David Labarre, le Zizou du Cécifoot

David Labarre, joueur cécifoot
© Pauline Maisterra

À 27 ans, David Labarre s’est fait un nom dans le Cécifoot, appelé aussi « football pour déficients visuels ». Champion de France durant quatre ans, champion d’Europe en 2009 puis en 2011 et finaliste des Jeux paralympiques à Londres, il est considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs joueurs de Cécifoot. À quelques semaines du championnat d’Europe qui se déroule du 20 au 30 août en Angleterre, portrait de ce passionné du ballon rond.

Le rendez-vous est pris, direction le Stadium du TFC (Toulouse Football Club). C’est en ce moment la seconde maison de David Labarre. Il est le capitaine du TFC Cécifoot, une toute jeune équipe qui a vu le jour en septembre 2014. Un rôle qu’il connaît bien puisqu’il est aussi depuis 2013, le capitaine de l’équipe de France de Cécifoot. Un sport qui se joue à 5 contre 5 avec un ballon rempli de grelots sur un terrain aménagé. Le gardien est le seul à être voyant. Pour aiguiller les joueurs, un guide est placé derrière chaque cage.

Premières passes

David est originaire de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. À sa naissance, les médecins détectent une maladie : la rétinite pigmentaire. En clair, une dégénérescence de l’œil. Il devient malvoyant. Un handicap qui ne l’empêche pas de vivre. Loin de là. « De mes souvenirs, j’ai toujours tapé dans un ballon », assure-t-il même s’il avoue quelques minutes après, que ses proches avaient plutôt un penchant pour le rugby. « Mon père a joué en 3ème division à Saint-Gaudens, mon beau-frère à haut niveau aussi et une de mes sœurs, Aurélia en a également un peu fait », énumère-t-il. David est le petit dernier d’une famille de quatre enfants, composée exclusivement de filles. « J’ai voulu être footballeur le soir où j’ai regardé à la télé la finale de la Coupe du monde en 1998, se rappelle-t-il. C’est la ferveur tout autour qui m’a donné envie ». Les parents de David ont divorcé lorsqu’il avait 3 ans. Son père vivait à l’époque à Saint-Martin en Guadeloupe et sa mère, à Arbon, près de Saint-Gaudens. C’est dans ce petit village de 80 habitants qu’il a grandi. « Je jouais tout le temps au foot avec mes amis. On allait dans un champ où on délimitait le terrain car sinon je ne voyais pas le ballon arriver puisqu’il n’était pas sonore, raconte-t-il avant de préciser : « Ils ne m’ont jamais fait de cadeaux et je pense que c’est cela qui m’a permis d’être plus combatif ». Enfant, David était un adepte des albums Panini et des posters de Ronaldo ou encore Zizou. « Je ne pensais qu’au foot, raconte-t-il. Ma mère était inquiète. Elle essayait de me faire comprendre qu’à cause de mon problème de vue, ce n’était pas possible pour moi d’être footballeur. Ma famille ne connaissait pas le Cécifoot à ce moment-là». Ce sport a été créé dans les années 90 et s’est développé lentement et discrètement. « Ma mère est décédée quand j’avais 14 ans, confie-t-il. Elle n’a pas pu voir que j’avais réussi. Elle aurait été fière de moi… »

Ascension

À 12 ans, David a envie de faire des tournois. La seule solution, intégrer un club. « J’ai fait un test à Ramonville où tous les joueurs à part moi, étaient voyants… Ça a été très difficile », confesse-t-il. David n’est pas pris. Il ne baisse pas les bras pour autant. À 16 ans, Yoann, un camarade malvoyant, lui parle d’un club dans lequel il vient juste d’être admis : le Cécifoot de Saint-Simon. Ni une, ni deux, David se présente et fait un essai qui sera au final concluant. L’entraîneur voit en lui du potentiel. Il n’avait pas tort. Six mois plus tard, le milieu de terrain est sélectionné en équipe de France. Il reste à Saint-Simon pendant un an avant de partir pour 4 ans à l’UNADEV (Union nationale des aveugles et déficients visuels) de Bordeaux où il remporte quatre fois la Coupe de France et est sacré quatre fois champion de France entre 2006 et 2009. Puis, il prend la direction de Saint-Priest (métropole de Lyon), ensuite de l’UNADEV de Toulouse et enfin du TFC Cécifoot. Avec l’équipe de France, il gagne deux fois le championnat d’Europe en 2009 et 2011 et est finaliste des Jeux paralympiques en 2012 à Londres. « Grâce à cette médaille, on n’a plus été considéré comme des handicapés qui font du sport mais comme des sportifs médaillés ! », s’enthousiasme-t-il. David n’aime pas le mot « handicapé » : « J’ai l’impression que cela signifie qu’une personne a une faiblesse mais pour moi, c’est le contraire, c’est une force ». Et de conclure : «si je n’avais pas été malvoyant, je n’aurais certainement pas connu tout cela ».


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