« Stop le contrôle au faciès » répond aux propos d’Alain Vidalies pour Respect Mag


En réaction à l’événement du Thalys, le secrétaire d’État aux Transports Alain Vidalies, déclarait lundi, sur les contrôles d’identité dans les trains, préférer la discrimination à l’inaction. Des propos dénoncés par les associations antiracisme et jugés contraires au principe d’égalité de la République française. Respect Mag a rencontré Amadou Ka, président de l’association Les Indivisibles».

«Chaque fois qu’on parle de fouilles aléatoires, quelqu’un dit ça risque d’être discriminatoire. Moi je préfère qu’on discrimine effectivement pour être efficaces plutôt que de rester spectateurs.» Alain Vidalies, secrétaire d’État aux Transports, sur Europe 1 lundi 24 août.

Le “délit de faciès”, un engagement électoral en 2012

Le collectif “Stop le contrôle au faciès” et le Mrap ont vivement dénoncé les propos du secrétaire d’État aux Transports sur les contrôles d’identité, et souligné le caractère “inefficace” du contrôle au faciès outre son aspect “discriminatoire”. “Le contrôle au faciès est inefficace d’abord sur le coup, puisque le nombre de “prises” (…) est infime, mais aussi sur le long terme, car l’acte discriminatoire crée une suspicion permanente entre policiers et population qui nuit aux enquêtes de fond”, souligne le collectif, qui rassemble plusieurs associations dont AC Le Feu, les Indivisibles et Fontenay Citoyens.

Le collectif rappelle dans un communiqué que l’État vient juste d’être condamné, en juin, pour cinq contrôles au faciès, et que pendant sa campagne présidentielle le candidat François Hollande avait promis dans son engagement n°30 de lutter contre le “délit de faciès” dans les contrôles d’identité “par une procédure respectueuse des citoyens”. “Une révision générale sur le contrôle au faciès s’impose”, estime le collectif.

Des mesures fortes sont nécessaires contres les risques d’attentat

“Personne ne peut contester la nécessité de mesures fortes contre les risques d’attentat. Mais en proposant que ces fouilles puissent être discriminatoires, il laisse entendre qu’il existerait bien un délit de sale gueule terroriste”, a estimé le Mrap dans un communiqué distinct. “Ce délit de sale gueule mine gravement le principe d’égalité de notre République, décrédibilisant gravement dans la pratique ce principe fondamental, hérité de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen”, selon l’association antiraciste, qui souligne que cela permettrait “à n’importe quel présumé “terroriste” à la peau claire d’échapper au contrôle et de tranquillement monter hyper-armé à bord d’un train”. De son côté, le Cran (Conseil représentatif des associations noires) a annoncé son intention de poursuivre en justice le secrétaire d’État pour ses “propos honteux”.

Alain Vidalies avait estimé lundi qu’il valait mieux risquer de “discriminer” lors de contrôles aléatoires, renforcés après l’attentat du Thalys, que de “rester spectateurs”, avant de dénoncer, face à la polémique, une phrase “isolée” de son contexte.

Rencontre avec Amadou Ka, président de l’association Les Indivisibles

Quelles ont été vos réactions face aux déclarations d’Alain Vidalies? Pensez-vous qu’une partie de la population soutient les propos de ce membre du gouvernement ?

Nous n’avons pas été surpris car notre travail n’existerait pas si ce genre de réflexions n’était pas au cœur des institutions. Il est difficile de combattre les raccourcis erronés. À force de démonter des mythes il y a eu quelques avancées, mais elles relèvent plus d’un compromis que d’une volonté politique. Ce qui est choquant c’est la réaction du gouvernement: je rappelle que le Secrétaire d’Etat répond au Président, qui s’est engagé à lutter contre le contrôle au faciès. Il s’est donc directement opposé à lui, sans conséquences. Malheureusement, le contexte d’aujourd’hui est très anxiogène. La peur fait oublier la raison et avaler les pires couleuvres. On l’a vu avec la loi sur le renseignement, on le voit avec la promotion du contrôle au faciès. Notre histoire montre pourtant qu’à force de se justifier des abus de liberté par la peur, on peut arriver au drame.

Certains pourraient minimiser l’impact d’un contrôle au faciès. Pouvez-vous nous expliquer les conséquences d’un tel acte de discrimination sur les victimes ?

Les conséquences des discriminations peuvent être plus ou moins lourdes selon la personne qui la subit mais elle est d’abord et toujours humiliante et difficilement compréhensible. Dans une société où l’on apprend très tôt les valeurs républicaines, on vit très mal le message que l’on n’est pas concerné par la valeur d’égalité par ces contrôles injustifiés.  Ça brise l’idée du pacte républicain, ça brise l’idéal, le mythe. Et le pire c’est que les contrôles au faciès entretiennent les stéréotypes. Quand des policiers contrôlent, avec palpations et fouille au corps (parties génitales comprises), des noirs et des arabes systématiquement, les passants peuvent penser qu’ils ont forcément commis quelques choses de répréhensible. Cela confirme le « théorème de Zemmour », il n’y a que des noirs et des arabes en prison parce que les dealers sont noirs ou arabes. Mais si on allait fouiller les poches des blancs? C’est grâce au reçu du contrôle d’identité qu’en Espagne, à Fuenlabrada, les policiers se sont aperçus que la focalisation des contrôles sur les étrangers était une erreur car statistiquement ils trouvaient plus d’armes par exemple sur les citoyens espagnols.

Et sur la société ?

Une société qui accepte aussi facilement de vivre avec ce genre de préjugés est forcément une société malade, avec beaucoup d’autres symptômes que les paroles stupides d’un secrétaire d’état. La normalisation de la discrimination policière mène aussi à l’indifférence face aux drames. Surtout que toutes les études disent la même chose: non seulement le contrôle au faciès n’est pas efficace sur le coup, mais c’est précisément ce qui décrédibilise et rend très difficile le travail policier. C’est un cercle vicieux qui ne peut être interrompu sans une réponse politique d’envergure. Visiblement le gouvernement n’en a aucune volonté.

Quelles actions prévoyez-vous de mener prochainement ?

Le collectif  n’est pas que dans les “actions” – il y a aussi la veille et le soutien juridique au quotidien pour les victimes d’abus qui peuvent envoyer contrôle par SMS au 0760193381 pour être rappelés par nos bénévoles. Les actions dépendent des actualités et ne sont pas toujours prévisibles. Les associations du collectif s’associeront néanmoins prochaine à la marche de la dignité le 31 octobre prochain, qui aura pour thème les violences policières.

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