« Lutter contre l’antisémitisme, c’est défendre les valeurs de la République », par Marc Knobel

Quelque 4000 personnes, membres de la communauté juive, manifestent dans les rues de Toulouse, le 07 avril 2002, pour protester contre les actes antisémites perpétrés en France et "contre le terrorisme et pour les valeurs républicaines". AFP PHOTO LIONEL BONAVENTURE
© AFP Photo / Lionel Bonaventure

Marc Knobel, directeur des Études au CRIF, revient pour Respect mag sur les chiffres de l’antisémitisme en France communiqués par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ).

Depuis une quinzaine d’années, un recensement du Service de Protection de la Communauté Juive (SPCJ) comptabilise les actes antisémites ayant fait l’objet d’une plainte ou d’une main-courante auprès des services de Police. Il est enrichi et recoupé par les signalements émanant des différents services de Police sur le territoire français, centralisés au Ministère de l’Intérieur. Par conséquent ces chiffres ne représentent que partiellement la réalité de l’antisémitisme sur le terrain. Or, en cette mi-juillet 2015, les chiffres qui ont été communiqués sont inquiétants : de janvier à mai 2015, les actes antisémites ont augmenté de 84% en 2015 comparativement à 2014 et de 161% comparativement à 2013. Soit 508 actes antisémites contre 276 en 2014 et 195 en 2013 sur la même période.
 Précisons également que de janvier à mai, la catégorie dénommée « actions violentes » est en forte hausse en 2015 : +59% comparativement à 2014 et +124% comparativement à 2013. Soit 121 « actions violentes » commises en France en 2015 contre 76 en 2014 et 54 en 2013 sur la même période. La typologie des actions violentes correspond le plus souvent à des atteintes aux personnes ou des mineurs peuvent être pris pour cible. Le reliquat concerne des atteintes aux biens (dégradations) visant des biens privés (domiciles et véhicules) ou des incendies. Les atteintes visent aussi les lieux de culte, des cimetières ou des lieux du souvenir. De janvier à mai, la catégorie « menaces » est en très forte hausse : +94% comparativement à 2014 et +174% comparativement à 2013. Soit 387 « menaces » commises en France en 2015 contre 200 en 2014 et 141 en 2013 sur la même période. Pour les menaces, ces faits se répartissent le plus souvent en inscriptions, agressions verbales contre les personnes, constituées de propos, gestes menaçants et démonstrations injurieuses ou distributions de tracts, courriers et collages d’affiches.

Comment pouvons-nous expliquer ces chiffres ?

Depuis l’année 2000, l’antisémitisme s’est développé dans les quartiers dits sensibles. Des individus sont animés par un sentiment d’hostilité à Israël plus ou moins diffus, exacerbé par la médiatisation d’affrontements au Proche-Orient. Ceci facilite probablement leur projection dans un conflit, qui à leurs yeux, reproduit des schémas d’exclusion et d’échec dont ils se sentent eux-mêmes victimes en France. C’est ainsi qu’ils s’identifient quelquefois aux Palestiniens. Cependant, il n’est pas faux d’affirmer que ce conflit sert aussi d’alibi a l’expression de l’antisémitisme dans des milieux plus privilégiés culturellement et socialement. Bref, le conflit israélo-palestinien est quelque part un (faux) prétexte. D’autres pensent que les Juifs sont protégés, ils les imaginent tous riches et puissants. Les vieux stéréotypes sont là. Le meurtre tragique d’Ilan Halimi en 2006 résulte bien de la survivance d’un antisémitisme structurel qui s’appuie sur de vieux clichés nauséeux, les mêmes depuis des siècles. Ce sont ces stéréotypes racistes, colportés par de petits voyous, qui provoqueront la mort d’Ilan Halimi. Autre danger : les islamistes travaillent les banlieues, ils savent désigner l’ennemi ou les ennemis (les Juifs, la France…). Souvent violents et antisémites, ils prétendent imposer à tous leur conception de l’islam. Quant au Net, nous constatons que l’antisémitisme y prospère terriblement. Enfin, l’extrême droite a progressé.
Face cette montée de l’antisémitisme, il est urgent de sortir les citoyens de confession juive du climat d’angoisse et de peur dans lequel ils se trouvent depuis 14 ans. Tout comme il est important que les pouvoirs publics continuent d’élever la voix pour contrer cette poussée de fièvre antisémite. Il convient de désigner méthodiquement les multiples vecteurs de haine et l’inquiétante montée de sentiments antisémites dans certaines banlieues, les stéréotypes et les clichés nauséeux. A cet égard, nous préconisons la tolérance zéro. Il faut donc éduquer et enseigner le vivre-ensemble. Il ne s’agit pas de théoriser, mais de rappeler les fondements et les valeurs de la République : la France est porteuse d’un message universel et son identité est plurielle. Et, comme nos compatriotes, nous sommes fermement attachés aux valeurs de liberté, de fraternité, d’égalité, du vivre ensemble et d’attachement à la Patrie. Pour toutes les raisons que nous énumérons ici, nous estimons que combattre l’antisémitisme et le racisme c’est forcément défendre toutes les valeurs de la République.

Les propos de l’auteur n’engagent pas la rédaction.

Ancien professeur d’histoire-géographie, Marc Knobel a été attaché de recherches au centre Simon Wiesenthal à Paris. Il a été également vice-président de la LICRA et membre de l’Observatoire sur l’antisémitisme. Il est actuellement chercheur au Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et Directeur des Etudes du CRIF. Par ailleurs, rapporteur à la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, il remet tous les ans une étude sur le racisme sur l’Internet qui est publiée dans le rapport annuel de la CNCDH, remis au Premier ministre.


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