Oxmo Puccino, la voix de la raison

Crédits : Mounir Belhidaoui

A 41 ans, Oxmo Puccino publie le 13 novembre son 7ème album, « La Voie Lactée » (Wagram Music), une suite de ballades dans laquelle on se promène, bercés d’une harmonie de sons et de mots, propre à ce poète de talent, chef de file de la musique urbaine. Sa discussion est empreinte de messages de paix, le coeur dans les étoiles mais définitivement les pieds sur Terre. Rencontre.

Comment est né l’album « La Voie Lactée » ?
Il est né pendant la tournée précédente, « Roi sans carrosse », sans que je m’en rende compte. J’allais régulièrement voir Renaud Létang (qui a co-produit l’album d’Oxmo Puccino) en studio. J’étais fatigué, mais il m’a redonné de l’énergie en me faisant écouter des musiques. Nous sommes partis sur un projet commun. J’ai pris des morceaux que j’avais travaillé avec Renaud, quelques morceaux auxquels j’avais réfléchi pour « Roi sans carrosse », et je me suis retrouvé avec un album. C’est ainsi qu’il est né. Son titre était pour moi évident.

Quels en sont les messages ?
Votre bien-être dépend de l’autre, parce que pour former une Voie Lactée, plusieurs étoiles doivent briller. On prend trop de distance, dans la mesure où on pense qu’on est accroché parce qu’on peut s’envoyer des messages à l’autre bout du monde en quelques secondes. Il y a de moins en moins de proximité en réalité. Les changements de société ont été rapides, bouleversants.

C’est votre 7ème opus. Qu’est-ce qui vous motive encore ?
La passion. Le fait d’enregistrer quelque chose qui va me permettre d’aller à la rencontre de nouvelles personnes. Et aussi le bénéfice de travailler avec des gens formidables : Ibrahim Maalouf, Edouard Ardan, toutes les personnes de l’ombre avec qui je travaille au quotidien.

Comment le « chroniqueur de notre époque », comme vous vous surnommez, regarde-t-il les inégalités d’aujourd’hui ?
Avec patience et recul. Les inégalités sont des choses qui se sont transmises depuis des siècles. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Il faut juste le vivre à notre époque. Cela fait partie de l’histoire de l’humanité. Les riches, les pauvres, la classe moyenne… les inégalités sont parmi les principales motivations de l’homme, en dehors de l’amour. On ne pourra jamais être tous au même stade. Cela dépend des histoires. Mais les inégalités peuvent aussi être une fausse projection que l’on se fait de la personne au-dessus de vous, en fantasmant sur sa hauteur. Cela peut être mis en scène. La société de consommation y a participé. C’est une erreur de dire qu’on a réussi parce qu’on est riche et célèbre.

Vous êtes ambassadeur de l’UNICEF. Musique et engagement vont-ils de pair ?
Yassine Belattar m’a dit « Créer, c’est s’engager ». A partir du moment où nous exprimons quelque chose que l’on ressent, qui est partagé par plusieurs personnes, on est engagé, qu’on le veuille ou non. Un artiste doit d’abord divertir, doit faire rêver. L’engagement est, ensuite, une conséquence. Mon engagement vis-à-vis de l’UNICEF est volontaire.

L’art permet-il de mieux faire entendre le discours antiraciste ?
Oui. L’art exprimera des choses que personne ne pourra dire ou écrire. L’art est une autre proposition. Tous les dessinateurs de journaux vous le prouvent chaque jour. Une image est plus forte que n’importe quel discours. Vous avez vu où ça nous a mené en janvier…

Peu après les attentats de janvier, vous aviez interprété « Je suis Charlie ». Comment avez-vous vécu ce drame ? Des tensions peuvent-elles ressurgir ?
Les tensions sont déjà là. J’avais écrit la chanson pour les personnes qui devaient passer par un deuil. Je me suis vraiment demandé ce qu’était le cauchemar d’apprendre que quelqu’un de sa famille est mort à la télé. On a tous eu ce coup de fil qui vous annonce la mort d’un proche, mais tout le monde ne vivra pas le malheur de voir la mort de son frère, ou de son fils, en direct, en boucle, à la télé. J’ai pensé à ça tout d’abord. « Je suis Charlie » a mis à nu beaucoup de non-dits. La mort ferme les yeux de ceux qui partent mais ouvrent les yeux de ceux qui sont restés.

Il y a 10 ans, les banlieues se sont révoltées. Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui doit être encore fait ?
Ce qui a changé, c’est que l’attention sur les jeunes de banlieues s’est accrue. J’ai eu l’impression qu’on venait à peine de réaliser que les jeunes de banlieue faisaient partie de la France. En 2005, la vision de la France a changée. Le monde entier a découvert une population qui ne ressemblait pas au béret-vin rouge-baguette de pain, lui faisant prendre conscience que la France était véritablement plurielle. Il faut maintenant que les jeunes de banlieue se rendent compte qu’ils ont un potentiel et qu’ils se prennent en main, qu’ils partent dans une ville voisine ou à l’étranger, pour mieux revenir. Aujourd’hui, on sait où nous en sommes, les jeux sont faits.

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