Bams : J’adore ton univers. Je suis touchée autant par ta manière de faire de la musique que par l’énergie que tu dégages en live, à la fois puissante, enfantine et onirique. Hier, t’as mis le feu !
RZA : C’est peut-être parce que je suis un grand calme dans la vie que j’explose sur scène, comme Mike Tyson ! La base du hip-hop, c’est d’exprimer une énergie. En concert j’en donne beaucoup, pour que les gens – qui font l’effort de venir me voir après une journée de boulot – puissent eux aussi se lâcher. Au quotidien, notre énergie est souvent contenue, bloquée à l’intérieur de nous. Elle sort parfois de manière négative... Mieux vaut qu’elle s’exprime sur scène ou dans un club !
Bams : Ta musique te permet de parcourir le monde. Les vertus du voyage ?
RZA : Elles sont immenses. Artistiquement, tu captes les sons, les vibrations des différentes villes. Quand je suis arrivé tout à l’heure, Dgiz (1) jouait de la contrebasse au fond du jardin... Typiquement le genre de moments que j’adore, qui font partie des bénédictions de la vie.
Bams : Tu ressens vraiment que chaque pays a son énergie ?
RZA : Absolument. Sa propre énergie, sa propre histoire. Conseil aux artistes : quand vous allez jouer quelque part, veillez à échanger avec la population locale. Même si les gens viennent vous voir, ne vous contentez pas de leur apporter votre vibe, connectez-vous à la leur.
Bams : Paris ?
RZA : Je suis venu une douzaine de fois, surtout avec le Wu Tang Clan, mais c’est la première fois que je prends le temps de me poser, de découvrir l’architecture. J’ai beau voyager partout dans le monde, je ne vois d’habitude pas grand-chose ! Paris est vraiment une ville magnifique, unique.
Bams : Moi qui y vis, j’ai plutôt l’impression qu’elle et ses habitants sont englués dans le passé, incapables d’aller au-delà de ce qu’ils connaissent déjà...
RZA : Mais tous les lieux ont leurs pesanteurs. Et chacun en a sa perception. Regarde les Amish : ils ne conduisent pas de voiture, se déplacent à cheval. Certains jugent leurs comportements rétrogrades, mais pour eux, c’est une façon de rester liés à une histoire, des valeurs. À Paris, mes potes et moi, on ne cesse de se demander : quel âge a la tour Eiffel ? De quand date tel édifice ? Certains sont là depuis des centaines d’années. Quand tu les regardes, tu perçois l’histoire du pays, l’esprit qui s’y est forgé au fil des siècles. C’est une force, une richesse incroyable.
Bams : J’aimerais que le krach boursier annonce une nouvelle ère : celle de la fin du règne de l’argent et des barbaries qu’il peut engendrer...
RZA : L’argent n’est pas mauvais en soi ; ce n’est qu’un support d’échange, et les échanges sont nécessaires. T’as le marteau, j’ai les clous : on se rencontre et on construit ensemble. Tout dépend plutôt de qui a l’argent. Le roi Salomon (2), par exemple, était richissime, mais comme il était sage, ouvert et juste, les gens n’y voyaient rien à redire. Le peuple était heureux, Dieu était heureux, le monde était heureux ! Le problème aujourd’hui, c’est que ceux qui contrôlent le système ne pensent qu’à se gaver encore plus.
Bams : Pour moi, ces rapaces ne sont pas représentatifs des années 2000. Autrefois, les rencontres entre les peuples étaient motivées par la conquête, la domination, l’exploitation. Désormais, il y a d’autres moteurs, d’autres valeurs. Un blanc accompagné d’une noire en Afrique, ce n’est plus forcément un businessman qui se paye une pute, mais un couple mixte qui vient voir sa famille ! À nous de faire bouger les lignes.
RZA : C’est pour ça qu’on est super content d’avoir Obama ! L’influence de ce qu’il est et de ce qu’il représente est énorme. Les gens se reconnaissent dans ses idées, son image, son énergie ; il participe à créer une nouvelle norme. Le moment est arrivé, pour notre génération, d’initier un changement. Le choix est entre nos mains : soit on fait de la Terre un enfer, soit un paradis. Je préfère le paradis !
Bams : Le mot de la fin ?
RZA : L’ouverture aux autres et l’éducation corrigent toujours les erreurs.
www.myspace.com/rza
www.myspace.com/bamsreal
(1) Slameur, musicien et auteur. (2) Héros biblique de l’Ancien Testament. Roi d’Israël mille ans avant Jésus-Christ.
EN APARTE
RZA a la simplicité des grands. Du genre à dire à tout bout de champ : « Ne t’occupe pas de moi, si tu vas bien et que mes potes vont bien, alors je vais bien. »
Originaire de Brooklyn, il vit à Los Angeles. « J’ai encore un appartement à New York et une maison dans le New Jersey, dotée d’une magnifique cuisine. Quand vous viendrez
aux États-Unis, c’est moi qui préparerai le dîner. Vous allez être surpris ! »
Il a envie de réaliser un film. « J’aimerais sortir des genres et des formats établis, proposer de nouvelles approches. En travaillant sur les focales, en faisant en sorte qu’il se passe plein de choses en arrière-plan de la scène principale... Je tourne déjà beaucoup de clips, de vidéos. J’échange aussi pas mal avec Tarantino. »
Ses enfants ne vont pas à l’école. « C’est un nid à problèmes : drogue, alcool, mauvaises fréquentations... Les profs sont jeunes, ils sont incapables d’encadrer les gamins ! Mais je reproche surtout au système scolaire américain d’apporter une vision partielle du monde. Je ne veux pas que mes mômes deviennent des robots, qu’ils s’enferment dans un seul point de vue. Je préfère les aider à développer leurs passions, leur ouverture. » OK, mais tout le monde n’a pas les moyens de payer des profs à domicile ! « C’est vrai. Et l’école est importante en terme de socialisation... Quand mes enfants souhaitent y aller, je les inscris ailleurs, à Tobago ou à Londres, là où l’ambiance est plus cool ou plus enrichissante. »
IL ETAIT UNE FOIS...
RZA. Prince Rakeem, The Rzarector, Bobby Digital... RZA, 40 ans au compteur, possède autant de pseudos que de cordes à son art. Leader spirituel du Wu Tang Clan, RZA est l’architecte de la réussite du groupe. Inventeur de sons, businessman visionnaire et producteur hors pair : des millions d’albums vendus. Pour beaucoup, le renouveau du hip-hop. En parallèle, RZA contribue à l’émergence du rap horrocore (ambiance film d’horreur et humour noir), produit la quasi-totalité des albums solo de la nébuleuse Wu Tang, collabore avec Björk, U2 ou Sharleen Spiteri (Texas), s’attaque au septième art comme compositeur (Kill Bill, Ghost Dog, la série Afro Samouraï) et comme acteur (Ghost Dog, Scary Movie 3, American Gangster)... Jamais là où on l’attend.
Bams. Virtuose touche-à-tout (théâtre, journalisme, chanson, rock, afro beat), Bams reste une rappeuse hors pair. Ses textes témoignent d’une grande créativité, tour à tour incisifs, tendres ou malicieux. Connue des fidèles du hip-hop, Bams marque un nouveau tempo dans sa carrière. Toujours surprenante, bête de scène, énergique woman, la maturité en plus ! Résidence parisienne aux Trois Baudets, nouvel album Dérèglement climatique dans les bacs en février (3) : 2010 sera bamsien ou alors...
























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(1) : disponible prochainement