« 100% gitan »
– Nous venons tous du village de Clejani, en Roumanie, où chaque famille rom ou presque est musicienne. On a développé une manière de jouer qui nous est propre, très fondée sur l’impro. Aujourd’hui, pas mal d’étrangers se revendiquent de la musique tsigane. Pourquoi pas, s’ils ont le niveau ! Certains disent qu’elle a changé leur vie. D’autres essaient de devenir « plus gitans que les gitans »… Moi qui suis le suis à 100%, je ne vis pas dans une roulotte et ne porte pas le costume traditionnel !
« La force de l’authenticité »
– Certaines mélodies ont le don de toucher tout le monde. La musique tsigane est de celles-là. La force du Taraf, c’est sa spontanéité, son authenticité. On est là pour faire plaisir aux gens, exacerber leurs sentiments : les faire danser aux mariages, pleurer aux enterrements… On fait ce métier depuis tout petits : une école parfois dure, qui nous a appris à donner et encaisser. Nous ne jouons pas pour montrer notre virtuosité, mais pour transmettre une émotion. Pour nous, pas de bonne musique sans participation du public. Un violoniste, avec une seule note, doit être capable de te toucher au cœur.
« Une musique vivante »
– Notre musique est vivante ; elle se transmet et s’enrichit de génération en génération. Chacun apporte son bagage : les jeunes impulsent leur énergie et leurs idées, les vieux les encouragent à aller de l’avant et leur apprennent les ballades ancestrales. Nous sommes les garants d’un répertoire, mais ne nous posons pas en ethno-musicologues : pas question de dire « il ne faut rien changer » ! Beaucoup de DJ occidentaux se sont mis à remixer la musique tsigane. Comme nous ne sommes fermés à rien, nous avons joué avec certains d’entre eux. C’était une expérience, c’est fait ! Reprendre les compositions classiques de Bartok (1) est un autre type d’exploration musicale. Le challenge : y impulser notre originalité. Ç’a demandé beaucoup de temps, de sueur et de larmes. Pas de place pour l’improvisation, il fallait respecter l’œuvre !
« Porteurs d’une culture »
– Alors qu’elle est « tendance » en Occident, la musique tsigane est boudée par les Roumains. Après la chute de CeauÅŸescu (1989), les gens se sont détournés de tout ce qui pouvait faire penser à l’ancien régime (dont la musique traditionnelle). Ils voulaient du nouveau, des trucs venant d’Angleterre, de France, d’Italie, des USA… Les jeunes Roumains, aujourd’hui, ne jurent que par la pop, le reggaeton. Certains, titillés par notre notoriété à l’étranger, commencent toutefois à se réintéresser à leur patrimoine musical – selon moi, le plus riche et varié d’Europe de l’Est.
« Le combat continue »
– Le succès international du Taraf de Haïdouks a contribué à populariser la Roumanie. De là à croire qu’on a le pouvoir d’y faire évoluer les mentalités en faveur des Tsiganes… Ce serait un doux rêve ! Les autorités roumaines ne sont pas prêtes à nous accepter. On nous tolère à la télé. Dans les faits, les Roms sont toujours déconsidérés.
VOUS AVEZ DIT « TARAF DE HAIDOUKS » ?

Taraf : nom traditionnel des groupes de lăutaris (chanteurs et musiciens tziganes roumains).
Haïdouk : terme turc signifiant bandit. En Roumain, le nom du groupe est Taraful Haiducilor.
Créé en 1990, révélé par le film de Tony Gatlif Latcho Drom (1992).
Formation à géométrie variable : une douzaine à une trentaine de membres, entre 22 et 80 ans.
Dixit l’acteur américain Johnny Depp : « J’ai rencontré les membres du taraf des Haïdouks sur le tournage de Man who cried (2000). Pour moi, leur manière d’aborder l’existence est un modèle. En dépit de tout ce qu’ils ont enduré (je parle du racisme anti-gitan qui sévit depuis des siècles), leur musique continue d’exprimer la joie la plus intense. Ils ont ce don de te faire sentir vivant. »
(1) Album Maskarada, 2007























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(1) : disponible prochainement