Obama a su faire référence au rêve originel identitaire américain. Celui de Johnson, de Luther King, celui des Amérindiens. Mais il a aussi capté les cauchemars des Américains: précarité, chômage, crise économique, question raciale… Ceux qu’ils vivent les yeux ouverts. Ainsi fait-il rêver ceux qui vont bien, comme ceux qui vont mal. Et se fait l’héritier de toute l’Histoire des États-Unis, du positif comme du négatif. En France, certains le veulent «de gauche», d’autres «de droite». Il est américain. Tant que nous ne l’aurons pas compris, nous ne saisirons pas combien, nous aussi, nous avons à capter notre propre projet, d’envergure nationale et supranationale. De là peut naître un rêve français. Cela passe nécessairement par l’idée que l’on se fait de la France, celle d’aujourd’hui et celle de demain. Une idée à sans cesse réinterroger, comme le sont nos clivages gauche droite ou nos anciens dogmes.
Obama s’est présenté comme un président «post-racial». Sa force a été de s’adresser à l’ensemble de la société, au-delà des composantes identitaires. Même si beaucoup reste à construire ou reconstruire. Comme aux États-Unis, rendons possible, en France, une égalité effective. Sans elle, la devise de la République «Liberté, égalité, fraternité» n’est qu’une supercherie. Pour cela, rétablissons de manière volontaire l’égalité… partout où les inégalités persistent. Un préalable et un enjeu pour une juste politique d’envergure. Si la société est imparfaite, elle est néanmoins perfectible, à condition de s’en donner les moyens et d’en avoir la volonté. Le changement doit être structurel: il y a urgence. Changer la donne pour chacun, c’est déconstruire pour reconstruire autrement, dans une dimension porteuse d’avenir parce que portée par les potentialités de chacun, sans discrimination. Plus que jamais en temps de crise, la France a besoin d’un mouvement réciproque et multilatéral. Pour permettre à chacun d’agir et de tenir un rôle dans l’évolution nécessaire de notre société vers sa propre devise à actualiser, chaque jour, par des actes. C’est par la force d’un véritable projet qu’il faudra convaincre. Sa réalisation concerne tout autant l’agriculteur, le Corse, l’Antillais, le jeune ou moins jeune de banlieue, le patron, le salarié ou le SDF (le plus grand scandale à ciel ouvert).
Chanter notre gloire ne peut suffire pour sortir victorieusement des épreuves que nous traversons. Je le dis en homme de gauche: chacun, de droite comme de gauche, doit pouvoir se projeter vers cet idéal et avoir les moyens de le construire Pour faire gagner la France, tenons compte de toutes ses composantes. Le terme «diversité», en manifestant réellement la diversité de notre pays, et sans désigner seulement certaines composantes, prendrait alors tout son sens, un sens qui permettrait à chacun de vivre son identité,. tout en se référant à une communauté nationale. Nous pourrions alors parler de «diversité nationale», premier pas vers la reconnaissance de notre réalité, celle d’un pays en constante mutation, qui doit se dégager de ses archaïsmes.
Obama a gagné, car il a été capable de capter chaque crise qui secouait son pays. Qu’allons-nous faire de celles qui secouent le nôtre? Nous contenter de préserver frileusement nos zones de confort, celles qui nous protègent, souvent, au détriment des autres? Serons-nous capables d’en penser les causes pour avancer vers une solidarité accrue, tant sur le plan économique que social? Certes, la voie est difficile, mais être ensemble rend plus facile le chemin à parcourir. «Rendre possible l’égalité effective» est donc notre slogan. Là doit se constituer notre identité nationale.
Jean-Claude Tchicaya est porte-parole du collectif Devoirs de mémoires.


















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