Évacuation d’un camp rom à La Courneuve : la réaction exclusive de Christophe Louis, président des “Enfants du Canal”, pour Respect Mag

Christophe Louis, Président de l'Association "Les enfants du canal"
© Les enfants du Canal

Le camp du Samaritain en Seine-Saint-Denis, l’un des plus vieux bidonvilles rom de France, où logent quelque 80 familles pour certaines depuis 2008, a été évacué le 27 août. Des membres de l’association « Les enfants du Canal » étaient présents. Respect mag a joint Christophe Louis, son président, qui nous fait part de sa réaction.

Sur place, « l’ambiance est calme, on discute posément avec les occupants, ils savent qu’on ne fait qu’appliquer une décision de justice », assure un membre du cabinet du préfet de la Seine-Saint-Denis. « Grâce au diagnostic social, on a pu identifier quelques familles qui sont plus vulnérables que d’autres ; on va leur proposer de les héberger dans des chambres d’hôtels qu’on a réservées », a-t-on ajouté.

« Douze camions de CRS sont positionnés actuellement devant le bidonville, au mépris de tout droit car les habitants n’ont pas été prévenus de l’expulsion imminente », a déclaré à l’AFP Saskia Cousin, membre du collectif de soutien au Samaritain.

L’évêque de Saint-Denis avait exprimé son inquiétude mardi quant au sort des occupants de ce bidonville une fois qu’il serait démantelé. De son côté, le défenseur des Droits avait appelé l’État à « prendre en compte la situation des enfants » du campement, dont une trentaine sont scolarisés, et à « assurer la continuité de l’accès aux droits ».

Saskia n’est pas la seule à dénoncer cette expulsion. Christophe Louis, président de l’association « Les enfants du canal » aussi. Respect mag l’a joint par téléphone :

Respect Mag : Comment vont-ils ?
Christophe Louis : Ils ne vont pas très bien. Une partie a passé la nuit dehors, quelques-uns ont été relogés à l’hôtel, mais seulement pour trois jours. Nous sommes très loin de la mise en œuvre de la circulaire du 26 août 2012 (sur l’anticipation et l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites, ndlr). On a l’impression que le gouvernement fait exprès de laisser tourner les gens pour donner le signal qui dit qu’on ne peut pas s’installer en France.

Comment s’est déroulée l’expulsion ?
L’évacuation a été faite à 13H alors que beaucoup de personnes du bidonville sont au travail. On ne leur a même pas laissé le droit de revenir. Toutes leurs affaires sont parties en destruction. On leur a demandé de partir au plus vite car on allait détruire leur camp. Nous sommes en plein scandale humanitaire. On ne peut même plus parler de gauche, car leurs valeurs humanistes n’existent plus.

Et maintenant ?
Ils sont tous séparés. Ils vont trouver un autre terrain, on ne fait que repousser le problème plus loin. Pendant un temps, l’activité économique de ces personnes va être stoppée, car leur priorité va être de retrouver un endroit, de s’installer.

Que va-t-il se passer pour les enfants ?
La scolarisation des enfants s’arrête ici. La rentrée va arriver. Ils ne vont plus pourvoir aller à l’école, ce qui permettra de légitimer le discours de Manuel Valls sur les roms qui ne veulent pas s’intégrer.

La pétition lancée par Jozsef Farkas sur le site Change.org  peut-elle faire bouger les lignes ?
Elle a recueillie près de 40 000 signatures. C’est impressionnant, mais cette pétition n’est suivie d’aucun effet. Il faut donc continuer à accompagner les familles, étudier les différents dispositifs de relogement. C’est une vraie difficulté. On parle de la Courneuve parce que l’événement a été médiatisé, mais tout l’été il y a eu des démantèlements en Île-de-France. Je ne suis pas pour l’existence des bidonvilles, mais que propose-t-on à côté ? Pourquoi ces communautaires européens n’ont pas le droit de s’installer comme d’autres communautaires européens ? On se moque de nous.

« Les enfants du Canal » ont publié une enquête sur les conditions des roms vivant dans des bidonvilles d’Ile-de-France, que nous vous proposons de consulter ici :

Les roms et les bidonvilles d’Ile-de-France


© 2015 AFP

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