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Solidays : Contre vents et marée

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26 Août, 2009
Par: Réjane Ereau

Devenu le deuxième festival le plus fréquenté de France (1), Solidays pourrait se reposer sur ses lauriers. Ce serait oublier la volonté de Luc Barruet, son fondateur, de soutenir la lutte partout où le sida fait encore des ravages. Retour sur une édition 2009 sous le signe des pays du Sud.

La grande fierté de Luc Barruet, pour le onzième Solidays de son organisation Solidarité Sida, c’est le passage par l’hippodrome de Longchamp de l’exposition Renaître à la vie. Initiée par le Fonds mondial de lutte contre le sida (2), en collaboration avec Magnum Photos, ce projet témoigne des effets des antirétroviraux sur la vie de 33 personnes infectées et leur famille, dans neuf pays aux problématiques différentes.

Mari victime d’une aventure extraconjugale en Inde, jeune campagnarde haïtienne dont la contamination aurait pu être évitée si l’information en zone rurale étaient aussi bonne qu’en ville, toxicomane en Russie, où le sida est un problème social et économique – le désoeuvrement favorisant le trafic et la consommation de drogue… Autant de parcours de gens ordinaires, fauchés presque par hasard par une maladie «qui ne provoque aucune compassion» – dixit l’un des témoins. «Cette exposition est une ode à la force des malades, ainsi qu’au soutien de leurs proches, estime une responsable du Fonds mondial. Elle montre de manière concrète et sensible les résultats spectaculaires des traitements.»
 
Pour autant, Luc Barruet ne crie pas victoire. «70% des malades du monde ne bénéficient toujours pas des ARV! Pour des raisons économiques, politiques, juridiques, la diffusion des rétroviraux dans certains pays défavorisés reste très problématique. L’an dernier, 1,6 millions d’Africains, dont 330 000 enfants, sont morts du sida faute de soins…. Parallèlement à l’accès aux médicaments, la construction de structures de santé et l’accompagnement des malades par du personnel qualifié exigent des moyens importants. Il est impératif de continuer à dénoncer haut et fort les inégalités, rappeler les responsables politiques à leurs devoirs et convaincre les pouvoirs publics de se mobiliser.»
 
D’où la participation de Solidarité Sida à la campagne Remind the gap, lancée le 12 mai 2009 à l’initiative de 80 associations à travers la planète, «pour inciter les pays riches à augmenter d’urgence leur contribution au Fonds mondial, dont les besoins d’ici 2010 sont estimés à au moins cinq milliards de dollars supplémentaires. Sans cet effort financier, les 2,3 millions de malades dont le traitement dépend du Fonds mondial ne pourront être sauvés
 
D’où aussi l’implication directe de Solidarité Sida auprès d’associations étrangères. «Notre priorité est d’aider les acteurs locaux émergents, porteurs d’une action complémentaire à ce qui existe déjà, dans des zones où la situation est inquiétante et la société civile peu soutenue, explique Hélène Roger, responsable du pôle International de Solidarité Sida. Notre prise en charge est globale, sans interventionnisme: ce sont eux qui définissent leurs priorités, selon les besoins du terrain. Notre mission est de leur apporter l’accompagnement dont ils ont besoin pour ne pas s’essouffler.»
 
Tous les ans, une vingtaine d’associations étrangères se retrouvent à Paris, en amont de Solidays, pour quinze jours de rencontres et d’échanges. «Pour ces acteurs de terrain, souvent isolés et pris dans leur quotidien, il est important de pouvoir discuter de leurs expériences, faire remonter leurs problématiques et leurs bonnes pratiques, précise Hélène Roger. C’est également l’occasion de se poser et de réfléchir à leurs activités de façon distanciée.»
 
Et si clairement, durant le festival, la priorité du public n’est pas d’aller taper la causette avec les responsables associatifs d’Afrique et d’Asie, leur présence à Solidays est une bouffée d’air frais. «Ce séjour m’a beaucoup appris sur les actions menées en Afrique, raconte Pierre, représentant de l’association réunionnaise Sid’Aventure. Comme ce gars qui organise des cliniques ambulantes dans les coins reculés du Nigéria (3)J’ai fait le plein de bonnes idées
 
Pour Penda, directrice exécutive du centre SAS (Côte d’Ivoire), «l’échange d’expérience sur la gratuité des traitements et les problèmes de rupture d’approvisionnement en médicaments» s’est avéré très riche. «L’atelier dédié à la gestion de la diversité des financements était aussi fort instructif, poursuit Franck, responsable financier de l’association Alternative Cameroun. Pour nos structures, la professionnalisation de la gestion budgétaire est un enjeu important – sans perdre notre flamme militante. Notre présence à Solidays joue en faveur de notre plaidoyer. Il y a deux ou trois ans, notre action (auprès des hommes qui couchent avec d’autres hommes, dans un pays où l’homosexualité est un délit) était marginale. Aujourd’hui, elle est reconnue au niveau national et international... Mais ce qui me touche le plus dans ce festival, c’est une énorme impression de solidarité. Ça n’existe pas chez nous
 
«On ne peut pas encore faire la même chose en Afrique, mais on peut réfléchir à comment agir ensemble! commente Roger, président de l’association burkinabaise Dounia Solidarité. Solidays est une source de synergies, un moment privilégié pour rencontrer d’autres associations et tisser des relations. C’est un premier pas dans la mise en place d’un système de collaboration continue.» Penda opine: «Ces quinze jours ont été très denses! J’ai compris que seuls, on arrivera à rien. Il nous faut créer un réseau, pour construire des choses ensemble.» Et Karyn, directrice adjointe de l’association thaïlandaise TTAG, de conclure: «Le networking nous permettra de changer le monde. Alliances, échanges d’expériences, voilà ce que je retiens de Solidays. Et deux kilos de plus, à cause des croissants!»
 

A VOS AGENDAS

La nuit du Zapping, organisée par Solidarité Sida pour récolter des fonds, revient en octobre 2009. www.solidarite-sida.org


 
(1) 150 000 visiteurs en 2009. (2) Créé en janvier 2002, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme fournit près du quart des ressources internationales dédiées à la lutte contre le sida. (3) Au Nigeria, 70% de la population vit dans des communautés rurales, alors que les hôpitaux sont essentiellement implantés en zone urbaine.
 

 

 

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Article paru dans
Numéro 23
Octobre - Novembre - Décembre 2009
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