter nos engagements et à cesser de prier dans l’espace public, cette image mesurée, ces propos responsables ne plaisent pas au F.N. Nous le savons, leur fond de commerce politique est la haine du musulman, mais aussi qu’un islam organisé, structuré, responsable et citoyen leur déplaît.

Les mots employés et les accusations assénées sont sûrement de la plume d’un de ses acolytes local, Monsieur Philippe Vardon, ex-leader des identitaires à Nice, condamné à quatre mois de prison avec sursis pour incitation à la haine raciale. La coalition islamophobe et raciste s’est rassemblée dans la région P.A.C.A pour gagner des élections non pas par un programme économique crédible mais en attisant la haine et en stigmatisant partie de la population française : nous autres, musulmans, à travers ma personne.  J’ai immédiatement réagi par le dépôt d’une plainte en diffamation, non pas pour ne défendre que ma personne, mais pour porter l’étendard de la résistance face à la stigmatisation et à l’utilisation à des fins électoralistes de l’islam. Il est temps aujourd’hui que tous comprennent que nous ne nous tairons plus, que la justice de ce pays, qui est le nôtre, existe pour tout le monde et que chacun d’entre nous a le droit de vivre dans le respect et la tolérance, bases fondamentales et immuables  d’un état de droit.

Pour justifier leurs positions diffamatoires, la manipulation, le mensonge, la tromperie étaient de mises. Rien ne m’a été épargné. Monsieur Olivier Bettati, tête de liste F.N dans les Alpes Maritimes, un homme qui a trahi ses amis, ses électeurs, ses convictions politiques et républicaines afin de rejoindre le F.N, s’est exprimé sur Facebook suite à un article de presse dans lequel je fais part de mon dépôt de plainte. Ces allégations étaient citées afin de prouver ses accusations à mon encontre. J’y ai répondu avec détails vous pouvez les consulter sur la page Facebook de notre mosquée.

Vous aurez tout le loisir d’apprécier le niveau d’un parti qui prétend aujourd’hui présider une région majeure en France.

Lire aussi : Marion Maréchal-Le Pen attaque Abdelkader Sadouni : la réaction exclusive de l’imam de Nice pour Respect Mag

Je ne vais pas revenir en détail sur ces propos, mais le message que je souhaite passer aujourd’hui à travers cette tribune est le suivant : la mobilisation doit être totale face à ce parti, le F.N me reproche d’avoir donné, selon eux, une fatwa politico-religieuse quand je dis que voter contre le F.N est un devoir citoyen mais aussi religieux. Oui n’en déplaise à certains, il s’agit aussi d’un devoir religieux, mais de tous les religieux, juifs, chrétiens, musulmans, qui doivent être unis face à ce parti. Comme le disait Enrico Macias le F.N ne doit pas passer ! Aucune religion, aucune idéologie humaniste ne peut soutenir les thèses du F.N, c’est pour cela que je confirme ce que j’ai dit au mois d’août sur ce même support médiatique. Nous, responsables religieux, et plus particulièrement musulmans, nous ne devons plus jamais nous taire face aux dérives de l’extrême droite. Regardez aujourd’hui Fréjus, ville sous la responsabilité du F.N. La première décision prise fut d’interdire l’ouverture d’une mosquée dont le permis de construire a été légalement attribué par la majorité précédente. Leur volonté est de rayer toute présence symbolique de l’islam en France : comprenons, à travers cet exemple, et bien d’autres en France, qui sont nombreux, que notre silence, notre refus de nous engager est aussi un moyen qui a permis au F.N d’exister. Ne soyons pas les moutons qui se laissent conduire à l’abattoir, mais plutôt battons-nous dans le sens noble du terme contre une idéologie qui, par le passé, a causé la perte de tout un continent. J’ai décidé aujourd’hui de mener ce combat car je ne veux pas d’une société ou demain les gens ne se parleront plus, où une population est stigmatisée du fait de sa religion ou de son origine. La France rayonne à travers le monde de par sa culture, sa défense des droits de l’homme, ne laissons pas ce parti souiller cette image, donnons à nos enfants la chance de vivre dans un pays ou ils seront chez eux, et qu’ils aimeront. Ceci est notre responsabilité, ce bulletin de vote que vous glisserez dans l’urne pourra changer beaucoup de choses, pourra donner à nos enfants, à nos compatriotes, à notre pays un avenir serein.

A Nice, ville où j’exerce en tant qu’imam depuis de longues années, je suis une personne connue, et respectée, comme j’aime et respecte tous ceux avec qui je travaille dans les différents domaines sociaux et religieux. Le F.N s’attendait à ce que je me taise et laisse passer la tempête comme cela se faisait auparavant. Sachez qu’aujourd’hui ça ne sera plus jamais la même chose. Vous avez face à vous des français musulmans engagés, solidaires, et armés civiquement pour vous répondre. J’en appelle tous les responsables musulmans de France et de Navarre à faire front ensemble à la stigmatisation de notre foi pour des raisons politiques, j’appelle aussi les plus hautes instances de l’état à agir face à ces dérives électoralistes car, comme le disait si bien le premier ministre Manuel Valls, s’attaquer aux musulmans de France c’est s’attaquer à la France. Ce sont des paroles d’une portée phénoménale. Il est temps quelles deviennent une réalité sur le terrain.

Ma conclusion consiste à demander au procureur de la République, à Nice, de donner une suite favorable à ma plainte, que ce procès soit ouvert, que la justice s’exprime et dise stop à ces dérives.

Abdelkader Sadouni est l’imam de la Mosquée Attaqwa, située au quartier des Moulins, à Nice. 

Les propos de l’auteur n’engagent pas la rédaction.

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