« Même si le hip hop se limite encore beaucoup à la mode streetwear et à quelques hits RnB, les pubs TV font de plus en plus appel à des groupes de rap ou de breakdance, vu leur impact sur la jeunesse marocaine », explique Amix, du groupe X-Conseil. Pas de quoi toutefois détrôner le raï et le chaâbi : le hip hop reste considéré comme un truc de jeunes. « Beaucoup de rappeurs maghrébins font l’erreur de copier les Américains, en parlant de gangsters, de guerres de gangs et de plein de choses qui n’existent pas réellement chez nous ! Ou bien ils ont tendance à utiliser des termes vulgaires, sous prétexte que c’est l’art de la rue, ce qui détourne une partie du public : ce genre de propos est encore perçu comme inacceptable dans notre culture et notre religion... C’est vrai, le rap est de plus en plus présent dans les médias marocains, mais tous les artistes ne profitent pas de cette ouverture : la majorité se bat toujours sur Internet pour faire connaître son travail ! Le rap marocain est porté surtout par la jeunesse des quartiers populaires, qui manque de moyens et de structures pour encadrer et organiser le mouvement. »
Un système D que les petits gars de X-Conseil connaissent bien. « MC Saïd a commencé sa carrière en solo en 2002, avec le strict minimum de matos pour enregistrer ses premiers essais,raconte Amix. Petit à petit, il a appris à maîtriser son style et amélioré ses connaissances techniques. Moi, avant de m’intéresser au rap et à l’écriture, j’étais surtout branché breakdance et Djing. J’ai rencontré MC Saïd en 2005, à l’occasion d’un featuring. Ont suivi un maxi (X07 The Resurrection), la compilation Denya (2007) et, début 2008, l’album Sakhtain. On fait tout nous-mêmes : la composition, le mixage, le mastering, et même l’impression, l’emballage et la distribution des CD. Eh ouais ! La choraliste et chanteuse RnB Houda vient de nous rejoindre. La touche féminine du groupe ! »
Si le mouvement prend de l’ampleur, l’économie du rap marocain reste précaire. « Pas mal d’émissions TV et radio commencent à s’intéresser au hip hop local, en donnant aux jeunes l’opportunité de présenter leur musique. Certains maisons de disques te proposent parfois des contrats… Que j’appellerais plutôt de l’esclavage ! La majorité des artistes hip hop sont « indés », par choix (pour défendre leurs idées sans censure) ou par nécessité. Ils diffusent leur travail sous forme de street albums ou en téléchargement sur le Net. Faire du rap n’est pas du tout rentable… à moins de faire une croix sur ta démarche artistique, au profit du commercial. Là, les portes des pubs te seront peut-être ouvertes ! Mais bon, ce genre de dilemme ne concerne pas que les artistes hip hop… »
Autres obstacles de taille : le manque de studios spécialisés hip hop, les coûts d’enregistrement et de production. « Organiser un concert est également compliqué : il faut avoir des contacts et des moyens : pour la sonorisation, la sécurité… Les prix des tickets ne doivent pas être trop chers, vu que le public est constitué en majorité de gens des quartiers populaires... Le contact avec le public reste notre seule motivation. La jeunesse qui croit en nous, nous donnent le soutien et l’énergie nécessaires pour aller de l’avant. »
TROIS QUESTIONS A... Don Amix
Spécificité de ta musique ?
On se concentre surtout sur les textes. Si on s’intéresse trop à la mélodie, au look et aux accessoires, on va finir par faire des chansons qui font danser, mais ne racontent rien d’intéressant ou ne font pas passer de message. Nous voulons faire du rap un art engagé qui reflète notre réalité, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Nous parlons de pauvreté, d’injustice sociale, de paix, de guerre… Et on défend notre musique face à ceux qui veulent faire du rap un outil de divertissement !
En quoi ton rap est-il « marocain » ?
Nos textes sont en arabe. Nos sujets s’inspirent de notre vie quotidienne. Nous utilisons régulièrement des samples de musique locale et des mélodies composées aux gammes orientales. Nous collaborons aussi parfois avec des chanteurs de raï. En tant qu’artistes, nous avons la responsabilité d’enrichir et de développer notre culture. L’art est multiforme ; l’important est de savoir comment passer des messages avec.
Ton public ?
Des jeunes qui ont marre des clips orientaux qui ressassent toujours les mêmes thèmes (amour et chagrin d’amour) et n’ont souvent rien d’artistique : la chanson est devenu un produit, le public est considéré comme un client… Nos fans sont du genre à se ficher de l’emballage : une jeunesse qui croit au changement et n’a aucun envie d’écouter des chansons « fast food » !
Conseil à donner à un artiste en herbe ?
Etre sincère, impliqué et réaliste dans sa démarche, ne pas se laisser emporter par les apparences : on sait tous qu’elles sont trompeuses (et éphémères). Pour marquer durablement l’esprit des gens, préférer le travail artistique au miroir aux alouettes.
























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