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Service civil : Enthousiasme américain, balbutiements français

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1 Mars, 2009
Par: Ousmane Ndiaye

Gros plan de part et d’autre de l’Atlantique sur l’engage­ment et le volontariat des jeunes: deux gestions et deux approches différentes.
 

Sitôt élu, Barack Obama a réaffirmé sa vision du rêve américain: «Lorsque vous choisissez de servir votre nation, votre communauté ou simplement votre quartier, vous êtes connecté à cet idéal américain fondamental que nous voulons: la vie, la liberté et la poursuite du bonheur, pour nous-mêmes, et pour tous les Américains». Le président s’engage notam­ment à démultiplier le nombre de volontaires du service civique américain. En passant de 75000 à 250000 jeunes par an. «C’est la plate-forme clé de son action destinée à la jeunesse. Il a mis en avant le service civil national, et l’engagement au service de la communauté. C’est une vraie bataille poli­tique», s’enthousiasme Susan Stroud, directrice exécutive de l’organisation Innovations in Civic Participation (ICP). Ce mouvement de lobbying, basé à Boston, promeut le développement durable et le changement social par le biais de l’engagement des jeunes.

 

En France, le service civil volontaire est lancé dans l’urgence après les émeutes de novembre 2005, par le président Chirac. Fin 2008, il n'a plus de financement : Bercy juge le dispositif trop cher et son efficacité non avérée. Pourtant, le rapport commandé par le président Sarkozy à Luc Ferry réaffirmait sa pertinence et préconisait son élargissement. «Nous avons proposé un dispositif sur la base du volontariat: 80% des jeunes sont contre l’obligation, une idée également rejetée par les associations. Un organisme dédié serait créé avec un objectif à atteindre de 60000 jeunes en cinq ans», explique l’amiral Alain Béraud, co-auteur du rapport. Paradoxalement, le ministre des Sports, Bernard Laporte conditionne la mise en place d’un nouveau dispositif à son obligation. Et, du coup, rompt le con­sensus sur le volontariat. Tollé! Comment financer un service obligatoire alors qu’on ne trouve pas de budget pour les 3000 jeunes engagés volontairement?

 

 

Tous, finalement, s’en remettent au président de la République. Qui ne semble pas aussi pressé que Barack Obama. Pour autant, les militants du service civique cherchent toujours à convaincre les décideurs politiques de son utilité, notamment comme outil d’un mieux vivre ensemble. «Son maintien répond aux attentes des jeunes: avec le service civique, ils se sentent utiles à leur société. Son impact sur la citoyenneté est considérable. C’est un puissant levier de lutte contre les inégalités sociales. Ce qui se passe aux États-Unis interpelle la France», plaide Tanguy Fichou, chargé de communication à l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev).

 

 

Février 2009, ça y est, ça bouge! Martin Hirsch,  haut commissaire à la Jeunesse, promet un service civil volontaire.«Le président m’a dit “tu nous fais le service civique’’. Cela tombe bien, j’en ai très envie!» affirme-t-il.

 

L’ancrage du volontariat dans le débat et l’action politique reste très différent aux États-Unis. Dès 1961, le président Kennedy crée le programme Peace Corps. Des milliers de jeunes partent à l’assaut du tiers-monde… pour apporter leur solidarité! Son succès reste aujourd’hui considérable: 110000 participants par an. Sa réussite inspire au successeur de Kennedy, le président Johnson, le programme Vista. Une version du Peace Corps mais sur le territoire américain. Vista mobilise aujour­d’hui 6000 jeunes par an. Quant à Bill Clinton, il lance AmeriCorps en 1993, qui rassemble chaque année 75000 vo­lontaires, et l’Agence nationale pour le service civil et le bénévolat (1) qui finance et coordonne ces trois programmes. En France, on attendra des émeutes sans précédent pour que les politiques mettent en place un service civil, expérimenté par l’association Unis-Cité: les acteurs de terrain réclamaient son élargissement depuis des années. «Nous avons eu un service militaire obligatoire pendant des années. La place accordée en France à la dynamique d’un service civique basé sur l’engagement, la solidarité et la responsabilisation des jeunes reste très timide», regret­te Marie Trellu, co-fondatrice d’Unis-Cité.

 

(1) Corporation for National and Community Service

www.uniscite.fr

www.cityyear.org

 

 
Article paru dans
Numéro 21
Mars - Avril - Mai 2009
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