Amérique du Nord Religions

USA : une société religieuse ?

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10 Janvier, 2009
Par: Réjane Ereau Lola Reboud

Aux États-Unis, la religion a pignon sur rue. Quel rôle tient-elle dans l’identité des individus et celle de la société américaine ?

2 novembre 2008, Obama est en meeting à Columbus, Ohio. Avant lui, à la tribune : des responsables locaux et… un prêtre ! Deux jours plus tard à Chicago, la foule attend son nouveau président ; on lui balance d’abord un révérend. « La place de la religion dans la campagne présidentielle montre à quel point cette dimension est présente dans la société américaine, commente Andrew, enseignant dans l’Illinois. Même si personne ne l’a cru, Bush a justifié la guerre en Irak en déclarant que Dieu lui avait parlé ! Et Obama a dû adapter son discours pour faire taire les rumeurs sur son lien à l’Islam. » Une attitude que les jeunes musulmans américains ont eu, à l’époque, du mal à avaler :« Pour répondre aux attaques, il s’est contenté d’un “ah mais non”. Comme si être musulman était une tare ! Dans la lignée de son discours, juste et sensible, sur les races, pourquoi n’a-t-il pas dit que cette religion était aussi respectable qu’une autre, aussi porteuse de valeurs et d’amour ? » tempête Linda Sarsour, directrice de l’Arab-American Association de New York.

« Aux USA, la religion n’est pas taboue, mais certaines sont mal vues, confirme Zeenat Rahman, chargée des relations extérieures d’Interfaith Youth Core (Chicago). Depuis le 11 septembre, les discours se sont radicalisés, tout le monde juge sans connaître. Les musulmans sont victimes d’un gros mouvement islamophobe, les juifs sont suspectés de contrôler le pays… Le conflit entre Israël et la Palestine influe sur les rapports entre juifs et musulmans. L’important est d’agir là où l’on vit. En s’interrogeant par exemple sur ce que ça veut dire, ici, aujourd’hui, d’être musulman américain ou juif américain. »

Car visibilité ne veut pas dire dialogue. Juliana Schnur, étudiante à New York University : « Affirmer haut et fort son appartenance ne signifie pas que tout est résolu, qu’on se connaît, qu’on avance ensemble ! J’ai grandi dans une banlieue où la moitié des gens sont juifs. Avant de m’installer à New York, je n’imaginais pas qu’on puisse ne rien savoir de ma religion. Vivre dans des milieux homogènes n’incite pas à se poser de questions. New York est le royaume du melting-pot, tous les cultes y cohabitent. Les interactions sont fréquentes au niveau intellectuel, professionnel mais, sur le plan individuel, on reste sur nos communautés. »

D’où la volonté de l’association Interfaith Youth Core de favoriser le dialogue interreligieux : « À l’heure actuelle, dans les lycées et universités américaines, la vie sociale est organisée en fonction de l’appartenance à une confession ou une ethnie. Aucun moyen de questionner son identité, aucune initiative pour bâtir des passerelles. » La méthode ? « Créer la rencontre par le biais d’actions communes, sur des thèmes fédérateurs comme l’hospitalité, le respect de l’environnement… Puis inciter chacun à partager son rapport à la foi. » Enjeu : tordre le cou aux discours extrêmes, du genre « toutes les religions sont le diable » ou « c’est comme ça qu’il faut croire et pas autrement ». Et faire entendre d’autres voix, « pour montrer qu’on a tous une manière personnelle de vivre notre religion, et qu’on doit être libre de l’exercer comme le souhaite, conclut Zeenat. Moi par exemple, je ne suis pas super muslim ! Je suis ce que je suis, personne ne me représente ni ne peut parler à ma place. »

96% des Américains déclarent croire en Dieu 
-) 67% appartiennent à une communauté religieuse 
-) 40% sont des pratiquants réguliers (moins de 10% en France) 
-) 52% sont protestants, 26% catholiques, 1,4% juifs, 0,6% musulmans 
-) De plus en plus d’agnostiques : 15%en 2001, contre 8% en 1990 
-) 57% des jeunes croyants disent prier quotidiennement1

 

1: Sources : Le Dieu Américain, Jacques Julliard (Nouvel Obs, octobre 2004) - Données sociales du Ministère français des affaires étrangères (Nouvel Obs, juin 2008), Fondation Bertelsmann (2008)


 

TA FOI, TON VOTE ?

 

Ezra (New York) Je suis juif. Pas très “religieux”, quoi que ça veuille dire. Lors de la dernière élection, les candidats ont utilisé la religion pour diviser la population, plutôt que pour la rassembler. Sarah Palin a été choisie pour séduire les Chrétiens fondamentalistes. Son opinion sur l’évolution et le changement climatique montrent la régression de certaines mentalités, au mépris des vérités du 21ème siècle.

 

Ramneek (New York) Beaucoup de gens l’ignorent, mais sikh veut dire « apprendre ». Le désir de connaissance et de compréhension est naturel quand on vient d’une famille sikh. Ces notions n’ont jamais été aussi importantes : impossible de faire un choix qui te semble juste sans avoir d’abord cherché à comprendre. L’ignorance n’est pas une bénédiction. C’est un danger.

 

Jung (New York) Je suis protestante depuis ma naissance. Je vais à l’église tous les dimanches. Ca peut influencer mes choix politiques, mais jamais de manière décisive. Mon vote ira à la personne la plus qualifiée.

 

NoName (New York) Je suis les préceptes baptistes. Je crois en Dieu, au paradis, à l’enfer, au pouvoir divin. Le résultat des élections présidentielles a eu un impact énorme sur ma foi. La preuve que tu peux toujours être ce que tu t’es mis en tête de devenir.

 

Thomas Uthup, responsable de recherche à l’Alliance des Civilisations – Les USA ne se regardent pas comme areligieux. Que le président prête serment sur la Bible n’empêche personne de se sentir libre de pratiquer sa propre foi (qui est un droit fédéral). Exercer sa liberté de culte ne veut pas dire "se libérer des cultes" ! En Europe, le principe de laïcité conduit parfois à devoir gommer son identité culturelle pour exister socialement, notamment si l’on veut exercer des responsabilités politiques. Du coup, certains citoyens ne se sentent pas représentés dans les institutions du pays, ce qui peut être (notamment chez les jeunes issus de minorités) assez déstabilisant.

 
Avec le soutien de Alliance des Civilisations
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