Marc Nammour: Son identité ne sera jamais nationale

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Zone libre polyurbaine, le nouveau projet de Serge Teyssot-Gay et du MC Marc Nammour est à l’image d’une société de plus en plus dure. L’occasion de revenir sur le parcours de ce rappeur de Montreuil au trait virulent.

Fils de réfugiés de guerre libanais qui ont migré en France en 1986, le rappeur Marc Nammour a toujours été aux côtés des « sans grades ». On l’imagine plus du côté du personnel d’Air France que de la direction. Plus précisément de celui des ouvriers de Saint-Claude, dans le Jura, où il a travaillé en usine de plasturgie dès l’âge de 16 ans: «  Quand j’écris ce sont les gens auxquels je pense en premier. J’ai envie de redorer le blason de tous les opprimés. Ceux dont on ne parle pas, qu’on méprise, qu’on attaque. » Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si son poème de chevet, qu’il a repris sur scène, est le « Cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire « Je ne suis pas noir mais ce texte me parle. Si on remplace noir par prolo, arabe, indien d’Amérique, n’importe quel type d’opprimé ça marche! » La plume acérée du rappeur égratigne aussi, entre autres, la société de consommation, les inégalités nord-sud ou encore le sort fait aux migrants sur le morceau: « La sueur des ombres ».

Couper, séparer, jeter

Marc Nammour fait le lien entre ses origines prolétariennes et un amour du rap, qu’il a développé à Montreuil (93) dès 2006 avec le groupe La Canaille: « 80% des rappeurs sont des fils d’ouvriers mais on en parle très peu. » insiste-t-il. « Les gens ont l’impression que les ouvriers sont en Chine ou que ça remonte à l’époque de Charlie Chaplin. Pas du tout! Ma mère y est encore. Mes grands-parents, mes oncles ont travaillé à l’usine. Toute la ville tourne autour des trois-huit. Des bus des usines font la navette entre le quartier à l’usine. Je me demande comment les gens tiennent pendant trente ans à faire le même geste toute la journée. Déconnecter son cerveau. Couper, séparer jeter. Se casser le dos, payé au lance-pierre. » En 2009 la chanson « L’usine » traduit ce mal-être social qui s’exprime par la montée du FN. En 2013 l’opéra rap de Marc Nammour « Ici au bout de la chaîne » suscite une forte émotion parmi les 200 ouvriers de Peugeot à Sochaux: « On sentait que ça voulait dire: Tu parles de nous, de notre histoire! Ce sont des applaudissements que je garderai longtemps dans ma mémoire. »

Scène underground

Son dernier projet métissé et révolutionnaire « Zone libre polyurbaine » témoigne de cette rage contestataire, celle des sans-voix. A la guitare déstructurée avec les riff hurlants de Serge Teyssot-Gay répondent les flow nerveux et saccadé de Marc Nammour et de son camarade américain Mike Ladd. Ils gravitent dans une famille musicale underground qui partage la plupart de ces combats: Casey, Rocé, Virus, La Rumeur, Saul Williams…  « Je suis content qu’ils existent. Ça prouve que je ne suis pas seul dans ma bulle. Ce sont de grands artistes qui n’ont pas ou peu de visibilité auprès des grands médias. Quand je vois les projets qui sont mis en avant je me dis: heureusement que ça ne se limite pas à ça sinon l’ambition artistique contemporaine serait bien pauvre! »

Retour aux sources

Pour la suite l’artiste n’a pas fini de surprendre. A Avignon il a récité un long poème: « La nuit est sombre » Pour la première fois il y parle d’identité, d’exil, de guerre. « Je fais référence à mes origines libanaises. Ça m’a permis de m’exprimer en langue arabe. J’aimerais mieux le parler et apprendre à l’écrire. C’est une richesse que j’ai envie de transmettre à ma fille… »

 Zone libre polyurbaine en concert à la Maroquinerie à Paris le 2 décembre 2015

Le site web de Zone libre polyurbaine 


Zone Libre – La Montagne (Clip Officiel) par zonelibrepolyurbaine

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