Sous les masques, de grands noms de la bombe : JonOne, américain installé en France, Seak, débarqué de Cologne, Zedz, made in Pays-Bas, et le Bruxellois Sozyone. Leur défi : réaliser un wholecar en 3h15 pétantes. « C’est le temps nécessaire pour relier Paris à Amsterdam en TGV », décode Olivier Poitrenaud, PDG de Thalys International.
Car c’est aux frais de la compagnie ferroviaire que le quatuor officie… En plein fief de la brigade anti-graffiti ! Un choc pour les puristes ? «Normal d’essayer de gagner sa vie avec son art; tu ne vends pas ton âme! commente Rokinou PKTR, "ancien" du graff français. A quoi bon être le DJ du siècle si tu passes tes journées à la chaîne chez Renault? Passer en légal te permet de développer ton travail. Ce que tu peins sur toile n’est pas ce que tu fais sur mur, les deux se complètent.» Point de vue partagé par Kashink, rare fille du milieu : «C’est un chouette événement, j’ai l’impression d’être à New York. J’aurais adoré participer! Mon préféré, c’est Sozyone, son style est unique… et de plus en plus côté.» Rokinou PKTR, lui, a un faible pour Zedz. «Un coloriste, comme moi! Regarde le jouer avec le gris de la carlingue, l’intégrer à son œuvre... Dès que deuxième couche et les outlines seront terminés, ça va commencer à vibrer. Quand le train se mettra en mouvement, ce sera juste énorme!»
De quoi inciter Thalys à soutenir les arts urbains? «En parallèle de nos actions auprès des grands musées, nous essayons d’accompagner des formes artistiques plus nouvelles, répond Olivier Poitrenaud. Concernant le graffiti, je fais une distinction entre les actes de dégradation volontaires et ce qu’on organise aujourd’hui, expression d’une force et d’une créativité. Sa reconnaissance doit passer par des lieux, des moments. Si nous pouvons y contribuer…»
Pourquoi alors n’avoir conservé les wagons peints que quatre mois? Ils auraient mérité la postérité! «Dommage aussi que ce soit un one shot, conclut Kashink. Il faudrait renouveler l’opération avec d’autres artistes, puis créer un catalogue.» Monsieur Thalys, si vous lisez ces lignes…
LA PAROLE A…
Sozyone – Bruxelles
« Dans le monde du graffiti, le train symbolise le soleil, il est le centre de l’univers. Peindre un Thalys, c’est atteindre une autre dimension, c’est l’étoile d’une autre galaxie ! Une vraie mission spatiale, comme celle de Dirk Frimout (1) ! Un projet astronomiquement cool. »
(1) Premier belge à être allé dans l’espace.
Jonone 156 – New York / Paris
« Qui aurait dit qu’après quarante-cinq ans de subway art, une compagnie ferroviaire nous demande officiellement de peindre ses trains ? La vie est incroyable ! J’ai toujours pensé que la culture et les artistes street art regorgeaient de talents. J’espère que cette manifestation ouvrira la voie à d’autres initiatives. Je ferais de mon mieux pour soutenir le mouvement ! Les trains de New York ont été mon premier lieu d’exposition. Petit à petit, j’ai réalisé l’importance de cet art public et son rôle au sein d’une communauté. Pour moi, les trains sont un fantastique support pour faire circuler et partager la culture. Je crois en la nécessité de donner aux gens de quoi les faire rêver. Parce que c’est dans les rêves que la réalité se construit. »
Zezd – Amsterdam
Voir son œuvre circuler à plus de 300km/h entre Paris et Amsterdam, c’est presque inconcevable ! Ces trains à grande vitesse ouvrent des portes. En liant entre elles les capitales européennes, ils rétrécissent les espaces et comblent les fossés. Je vois aussi ce projet comme une contribution à la discussion sur le statut artistique du graffiti. »
Seak - Cologne
« Participer à cet événement, c’est comme écrire une page de l’histoire paneuropéenne. C’est aussi une (rare) occasion pour nous, artistes graff, de sortir de l’image d’illégalité. Nous inviter à peindre un train, c’est considérer que notre travail encourage la communication et l’échange interculturel. Je suis heureux de ce regard positif porté sur notre art. »
GROS PLAN
Ce matin-là, à la Gare du Nord, Respect Mag avait convié Kashink et Rokinou PKTR à jeter leur œil d’artistes et de spécialistes sur l’événement organisé par Thalys. Deux talents à découvrir et soutenir.
Si vous un adepte du graffiti, vous connaissez peut-être Rokinou PKTR, ses gimmicks urbains, ses pièces uniques distribuées par ArToy et Agnès B… «Je fais partie de la première vague française du graffiti. Cet art, c’est ma vie!» explique-t-il. Premières armes à Angoulême, où il cofonde la revue de BD pour enfants Choco Creed. «La bande dessinée m’a appris à me jeter à l’eau, à gérer des collectifs et des projets.» Ainsi qu'à développer un point de vue, une énergie. «Le monde du graff est très compétitif. Plus on te crache à la gueule, plus t’es bon!» Son truc à lui? Un graphisme rond et coloré. «Je pense en couleurs ! Les lettres, pour moi, sont des espaces de création. Certains disent qu’en graffiti, tout a déjà était fait… A chacun de monter son puzzle avec les outils dont il dispose! Plus que l’œuvre elle-même, ce qui m’intéresse, c’est le processus de création.» Un univers que Rokinou PKTR décline aussi sur toile. Récurrence de nuages, de lignes… «Ma peinture est comme un jeu de piste. Je veux sortir des cadres, des schémas. Exprimer ma folie. Et ouvrir les portes de notre art aux gens qui ne le connaissent pas. Ne vous fiez pas aux apparences ou aux on-dit : les graffeurs sont de vrais gentils!»
www.myspace.com/rokinouztavern / Contact : rokinouztavern@myspace.com
« Pas facile de faire sa place dans l’univers très masculin du graff ! tempête Kashink. Ce milieu s’est construit sur la valorisation de la testostérone, de la prise de risque entre potes. En termes de création aussi, c’est un monde fermé, finalement très formaté, où, pour être considéré comme un "vrai", tu ne dois pas sortir des formats établis. » Pour les filles, c'est encore pire : « Soit tu fais dans la "girlie", dans la lignée des pionnières comme Fafie ou Miss Van, soit tu joues les vandales en copiant les mecs, voire en étant pire qu’eux ! » Ex-chanteuse d’un groupe hardcore, professionnelle diplômée en art, la jeune femme entend bien sortir du moule et secouer les cadres. « Je peignais avant d’entrer dans ce milieu, je continue à faire mon truc, même si ça dérange. » Un conseil : pistez sa tribu de masques urbains, ils valent le coup d’œil.










































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(1) : disponible prochainement