Pour une fois, c’est ambiance cour de récré à Sciences-Po. Un millier de lycéens et collégiens ont franchi l’immense portail de la rue Saint-Guillaume pour s’approcher du rêve qu’ils poursuivent. Une journée pour rencontrer le médecin, l’ingénieur ou le journaliste qu’ils aimeraient être.
Elias, treize ans et demi, est un peu perdu dans l’immense amphithéâtre. Il est en classe de quatrième dans un collège de Chelles (Seine et Marne). Il chuchote: «Moi, j’hésite entre l’atelier fonction publique et métiers de la santé. Je me vois bien président ou ministre.» À ses côtés, sa mère acquiesce: «Il travaille bien à l’école. Mais la difficulté, c’est qu’on ne sait pas où trouver la bonne information. C’est son père qui a entendu parler de cette journée à la radio. Chez nous, les contacts sociaux ne sont pas assez riches pour rencontrer des personnes modèles.» Et puis, le rêve d’Elias est si fragile… Parfois, tout se joue sur un malentendu et ou une erreur d’appréciation. «En petite section, à trois ans déjà, raconte sa maman, une enseignante m’a dit : «votre fils n’est pas fait pour les mathématiques». Vous vous rendez compte? En petite section déjà! Comment peuton dire ça? Heureusement, je ne l’ai pas écoutée.» À l’âge de tous les possibles, le coeur balance souvent entre deux envies. Alors on est indécis. Comme Salamata, quinze ans, qui vient de Sarcelles. «Médecin ou ingénieur, je n’arrive pas à me décider. Je vais faire les deux ateliers.»
Quand le rêve vascille. Car, parfois, cela arrive. Lorsque, par exemple, le docteur Fatma Bouvet de la Maisonneuve souligne le nombre d’années consacrées aux études, un chuchotement, un doute traversent la salle. «Même à l’étranger ?» tente un jeune. Salamata : «Les études me saoulent parfois, ça va être dur. Mais, bon, je sais que cela ne dépend que de moi. De mon travail à l’école. Je ne sais pas si je vais y arriver.» Dans son jeune parcours, Salamata a déjà rencontré une barrière. «J’avais la possibilité de faire la sixième à Henri IV mais j’ai renoncé car le trajet est long et fatiguant.» Mais la jeune fille refuse toute fatalité. Quand on lui parle racisme, discrimination, condition sociale, la réponse claque: «Je ne me sens pas plus concernée qu’un autre. Cela dépend d’abord de moi. Je sais que je peux y arriver».
Salle d’à côté, atelier journalisme. Nicolas, seize ans, lycéen à Argenteuil, mèche rebelle, une assurance étonnante. Quand il parle, ses yeux brillent: «Je veux faire une prépa puis Sciences-Po et une école de journalisme pour devenir critique d’art. C’est ma passion. Le milieu social est une barrière, mais on peut le dépasser avec de la volonté. Je le savais, mais c’est bien de rencontrer des gens qui l’ont fait!» Alors comme dit la chanson de Bruel: «Rendezvous dans dix ans, place des Grands Hommes… T’as réussi, tu fais médecin… Et toi? Le jour est venu…»















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