2004 : No Fear, jeune MC originaire de la région du Mont Fuji, débarque à Tokyo. Il y rencontre 8-ROC, un DJ qui fait équipe avec autre tchatcheur, Kychi. RGM est né. Après quelques concerts dans de petites salles, le groupe fait la connaissance de Basile Doganis, réalisateur français vivant au Japon, premier assistant sur le documentaire Young Yakuza de Jean-Pierre Limosin. Le cinéaste est à la recherche de rappeurs pour composer la bande originale du film : ce sera RGM. « Le réalisateur voulait des artistes du même âge que les personnages de Young Yakuza, qui raconte l’apprentissage d’une jeune recrue de la mafia japonaise, explique Kychi. Il nous a demandé de travailler sur des thèmes tels que la peur, l’honneur, la ville… On a fait les morceaux sans voir les images. Quand on a découvert celles-ci, on a été scotché de voir à quel point elles collaient à nos titres ! »
Comme la plupart des Japonais, les jeunes rappeurs n’ont aucun lien avec le milieu. « Bien que les yakuzas agissent à visage découvert, personne ne les connaît vraiment, même lorsqu’ils font partie de votre famille ! » précise Kychi. Mais, comme les héros du film, les membres de RGM sont originaires des quartiers populaires. D’où leur capacité à comprendre et retranscrire. Ainsi, le titre Dead or Alive raconte leurs difficultés à faire leur place dans la jungle urbaine de la capitale. Car contrairement aux nombreux groupes japonais qui singent le gangsta rap américain - alors que leurs membres sont souvent issus de familles aisées ! - les gars de RGM préfèrent ne pas tricher et restituent, loin des fantasmes, leur vie d’artistes précaires (petits boulots et compagnie).
Si les textes de RGM sont en japonais (ponctués de nombreux mots anglais, comme le langage courant), sur le plan musical, les beatmakers US restent leur principale influence. L’univers nippon, toutefois, fait progressivement son apparition dans leur répertoire : sample de koto (instrument local), refrain chanté par une vocaliste traditionnelle en lieu et place de la sempiternelle chanteuse RnB…
Pas de quoi toutefois faire sortir leur musique de l’underground : dans un pays où la pop est reine, seul le reggae-dancehall parvient à tirer son épingle du jeu. Hormis quelques rappeurs installés depuis les années 90, qui s’en sortent souvent en menant des activités parallèles (vente de streetwear, par exemple), rares sont les artistes hip hop qui réussissent à vivre de leur musique. C’est donc en street CD et sur Internet qu’il faudra traquer le premier album de RGM.
























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