France Mémoires

Vous avez dit «repentance» ?

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1 Octobre, 2008
Par: Françoise Vergès

La notion de «repentance» est soudain devenue un terme familier du discours politique et médiatique. Surtout lorsqu’il s’agit de parler des mémoires de l’esclavage et du colonialisme: il y aurait, dans les demandes de reconnaissance de ces histoires, demande en repentance…

Le mot apparaît déjà en 2001 à l’Assemblée nationale, quand est discutée la loi sur la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage comme «crimes contre l’humanité». Des députés s’inquiètent alors que la France soit mise en demeure de se repentir pour des événements lointains. Le terme revient de manière plus lancinante depuis 2005, année forte en événements: loi du 23 février, dont un article demande que la colonisation française soit enseignée de manière positive, débats sur les mémoires de l’esclavage, émeutes de novembre, pétitions…

Comment comprendre le succès de ce mot? Quel est son sens? Voyons Le Petit Robert. Repentance: souvenir douloureux, regret de ses fautes, de ses péchés.

Le dictionnaire souligne la racine religieuse du terme: un des synonymes de repentant est pénitent, contrit. Pourquoi un terme rattaché à la notion de péché, de faute et de regret (envers soi-même ou devant son Dieu), est-il devenu un des mots favoris du discours politique et médiatique ? Personne n’a jamais demandé repentance à la France ! Des peuples et des groupes ont simplement demandé que des moments de leur histoire, indissociables d’un lien avec la France, soient reconnus par elle comme une part de sa propre histoire. Oui, il y a eu violences, spoliations, massacres, vols, exil, déportations, discriminations, violations des droits de l’homme dans les colonies. Quand la France a reconnu avoir participé à la déportation de Juifs vers les camps de la mort, elle a reconnu qu’une part d’ellemême s’était faite complice d’un crime. Reconnaître sa participation à des exactions n’est pas faire acte de repentance, mais de respect envers tous les citoyens, héritiers de ces moments d’histoire.

 

 

 
Article paru dans
Numéro 20
Octobre - Novembre - Décembre 2008
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