Que devient-elle ta fondation Pies Descalzos (1) ?
Je l’ai créée à l’âge de 18 ans. Depuis près de quinze ans, elle développe des programmes d’éducation et de nutrition en faveur d’une des composantes les plus vulnérables de la société colombienne: les enfants de familles déplacées, victimes des conflits internes, de la violence et de l’extrême pauvreté. La Colombie est, après le Soudan, le pays du monde le plus touché par les déplacements de population. On travaille dans des endroits où le gouvernement n’intervient plus depuis des années. M’impliquer n’est pas un sacrifice, mais une immense source de satisfaction. J’ai vu comment l’éducation pouvait transformer la vie d’un enfant, mais aussi de sa famille et de toute sa communauté; elle leur donne une chance d’accéder à un futur plus digne. Au-delà des actions de la fondation en Colombie, je m’investis pour l’éducation dans le monde en tant qu’ambassadrice de l’Unicef et membre de l’association ALAS, qui fait pression sur les gouvernements latino-américains pour qu’ils investissent dans des initiatives en faveur de la petite enfance.
D’où te vient cet engagement ?
Quand j’avais huit ans, mes parents ont fait faillite. On a tout perdu: voiture, meubles, télé… Tout! Me retrouver dans une maison vide était pour moi assez traumatisant. Mes parents m’ont alors conduite au parc, pour me montrer une réalité bien plus dure : celle de jeunes orphelins, vivant là, sans ressources, sniffant de la colle pour supporter la tragédie de leur quotidien. Ce jour-là, je me suis dit que si je réussissais (et je le souhaitais fortement, afin de rendre à mes parents leur situation sociale et économique), je ferais quelque chose pour ces enfants. D’où la création, dès mon premier succès international, de la fondation.
Ton style évolue. Pourquoi ?
Le pire qu’il pourrait m’arriver serait de m’imiter moi-même, de répéter sempiternellement la même recette ! J’aime explorer de nouveaux univers. Avec She Wolf (2), j’avais envie d’être très dance, pour donner la pêche aux gens en temps de crise. Sans perdre mon côté fusion: à moitié libanaise, je suis née et j’ai grandi en Colombie, un pays baigné de multiples influences – notamment africaines. Au-delà de sa tonalité électro, l’album garde des références latino, indienne, orientale, jamaïcaine… Il a aussi été écrit avec moins de pudeur: en mûrissant, j’ai eu envie de déterrer des aspects plus sauvages de ma personnalité! Je me sens plus maîtresse de ma vie, de mes choix; j’essaie de m’écouter davantage. Notre société offre plein d’opportunités, mais elle limite aussi nos esprits et nos champs de vision. On s’impose tant de règles, on passe tant de temps à construire des cages et à s’y enfermer! Pour être heureux, il faut s’en libérer.
(1) « Pieds nus » en espagnol. www.fundacionpiesdescalzos.com
(2) Sony Music
A L’HOTEL AVEC SHAKIRA
Octobre 2009, rendez-vous dans les très parisiens salons de l’hôtel Georges V. Dorures, pétales de rose, bougies… Et un écran géant, où tourne en boucle le nouveau titre de Shakira. La donzelle n’est pas prête, on attend. Coup d’œil à la photo de She Wolf : dis donc, serait pas en train de prendre des airs de Madonna ? Côté clip, c’est plutôt du genre Britney : dance, athlétique, pulpeux et bien huilé… Les minutes passent, « la louve » ne pointe toujours pas le museau. « Elle se remaquille », nous prévient-on. Et si on écoutait l’album pour patienter ? Une fois – pas très inventif, non ? Deux fois – tout de même, c’est efficace. Trois fois – pitié, arrêtez-moi ça ! On est à deux doigts de se barrer, la belle arrive enfin... Comment voulez-vous qu’on lui en veuille, avec un tel sourire ?
SHAKIRA ET SES BOYS
Enregistré aux Bahamas (ben tiens), She Wolf est le fruit d’une collaboration avec Pharell, Wyclef Jean (Fugees), The Neptunes et John Hill, producteur de Santigold. « Il existe une vraie synergie professionnelle entre Pharell et moi, explique Shakira. Il est bourré de talent. Il bosse si vite, et moi si lentement ! Un bon échange de méthodes ! J’ai aussi été ravie de retrouver Wyclef Jean, qui avait déjà participé à mon précédent album. C’est un mec incroyable, un des B boys que je préfère au monde. Comme moi, il vient des Caraïbes, d’un pays en développement. On a beaucoup de choses en commun. Nous sommes très amis, on s’amuse beaucoup à travailler ensemble. »






















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(1) : disponible prochainement