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Said Taghmaoui : "Avant, mon rêve était français..."

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1 Mars, 2007
Par: Mohamed Besseghir Khalid El Maayar

L’amour de son métier d’acteur, doublé d’un désir d’émancipation l’ont conduit à tourner devant les caméras d’Afrique, d’Europe et d’Amérique où il mène aujourd’hui une part importante de sa carrière. Admiratif mais aussi critique lorsqu’il évoque le cinéma français, Said Taghmaoui est loin d’adhérer sans restriction aux productions hollywoodiennes.

Après votre succès dans La Haine, vous êtes parti tenter votre chance aux états-Unis. Pourquoi ?

C’est venu avec beaucoup de naturel et de spontanéité. Après mon rôle dans ce film culte, les gens avaient tendance à me ranger dans une case… Mais, moi, il me faut de vraies raisons pour jouer dans un film. C’est comme en amour : j’ai un rapport passionnel avec mon travail. Si j’accepte un rôle, c’est parce qu’il me touche. Je me suis aussi penché sur l’histoire du cinéma français et je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de héros qui me ressemblait physiquement. Je me suis dit : « Saïd, il faut que tu élargisses ton travail, tu ne peux pas t’enfermer dans un certain type de rôle et servir des entreprises d’abêtissement collectif ». Et puis mon envie d’embrasser le monde n’admet pas les limites ou les frontières. Les états-Unis sont une escale parmi d’autres.

Pourquoi La Haine est-il un film culte ?

Parce qu’il s’est affranchi d’une image stéréotypée de la banlieue. C’est un film qui disait : « Voilà ! Nous on parle comme ça, on vit comme ça. Mais par contre on peut apprécier un coucher de soleil avec autant de sensibilité que vous ». La Haine a osé passer de l’autre côté du périph et montrer une culture construite dans la marginalisation et la douleur. L’immigration, ça a aussi été un drame. Aujourd’hui, cette culture qui fait si peur est un puits de souffrance et de violence, mais aussi de créativité terrible ! Il faut être très fort pour ne pas se laisser bouffer par les inégalités, pour ne pas tomber dans la spirale de la haine, pour garder espoir et se dire que tu ne resteras pas toujours « un second rôle », et là je ne parle pas du cinéma, mais de la vie en général. 

Les USA sont un espace de liberté pour vous ?

Non, c’est le règne de l’industrie. Une fois que tu en as saisi les rouages, le voile tombe. Les USA ne sont pas un grand pays de culture, mais un pays de consommation. Contrairement à l’Europe, on n’y intègre pas la notion de génie. Lorsque quelqu’un est brillantissime, on le verra plus comme un singe savant. Là-bas, le box-office décide. Cela dit, le copinage et les discriminations au faciès n’interviennent pas, ce sont les compétences et la capacité de réaction qui agissent pour chacun. Aux USA, une personne est appréciée selon l’intérêt qu’elle suscite. Ici, on est étiqueté d’abord en fonction de nos origines, même si notre pays prône l’égalité. J’adhère à l’enthousiasme des Américains, à leur pragmatisme, à leur capacité de donner sa chance à qui veut la saisir. Tout cela manque terriblement en France où les gens sont trop figés, comme des statues prisonnières de leur statut ! Moi, ce qui m’intéresse dans la dramaturgie, c’est le contraste. C’est quoi un bon casting ? C’est voir un grand acteur jouer avec un jeune débutant. En France, c’est un peu uniforme. Le cinéma est cloisonné, il manque d’initiative. Heureusement que ça évolue.

Existe-t-il une certaine forme de lobbying dans le cinéma américain ?

C’est le résultat de la concurrence. Ce qui distingue le lobbying américain de son homologue français, c’est qu’il est plus franc, et donc plus sain. Tu ne peux pas prétendre à un rôle parce que tu es simplement le fils d’un tel.

On sent une espèce de grief vis-à-vis du cinéma français !

Pas du tout. Je me sens en paix avec lui. Il fait partie du paysage culturel de mon pays et j’en suis fier. Il développe une certaine finesse qui constitue une alternative au cinéma américain. Ce qui me pose problème, c’est son manque d’imagination, cette hypocrisie ou bien alors cette ségrégation latente… Enfin, tous ces non-dits qui font, qu’en attendant, des générations évoluent sans trouver leur miroir. Dans le cinéma français, je fais partie de ces précurseurs qui dealent avec leurs origines, et tentent de se faire une place artistiquement. Et tout ça… sans se renier !

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