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Reportage : Ciao la France

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1 Septembre, 2008
Par: Fatah Benia El Yamine Settoul

La France, le pays de l’égalité des chances ? Pas pour tout le monde ! Victimes de discriminations à l’embauche, de jeunes diplômés n’hésitent plus à la quitter pour tenter leur chance là où leur origine ethnique semble moins poser problème.

 Pays du Golfe, nouvel Eden ?

« J’ai rencontré beaucoup de jeunes qui s’installent à Dubaï et se font leur petite vie au soleil. Les opportunités y sont incroyables. Notamment pour les Arabes. Même si tout n’est pas facile », affirme Merwanne, originaire de l’Ouest de la France. Depuis quatre ans, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar n’attirent plus seulement les Français expatriés des grandes sociétés, mais aussi les jeunes d’origine maghrébine qui ont grandi dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne.

Dubaï, New York du Moyen Orient. Dans les agences de voyages, Dubaï figure désormais en bonne place à côté d’Agadir, Istanbul ou Montréal. Musulmane et arabe, mais aussi ville occidentale du troisième millénaire dotée de son Dubaï Internet city, the World, Burj Dubaï, etc. Avec un taux de croissance économique de 24,5%, les opportunités de carrières sont énormes. Les jeunes Français qui maîtrisent l’arabe et l’anglais imaginent un meilleur avenir. Sur les forums, les candidats au départ se pressent. Selon Pascal Maigniez, directeur de la représentation française du ministère du Tourisme de Dubaï, « dix mille visiteurs français ont débarqué chez nous en 2005 », soit une augmentation de 24% par rapport à 2004. Les jeunes diplômés entament des recherches de travail sur place. D’autres découvrent la ville à l’aventure, sans préparation. Depuis peu, le petit émirat ouvre ses portes au tourisme et aux étrangers souhaitant investir dans l’immobilier. Des célébrités planétaires comme Michael Jackson, Lionel Richie ou David Beckham viennent y passer leurs vacances ou acheter une résidence dans le Palm Island visible depuis l’espace...

Hafed 23 ans, diplômé d’une école de commerce et de management, a choisi Dubaï. « C’était l’opportunité de découvrir une culture dont je suis proche et qui a su devenir moderne. L’environnement est cosmopolite, toutes les origines se croisent. Une occasion aussi de parfaire ma maîtrise de la langue arabe. J’envisage d’orienter mon parcours professionnel vers les relations internationales. Tout ici est facilité pour les entreprises, les possibilités de carrière professionnelle sont très vastes. Je suis né en France. J’ai toujours voulu réussir dans ce pays pour montrer que nous, d’origine maghrébine, étions capables de faire des choses. Je suis d’une famille ouvrière. Dès l’enfance, mes parents m’ont encouragé dans les études. Depuis tout petit, je me bats, j’essaie d’être toujours le meilleur pour montrer notre valeur. J’ai grandi dans un quartier où mes amis étaient uniquement Arabes et Noirs. Dans ma vie privée et professionnelle, j’ai subi la discrimination. En première année, à l’école supérieure de commerce, j’ai dû chercher un stage. Alors que les 3/4 de ma promotion avaient déjà trouvé, moi, je n’avais toujours rien. On se décourage lorsqu’on reçoit 50 lettres de refus. J’ai senti une sorte de haine qui montait en moi. Heureusement, j’ai su la maîtriser. Je me suis dit que la France n’était pas faite pour moi, que je devais essayer ailleurs. »


« Ici, Londres »

Manque de perspectives en France : Hamid Senni trace sa voie et fait de l’international son credo. Il monte Vision Enabler à Londres, une entreprise de consulting sur les questions de diversité.

Hamid, n’aurais-tu pas pour la France « la gueule de l’emploi » ?

Issu d’une famille modeste de huit enfants, mes parents croyaient fort à l’école républicaine et à l’ascenseur social. Malheureusement, j’ai subi toutes les barrières qui s’élèvent lorsque tu es issu de l’immigration et de milieu défavorisé. Par exemple, j’ai le souvenir d’un professeur qui m’incitait à m’enrôler dans l’armée plutôt que d’intégrer une classe préparatoire aux grandes écoles. Au jury d’admission de l’une d’elles, le jury m’a regardé de haut et dit que je n’en aurai pas les moyens financiers. Ces paroles font très mal quand tu es jeune et motivé. Après mes études d’économie, j’ai été le dernier de ma promo à trouver un stage. Une fois diplômé, et après un long séjour dans plusieurs pays d’Europe, j’ai envoyé une centaine de CV. à des entreprises françaises. Résultat : une réponse.

Comment les choses ont-elles bougé ?

Incontestablement le déclic est venu de l’ouverture internationale. D’abord grâce à mon programme d’échange universitaire en Suède, puis via différentes expériences en Grande-Bretagne. Elles ont été le point de départ de ma réussite professionnelle et de mon épanouissement.

Les obstacles à la réussite sont-ils aussi forts partout ?

Non. Par exemple, la Suède m’a attribué une bourse d’étude pour poursuivre mon cursus. La Grande-Bretagne a toujours répondu avec intérêt à mes candidatures. La France a un retard conséquent sur les questions liées à la diversité. En Angleterre, on considère qu’un Français d’origine maghrébine qui a étudié en Suède, c’est une plus-value pour l’avenir de l’entreprise. Du coup, de grandes boîtes m’ont approché, dont des géants mondiaux comme BP et Ericsson, pour qui j’ai travaillé à de hauts niveaux de responsabilité. En France, on est rapidement catégorisé, quand ce n’est pas écarté. Un jour le responsable des ressources humaines d’une grande compagnie d’assurances m’a raccroché au nez en me disant qu’on ne voulait pas de gens comme moi dans la société. Je n’ai jamais su ce qu’il entendait précisément par « société » : sa compagnie ou la société en général…

En quoi la diversité constitue-t-elle une plus-value ?

Avec la mondialisation, les marchés et les négociations sont de plus en plus interculturels. Les gens habitués à traverser des frontières culturelles et sociales sont avantagés. Les porteurs d’identités plurielles s’adaptent mieux. La France gâche un potentiel de créativité énorme et c’est dommage. Car on a aussi des Zinédine Zidane dans le business.

 
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