Menus de substitution au porc : Respect Mag rencontre Mgr Gaillot et le rabbin Floriane Chinsky

Cantine scolaire
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Le tribunal administratif de Dijon a rejeté, jeudi 13 août, un recours déposé par me Karim Achoui, président de la Ligue de défense des musulmans, suite à la décision du maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, de supprimer les menus de substitution au porc dans les cantines de sa ville. Monseigneur Gaillot, évêque, et Floriane Chinsky, rabbin du mouvement juif libéral de France, ont répondu aux questions de Respect Mag. 

Respect Mag : Selon l’AFP : « La cour a considéré jeudi 13 août que, dans la mesure où aucun repas contenant du porc ne sera servi avant le 15 octobre, l’accès aux services de restauration scolaire de l’ensemble des usagers, y compris les enfants de confession musulmane, ne paraît pas compromis ». La condition d’urgence, qui justifie la procédure en référé, « n’apparaît dès lors pas remplie », a-t-elle ajouté. L’avocat Karim Achoui avait justifié le recours à cette procédure parce qu’« un enfant serait extrêmement traumatisé si une côte de porc lui était servie et qu’il était obligé de la manger alors qu’il lui est répété dès le plus jeune âge que c’est un interdit alimentaire ». De son côté, l’avocat de la mairie de Chalon, Me Philippe Petit, avait affirmé que « la laïcité était une abstention et non l’obligation positive de fournir à chacun ce qu’il attend pour l’exercice de son culte en exigeant des prestations différenciées ». Quelle est votre position ?

Mgr Gaillot : « Je me suis demandé pourquoi on avait arrêté cette pratique. Il faut pouvoir satisfaire les uns comme les autres. La laïcité, c’est aussi la tolérance. Elle doit permettre à des gens de vivre ensemble. Chaque religion doit pouvoir exister sans dominer les autres, sans contrarier la loi. On doit pouvoir exister avec ses libertés, avec ses coutumes. Dans une cantine, on peut s’arranger pour que chacun s’y retrouve. Ce n’est pas respecter un enfant, et il sera traumatisé si sa famille lui dit de ne jamais manger du porc alors qu’à l’école on lui dit le contraire. Il y a un respect de l’enfant à avoir. De la même manière, il ne faudrait pas que l’on m’oblige à manger de la viande si je veux du poisson…»

Floriane Chinsky : « On ne peut déjà pas forcer un enfant à manger, car c’est un acte intime. S’il n’aime pas les petits pois, on ne peut pas le forcer à manger des petits pois. Et s’il en mange, le fait qu’il exerce son choix est positif. C’est un acte éducatif. On n’est pas tous obligés de manger la même chose. Du point de vue de la loi et de l’expression publique, il est important que tout le monde soit à la même enseigne. Si, à l’école, on dit aux enfants de se soumettre ou de se révolter, on passe à côté de l’essentiel. Il est important de trouver une solution pour  que tout le monde soit à l’aise. »

La question sera à nouveau débattue en septembre, lors du Conseil Municipal de la ville de Chalon-sur-Saône.


Les précédents

En mars 2013, le maire de la ville d’Arveyres, Benoît Gheysens, décide de ne plus servir de repas de substitution aux enfants ne mangeant pas de porc. Même chose à Sargé-Les-Le-Mans (Sarthe) en décembre 2014.

En juin dernier, la ville de Perpignan propose un menu végétarien aux enfants ne mangeant pas de porc.

Le 2 juillet, c’est Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, qui annonce la mise en place d’un menu sans viande dans les cantines de ses écoles primaires.

Dans la ville de Chalon-sur-Saône, les menus de substitution étaient en vigueur depuis 1984.


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