L’infernale et anormale tension entre jeunes, moins jeunes et police s’aggrave ! La fracture est abyssale, et ces cycles sont jonchés de morts. Le plus souvent des garçons, des hommes, jeunes, français dits «d’origine étrangère »…
Bavure : qualification absconse qui rajoute à la colère, et non à la clarté d’une qualification juridique respectueuse des faits. Vraies ou fausses bavures, nous assistons toujours aux mêmes déclarations de part et d’autre : démentis, enquêtes, suspicions au gré des versions contradictoires. Parfois des sanctions, très discutables au regard des faits. Sans compter les relaxes et non-lieux, encore à vif dans la mémoire des familles des victimes et dans celle des quartiers populaires… Emblématiques, la mort de Ziyed et Bouna à Clichy sous Bois, et celle de Moushin et Larami à Villiers le Bel ont déclenché émois et révoltes sociales, les plus marquantes depuis bien longtemps.
Mais cette tension se généralise et prend des accents de « système », comme si nos jeunes et nos moins jeunes, voyaient dans la police un camp hostile et non les gardiens d’une paix pour tous. Et on peut se demander si certains policiers ne sont pas dans le même état d’esprit de défiance que certains jeunes. Ceci au regard, par exemple, des incessants contrôles d’identité, concernant là encore le plus souvent des hommes français d’origine étrangère, étrangers, ou venant des DOM-TOM : une dernière étude de juin 2009*, édifiante, nous l’a confirmé. Sortons de la logique sécuritaire, qui renforce les antagonismes et abîme encore plus l’image de la police.
Briser ce cycle.
La première des responsabilités revient à nos gouvernants. L’édification d’une société plus juste ne doit plus se faire sans le concours des citoyens, notamment les plus concernés par ces tensions. Maintes fois, des personnes parlent pour les banlieues, sans faire place à l’expertise des acteurs de ces territoires, qui ont une foule de préconisations à émettre. Il s’agit aussi de permettre un espace non neutralisé par des discours politiciens. En revanche si certains discours se disant prêts à une évolution ne sont pas suivis d’actes constructifs, cela augurera des lendemains prisonniers de ces cycles. Suite à une bavure réelle ou supposée, nous assisterons comme rituels à des quartiers qui s’enflamment.
Briser ce cycle infernal.
Ce problème est structurel. Il ne s’agit pas d’une histoire de méchants et de gentils. Sans tomber dans l’amalgame ou le manichéisme, il faut prendre des mesures afin de sauvegarder les plus jeunes et, tout autant, nos fonctionnaires de police. Car ce qui domine les esprits, c’est la défiance, la haine parfois, qui côtoient paradoxalement l’envie d’un changement profitable pour tous. Il n’est pas possible que notre République ne soit pas plus exigeante avec elle-même, car cette problématique nourrit « une dispute » qui s’accroît de jour en jour entre jeunes et autorité. L’édification d’une société où l’égalité de traitement sera une réalité facilitera l’adhésion à l’exercice démocratique.
Briser un autre cycle.
Plus qu’un plan fait d’espoir affiché, ce dont on a besoin, c’est un véritable projet qui doit se décliner dans toutes les strates de notre société. La réduction des inégalités participe à une croyance renouvelée des jeunes à l’égard des institutions. Autre élément impérieux : la lutte contre les discriminations. Il faut aboutir à une politique beaucoup plus ambitieuse pour réduire le sentiment d’injustice.
Briser le cycle infernal, car il y a déjà eu trop de morts, trop de larmes, de familles endeuillées, de destin brisés. Repenser la façon de s’appréhender les uns les autres. Il est temps pour chacun de sortir de ce cycle et d’enclencher une dynamique nouvelle qui nous fera entrevoir autrement un avenir commun. Il y a urgence !
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