Prélude. « T’as changé toi ! Ça va Hakim ? Toi là-bas je reconnais ton sourire… et moi j’ai changé ou pas? ». Tout est histoire de confiance, Mr Zebrock le sait. Il a tissé au fil des années des liens avec ses élèves. Une fois les retrouvailles consommées, il est temps de passer à la musique : « Qu’est-ce qu’une chanson majeure ? »
Des réponses fusent de tous les côtés : « C’est une chanson pour les petits ! », « Non pour les grands ! », « À l’ancienne ! », « Connue ! ». On y est presque ! La bonne volonté est là, les élèves s’impliquent. Amusé par les réponses, Mr Zebrock explique : « Ce sont des chansons importantes. Je vais vous faire découvrir un autre univers...»
La Marseillaise. « Ça va peut-être vous étonner mais on va commencer par la Marseillaise. À votre avis pourquoi ? », demande-t-il. Spontanément une voix s’élève et lance : « Parce qu’on est français Monsieur ! ». Reste à savoir à quelle occasion cette chanson est entonnée : « Pendant un match de foot ! », « Dans les cérémonies pour les morts ! », « Au 14 juillet ! ». L’hymne national, ils connaissent. Quelques-uns battent la mesure avec leur stylo, d’autres marmonnent les paroles. « On sera obligés d’apprendre la Marseillaise à l’école ? », demande l'un d'eux. « Vous sentirez-vous plus français en la chantant ? », questionne Mr Zebrock. Réponse unanime : « Non ! ». L ’intervenant acquiesce.
La bohème. La platine CD fait des siennes, les jeunes pestent. En attendant le retour de la musique, une explication de texte s’impose : « Où se trouve Montmartre ? », . Voyant les collégiens perdus dans leur géographie, Mr Z. dresse un itinéraire qui mène de Barbès, un quartier familier, au Sacré-Cœur. Soudain, une question déconcertante : « Monsieur Aznavour, il peut s’acheter combien de Lamborghini ? ». Le « bling bling » ne cessera d’intéresser ce fan du rappeur flambeur Booba.
Alexandrie Alexandra. La classe exécute, en rythme, une série de « Ah ! Aaah ! », onomatopées caractéristiques de la chanson. Une jeune fille, jusque là discrète, oscille des épaules et bredouille les paroles. La vie de Claude François, elle la connaît sur le bout des doigts : « Monsieur, il est mort dans son bain à cause d’une ampoule ». Persuadé que Clo-Clo est américain, un de ses camarades s’embrouille avec le reste de la classe : « Il n’est pas né en Afrique ! Pourquoi vous dites ça ? Il fait les choses à l’américaine ! »
Interlude. Une heure et demie de cours, l’impatience se fait sentir. Les discussions vont bon train pendant les chansons. Les multiples rappels à l’ordre sont vains. Il faut prendre des gants. Un élève contrarié peut facilement entraîner les autres...
Laisse pas traîner ton fils. Étrangement, le folklore émanant des chansons de variété accroche plus que le flow d'NTM. Les élèves sont sur le départ. Les manteaux sont mis, les sacs à dos aussi. Un groupe s’agglutine devant la porte : « Ce n’est pas fini », précise Mr Zebrock. Ici la sonnerie ne fait pas foi. 12h30, le gong retentit : c’ est la délivrance, chacun part sans un mot. « Rendez-vous dans 2 mois, les enfants…»
*Section d'enseignement général et professionnel adapté
Zebrock au bahut ?
Un dispositif mis en place par Zebrock, asso spécialisée dans l’éducation et la transmission de savoirs autour des musiques actuelles, surtout dans le 93. Le projet Zebrock au bahut fait intervenir des artistes dans plus de 70 classes de collège. Pour sa vingtième édition, l'asso déroule le tapis rouge de vingt chansons majeures. En savoir plus : www.zebrockaubahut.net






















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