« L’avenir de l’humanité passe par l’égalité entre femmes et hommes », par Isabelle Barth

« L’avenir de l’humanité passe par l’égalité entre femmes et hommes », par Isabelle Barth
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Professeur des Universités, chercheuse en sciences du management, directrice de l’Ecole de Management de Strasbourg et mère de 6 enfants, Isabelle Barth a fait le choix de mener de front une carrière professionnelle exigeante et sa vie familiale, sans jamais renoncer ni à l’une ni à l’autre.  Auteur de nombreux ouvrages dont « Désapprendre pour réussir » paru aux éditions EMS en 2015, elle revient, pour Respect Mag, sur la notion d’égalité hommes-femmes. 

Quand on aborde un sujet aussi sensible et aussi quotidien que l’égalité entre femmes et hommes, on entre dans le domaine de l’opinion et du ressenti. Les hommes ne voient pas le problème, les femmes revendiquent leur autonomie mais refusent toute assimilation au féminisme, et il y a toujours quelqu’un dans l’assemblée pour proclamer que : « les temps changent et que l’égalité progresse avec les jeunes générations ! ». C’est bien là tout le problème : au-delà des arrangements personnels, des contextes culturels, de l’éducation reçue, des bonnes volontés, la réalité objectivée par les chiffres prouvent que la situation n’évolue guère, et que les inégalités en tous genres persistent.

Citons quelques chiffres récents en France : 15 à 19 % de salaire en moins, 27 % de femmes députées, 18 % de femmes dirigeantes d’entreprises, 14 % de femmes maires ou encore 3 % de femmes cheffes d’orchestre ! On est loin de la parité ! Ces chiffres démontrent que les sphères de décision, qu’elles soient politiques, sociales ou économiques sont majoritairement masculines. Ce qui signifie que la société française se structure dans des reproductions du passé, avec des modalités de directions, d’arbitrage, d’allocations de ressources qui sont décidées par des hommes, et ne reflètent donc pas la composition de la population.

Parier sur les jeunes générations est généreux, mais ne se traduit pas non plus dans les chiffres, ainsi les diplômées d’écoles de commerce gagnent dès la sortie 11% en moyenne de moins que leurs collègues masculins, écart qui se creuse avec le premier enfant. De même la « genrisation» des métiers s’accentue, des secteurs entiers sont féminisés, c’est le cas de l’Education, la Justice, la Santé, avec deux phénomènes associés : la dévalorisation salariale et le maintien de la minorité masculine dans les positions de dirigeants. Soumission librement consentie de la part des femmes ? Conditionnement éducatif et culturel ? Désir de pouvoir des hommes ou tout simplement envie de garder ce confort que donne une position dominante ? Le débat est ouvert, avec plus ou moins de légitimité et d’intensité suivant les pays et les cultures. Si nous restons sur le cas de la France comment pouvons-nous passer à côté de ce qui est une véritable chance pour un pays ? Associer la moitié de la population aux grandes comme aux petites décisions de la société est la base d’un plus grand bien-être et certainement des choix plus justes, comme cela a été argumenté après la crise économique qui a balayé l’Islande en 2008.

Un chiffre intéressant est celui du partage des tâches ménagères que nous livre annuellement l’INSEE. Que constatons-nous ? Que nos fantasmes d’hommes contribuant à égalité à la vie du foyer est loin d’être la réalité au quotidien des familles françaises ! En 25 ans, le temps que les hommes consacrent aux tâches domestiques n’a pas changé et le temps gagné par les femmes ne l’a été que grâce aux appareils ménagers ! Le hiatus est là : tant que les femmes auront à mener la double vie qui les épuisent et les mobilisent complètement sans temps disponible à consacrer à la chose publique, à l’associatif, ou encore à ces temps semi professionnels qui garantissent la progression de carrière ; tant qu’elles présenteront un risque de retrait pour les employeurs du fait de leurs congés maternité, et pour cause de vie familiale, les lois, les règlements les plus coercitifs auront beau s’empiler, l’égalité continuera à piétiner. C’est cette double vie qu’il faut mieux partager entre hommes et femmes, avec la prise en charge des enfants, des parents âgés, de l’entretien du foyer… tout ce temps du soin à l’autre qui n’est pas reconnu car considéré comme gratuit. Les femmes sont trop longtemps restées dans l’ombre, trop longtemps cantonnées aux rôles de la femme protectrice (la maman) ou de la femme tentatrice (la putain) comme en témoignent les représentations des femmes en peinture au fil des siècles.

Il est temps de découvrir «  l’autre moitié du ciel », comme le font actuellement les Japonais qui réalisent stupéfaits, qu’il serait plus simple de laisser les femmes travailler plutôt que d’inventer des robots humanoïde ou d’avoir recours à de la main d’œuvre étrangère. Il est temps que les jeunes femmes n’aient plus à choisir entre la maternité et un rôle social fort qui passe par un travail visible et rémunérateur. Pour cela, il ne faut pas se contenter de vagues impressions, toujours fausses et consensuelles, mais regarder la réalité objectivement et doter les petites filles, dès leur plus jeune âge, d’une vraie confiance en elle, cette confiance en soi qui est le socle de la légitimité. Sortons des fantasmes, ne nous berçons pas d’histoires, et bâtissons ensemble une société égalitaire, pour les Françaises, mais aussi pour toutes les autres femmes dans le monde qui n’ont pas, pour le moment, le même droit à l’expression. Car il est notable que les sociétés avancent avec l’émancipation des femmes.

Définitivement, l’avenir de l’humanité passe par l’égalité entre femmes et hommes.

Dernières parutions : « Désapprendre pour réussir » paru aux éditions EMS en Juin 2015 et « La manager et le philosophe », avec Yann-Herbé Martin, eux éditions Le Passeur en Janvier 2014.
Isabelle Barth dirige une équipe de recherche au sein du laboratoire Humanis sur le management de la diversité et  l’égalité des chances.

Les propos de l’auteur n’engagent pas la rédaction.

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1 commentaire

  • Bonjour,

    J’ai filmé cette scène à Vienne (France) le samedi 12 mars sur le marché.

    La Chanteuse Flo Zink proposait aux passants des miniconcerts sous son parapluie.

    Ces 4 jeunes ont accepté l’invitation.

    Un bel échange, plein d’humour et de tendresse.

    Pour moi, une belle illustration de ce qui peut se passer quand les personnes s’abordent mutuellement sans peur et sans a priori. Quand la diversité est une richesse, c’est carrément génial !

    Il est vrai que la chanteuse, par son regard et sa présence, offre un espace relationnel de qualité.

    Il est vrai également que les 4 jeunes ont su entrer dans le jeu avec une belle spontanéité.

    Voici le commentaire rédigé par la chanteuse Flo Zink :

    Samedi matin, dans le marché de Vienne, je déambule à travers la foule sous mon Parapluie Jukebox, accompagnée par quelques membres de l’association « Une vie, un arbre » pour laquelle j’ai donné un concert dans la salle des fêtes la veille au soir. Je suis heureuse de les retrouver et de partager ce moment avec eux. Je sais que cette matinée sera pleine de surprises, d’imprévus, de regards croisés, tantôt curieux ou amusés, tantôt fuyants… j’observe la foule… attente… et puis soudain, il y a ces 4 jeunes qui s’arrêtent près de notre déambulation colorée… Ils acceptent de choisir une chanson… « Un homme, un vrai », comme par hasard… mais je ne crois plus au hasard… Je sens d’abord leurs résistances lorsque je commence à chanter… je sais que ce n’est pas facile de partager ainsi une telle intimité… et très vite, ça dialogue, ça circule, ils sont tous les quatre l’Homme de la chanson et l’incarnent tour à tour. Je suis touchée et amusée par cet échange, leur écoute et leurs réactions ! A s’amuser ainsi, est-ce qu’on ne va pas perdre le fil de la chanson… mais non, il tient bon… quel délice de pouvoir leur chanter, avec humour mais sincérité, combien les hommes sont beaux avec leurs fragilités !

    Une vidéo à découvrir et à faire partager.

    https://www.youtube.com/watch?v=xZNLWCMa6_4

    Merci… et amitiés.

    Bruno Vacheresse

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