France Cinéma

Salim Kechiouche : "être acteur c'est prendre des risques"

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10 Septembre, 2009
Par: Leïla Haddouche

L'acteur Salim Kechiouche a commencé sa carrière au cinéma en interprétant des personnages homosexuels. Pour Respect Mag, il revient sur ses choix de rôles et livre sa perception du métier de comédien.

Comment et quand as-tu décidé de devenir comédien ?

En 1993, avec la MJC de Vaulx-en-Velin (Rhône), je suis venu à Paris participer à un colloque intitulé Avoir 20 ans en l’an 2000. là, j’ai été repéré par un jeune réalisateur, Gaël Morel. J’avais 14 ans. C’était la première fois que je mettais les pieds dans la capitale. C’était le destin, le mektoub ! Par la suite, François Ozon m’a vu dans le film de Gaël et m’a proposé de jouer dans le sien. C’est à ce moment-là que je me suis dis que je voulais faire ce métier. J’avais ça en moi. Je viens d’un quartier pas facile, où toutes les portes sont fermées. Mais j’ai voulu y croire.

Tu as interprété plusieurs rôles gay. Pourtant tu ne l’es pas...

Je ne suis pas là pour défendre une cause. Si je parle de diversité, c'est pour lutter contre toutes les formes de discriminations, qui qu'elles concernent. Dans mon métier, je ne fais pas de calcul. Mon premier rôle homo était dans Grande Ecole, de Robert Salis (2004). J’ai accepté ensuite de rejouer un homo parce que le personnage était complètement différent. C’est vrai que j’ai eu peur d’être catalogué « rebeu qui joue les gay » mais le métier de comédien c’est prendre des risques. Regarde Roschdy Zem ou Sami Bouajila : ils ont fait des choix d'acteurs pas évidents. Je fais plus avancer les choses en étant dans cette ouverture.

Tu as été surpris qu’on te propose ce genre de rôle ?

J'ai surtout eu peur : pas de jouer un gay, mais du regard des autres. Le plus important, c’est d’être intègre. De savoir qui tu es. Il y a jouer la comédie et la vie : si tu incarnes un tueur en série, les gens diront que tu fais un formidable travail de composition. Mais dès que ça touche des sujets tabous, porteurs d'une certaine ambigüité, les gens sont choqués, ou pensent qu’il y a une raison derrière. Alors que ça reste un rôle ! En me demandant d'incarner des homos, les réalisateurs ont peut être vu un moyen de montrer un débat intérieur, un trouble qui deviendrait un moteur pour le personnage. Autour de moi, les gens n'ont pas fait l'amalgame. Seules quelques personnes m'ont dit « tu ne respectes pas la communauté, tu nous dois des comptes » ; c'est idiot ! Je suis un homme libre.

Comment es-tu entré dans la peau des personnages ?

Pour incarner correctement un personnage, j’essaie de ne pas le juger. Sur le plateau de tournage, il faut vivre ce qu’il vit et être ce qu’il est. J’ai des amis gay, mais je ne me suis pas spécialement inspiré d’eux. Je n’ai pas pris mes personnages comme des homos mais, simplement, comme des êtres qui aiment une autre personne. Beaucoup de gays ont apprécié,  car je ne les ai pas stéréotypés. C’est la même chose pour les rôles de rebeu de banlieue. Je ne vais pas faire de caricature en parlant mal ou en ayant une démarche bizarre.

Penses-tu être devenue une icône gay aujourd’hui ?

Par la force des choses, ça peut arriver. Ce n'est pas ton choix, mais celui du public. La sexualité ne définit pas une personne. Le cinéma ou le théâtre c’est raconter la vie. Il ne faut pas censurer, sinon on ferme le débat. J'aime jouer des rôles qui ont un interroge notre société. C’est un acte de jouer un rôle ; un partage avec les spectateurs, qui peut susciter un débat. Faire des films qui ne soulève aucune question, ça ne sert à rien.

Tu as joué dans Fortunes, la comédie sur les communautés de Stéphane Meunier, diffusée sur Arte. Plusieurs fois primée, elle va être reconduite en mini-série (1)...

Dès le départ, ce projet n’était pas comme les autres. Le casting était différent, il y avait pas mal de place pour l'impro. On a osé le politiquement incorrect, en prenant à contre-pied tout ce qui pouvait paraître extrêmement cliché, pour mieux les casser.


(1) Sur Arte en janvier 2010. Salim Kechiouche sera aussi à l'affiche de Le fil, de Mehdi Ben Attia, en avril 2010.

 

 
Article paru dans
Numéro 23
Octobre - Novembre - Décembre 2009
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