Ramadan 2015 et « nuit du destin », par Asif Arif

Asif Arif
© Youtube / L'Harmattan

Les musulmans de France sont entrés dans une période charnière du mois du Ramadan. La dernière dizaine de ce mois est sûrement l’une des plus complexes : partagé entre plusieurs sentiments, le jeûneur doit faire face à une fatigue, cumulée pendant les trois semaines précédentes, mais également renforcer ses prières et augmenter de manière substantielle sa spiritualité. Mais la dernière dizaine (ŒAsharah) est également une quête, celle  de cette nuit singulière que l’on appelle la Laylat-ul-Qadr, la nuit du destin. Cette notion de Laylat-ul-Qadr est un mystère pour la plupart des occidentaux. Explications.

Beaucoup de musulmans sont en quête de cette nuit qui équivaut à la spiritualité de mille mois. Mais pour quelle réalité ? En d’autres termes, pourquoi chercher à tout prix cette nuit ? Lorsqu’on regarde du côté des versets coraniques, ces derniers nous informent qu’une sourate entière est dédiée à la nuit du destin, marquant ainsi sa singularité et son importance.

Dieu demande au Prophète de l’islam : « Et qui te dira ce qu’est la nuit du destin ? » et y apporte également la finalité : « Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube » (sourate Al-Qadr).

Approfondissant les tenants et les aboutissants de cette parole divine, les paroles rapportées du Prophète de l’islam peuvent nous permettre d’en comprendre l’importance pour un musulman. En effet, Aïcha demanda au Prophète de l’islam : « Si je sais quelle nuit est celle du destin, quelle prière devrais-je y faire ? » Celui-ci de répondre : « O Allah, Tu es le pardon personnifié et Tu aimes le pardon, alors pardonne-moi ! » (Tirmidhi, Kitab-us-Sawm).

Loin d’être la nuit qui satisfait tous les fantasmes personnels des croyants, elle permet d’obtenir le pardon de la part de Dieu de toutes les mauvaises actions qu’ils ont pu commettre. On entend souvent des personnes affirmer que cette nuit permet d’avoir tout ce que l’on désire et ces mêmes personnes ne prient que pendant la 27ème nuit.

Or, le Ramadan n’est pas un vecteur de satisfaction des désirs mondains : il est fondamentalement une ascension spirituelle. Si les croyants  ont des aspirations spirituelles particulières, celles-ci pourront recevoir une acceptation de la part de Dieu. Par ailleurs, le Saint Prophète de l’islam n’a pas défini une nuit en particulier pour désigner cette nuit du destin.

Lorsque le croyant aura trouvé cette nuit équivalent à mille mois, c’est alors que Dieu se manifestera dans le cadre de cette nuit bien particulière. D’autres paroles rapportées du Prophète aboutissent à la même conclusion : la nuit du destin est celle où les croyants sincères obtiennent le pardon de Dieu (notamment Michkat-Al Masabih, Kitab-us-Sawm, Bab Laylat-ul-Qadr).

La nécessité de faire des efforts continu

Une fois ce pardon tant convoité pendant cette nuit particulière obtenu, un croyant doit-il se reposer sur ses lauriers ? Au fond, la quête de cette haute station spirituelle ne doit-elle pas être continue ? Une fois le pardon obtenu, il appartient au musulman de reconnaître la grandeur de Dieu et de Le glorifier tout au long de l’année pour la faveur divine qu’Il lui a accordée.

Il doit atteindre l’état du mohsin (une personne noble, de grande bienfaisance envers autrui). Le Prophète de l’islam définit le mohsin comme étant une personne qui se souvient de Dieu à l’instant où elle entreprend quelque chose de vertueux ou qui sait, à tout le moins, que Dieu le regarde. S’il est conscient de cela tout au long de l’année, le croyant ne pourra jamais blesser quelqu’un et pourra tirer profit du pardon qui lui a été accordé au cours de cette nuit du destin. Plusieurs musulmans pensent que la nuit du destin est précisément la 27ème nuit. Or, le Saint Prophète de l’islam n’a pas défini une nuit en particulier pour désigner cette nuit du destin ; à défaut Aïcha n’eût jamais parlé au conditionnel lorsqu’elle posa la question au prophète de l’islam, tout comme la notion de quête sera totalement vidée de sa substance.

N’oublions jamais en conséquence cette nuit du destin et tentons de ne pas oublier les sacrifices pendant le mois du Ramadan tout au long de l’année. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons vraiment dire que nous avons atteint l’apogée de la spiritualité. C’est tout ce que je souhaite à l’ensemble des musulmans du monde.

Je tiens à remercier, pour cet article, Hadhrat Mirza Masroor Ahmad, responsable spirituel et administratif de la communauté musulmane Ahmadiyya en France et en plus de deux cents autres nations, pour les conseils qu’il prodigue lors de ses sermons du vendredi et qui ont largement nourri ce papier.

Asif Arif est avocat au Barreau de Paris et chargé d’enseignement à l’Université Paris Dauphine. Il intervient ponctuellement en  «  libertés publiques » à l’Ascencia Business School. Il milite depuis plusieurs années en faveur des minorités religieuses. Asif Arif est l’auteur de « L’Ahmaddiyya : un Islam interdit. »

Les propos de l’auteur n’engagent pas la rédaction.


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