Kevin Razy, l’humoriste éducateur

Kevin Razy faisant le samoussa, son emblême ! A Paris, le 26 octobre 2015. Crédit photo : Roxanne D'Arco.
© Roxanne D'Arco.

Parisien du 19ème arrondissement et fier du drapeau bleu-blanc-rouge, Kevin Razy est un jeune humoriste originaire de l’île Maurice. Les rires, il connaît et les décline sur tous les supports. Pour autant, le jeune homme de 27 ans ne se détourne pas de sa mission : faire réfléchir les jeunes et construire un monde meilleur.

Des applaudissements retentissent dans une des salles du Théâtre Apollo, à Paris. C’était le vendredi 23 octobre 2015. Des jeunes, des mecs en basket-casquette, des trentenaires en chemise, de jeunes Mauriciennes toutes coquettes, tous sont venus rire devant la performance de l’humoriste « hybride », Kevin Razy. BFM, Zemmour, les racistes que nous sommes, la religion… Tout y passe et prélasse ! Jamais avare de selfie, ce jeune homme de 27 ans est fier de ce public hétéroclite, où quelque part chacun sait se moquer de soi-même. « C’est un plaisir, vraiment, mon but, c’est de fédérer les gens et je suis ravi que ça fonctionne », explique-t-il quelques jours plus tard, « même les tranches d’âge, ça ratisse vraiment large et c’est une fierté parce que c’est vraiment dur de trouver son public et encore pire quand ton public, c’est le grand public ! »

« On ne peut pas reprocher à quelqu’un de dire qu’il est fier d’être Français »

Kevin Razy , avec « sa tête de Pakistanais sur un corps d’Américain », est tranquillement installé sur le canapé d’un café parisien, proche de la place de la République. Lunettes de vue et casquette visée sur la tête, il sirote tranquillement son verre. Derrière cette apparence un peu hipster se cache un vrai businessman. A la tête de sa propre boîte de production, Kevin Razy est présent sur tous les supports : de la vidéo aux réseaux sociaux, sur les plateaux télé aux planches du Festival d’Avignon, l’été dernier. Se définissant comme un « humoriste hybride », il insiste sur la nécessité de rassembler les gens. « Il y a un truc que Gad [Elmaleh] disait toujours, c’est qu’il ne voulait pas parler de politique sur scène, pour éviter de scinder son public en deux. Il a raison. Je parle de géopolitique mais dans les grandes lignes […] il y a des petites règles à suivre pour ne pas être clivant ».

Pourtant, il n’a pas hésité à répondre aux propos de Nadine Morano sur la « race blanche » dans une vidéo-manifeste qui a fait plus de cinq millions de vues sur le net. Dans cette vidéo, Kevin Razy met en avant son amour de la France et de son drapeau, cassant les arguments de la personnalité controversée du parti Les Républicains. « Je commençais à être fatigué d’entendre ce genre de dérapages de la part de personnalités politiques ou publiques. Ils n’ont pas le droit d’avoir ce genre de propos […] ça devient trop banal ». Pour stopper cette banalité, Razy a sorti sa caméra et expliqué ce qu’est un Français. Une performance qui a plu, au point que le site d’extrême-droite Français de souche a appuyé certains de ses arguments. L’étonnement passé, l’humoriste commente : « on ne peut pas reprocher à quelqu’un de dire qu’il est fier d’être Français et qu’il est comme tout le monde ». Et toc !

Un humoriste au service de la jeunesse et de la tolérance 

Des idées, Kevin Razy, il en a plein. Il roule pour la jeunesse et un renouveau de l’éducation nationale. Comment redorer le blason franchouillard ? Donnons des drapeaux français en évitant « qu’ils soient l’apanage de l’extrême-droite », revoyons les programmes d’histoire pour « que chaque Français issu de l’immigration comprenne d’où il vient » mais donnons aussi des cours de théologie pour augmenter la connaissance et la tolérance.  Au final, que ce soit sur les planches ou dans ses vidéos, on sent que l’humoriste a, outre ses appels à la tolérance, un penchant pour la pédagogie. « C’est venu très tard, mais j’ai toujours été engagé » explique-t-il. « Là, j’ai épuré mon positionnement de façon à vraiment l’axer sur la pédagogie […] si ça se trouve, dans ma salle, j’ai la future présidente de France, ou elle regarde peut-être mes vidéos. Je ne peux pas occulter ça ».

D’ailleurs, l’humoriste est très 2.0 et nouvelles technologies. Des retours ? Il en a surtout sur Snapchat, cette application qui envoie photos et vidéos sans pouvoir les sauvegarder ou les republier. « Vu que c’est concentré sur l’instantané, je m’amuse à balancer des trucs sur plein de sujets. Il y a des jeunes entre 13 et 17 ans qui sont très sensibles à ça. Ils posent des questions en retour, donnent des précisions », constate Kevin. «  En fait, il y a une vraie demande mais personne ne leur propose ça, c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de vraiment creuser aussi vers cette voie-là ».

Avec l’impression d’échanger avec un pote, il passe de sujet en sujet, se dévoile toujours avec légèreté et humour. A la fin de son spectacle, Kevin clame « si vous vous êtes reconnu dans mon spectacle, vous n’êtes pas raciste, vous êtes pire ! Vous êtes Razy ! ».  A la question, c’est quoi être Razy, il répond « c’est être gros et gentil ». Mais à la fin de cet entretien, il est certain qu’être Razy, c’est plus que deux adjectifs et un samoussa (ndlr. Son emblème pour les non-initiés) !

Retrouvez Kevin Razy, avec son spectacle « Mise à jour » au Théâtre Apollo. Rendez-vous à Paris dans le 11ème arrondissement, du 17 septembre au 19 décembre 2015, du jeudi au samedi, à 20h.


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