J’ai composé cette chanson lorsque je vivais dans la communauté rastafari de Gwana Congo en Martinique. Je voulais écrire un texte qui touche les gens. Le premier couplet rentre immédiatement dans le vif du sujet : « Le souvenir des coups de fouet marque nos âmes, comme ils ont marqué le dos de nos ancêtres enfermés dans des cales. » Je suis très attaché à cette chanson. L’écrire m’a libéré. « Au milieu des rats, des chiottes et de la pisse » : cette phrase interpelle. Les esclaves étaient jetés à la mer, ils crevaient de faim : « Ils ont dû survivre sans une seule graine de maïs, quitter le paradis pour entrer dans l’enfer du vice. » Le deuxième couplet dit : « on se souvient encore qu’on nous a fait traverser la mer, un aller sans retour direction la galère ».
L’esclavage fait partie de moi. Le quotidien me le rappelle. En Martinique, certaines entreprises françaises, investies dans les endroits stratégiques de l’île, « sélectionnent » les gens à l’embauche... La génération de mes parents en a bavé. Mon père a toujours travaillé dans la canne à sucre, la banane. Il ne sait ni lire ni écrire. Ma mère a été un peu à l’école... Je ressens cette souffrance. Quand je suis arrivé en France, je ne pensais pas m’y heurter au racisme. J’ai compris pourquoi Marcus Garvey, Malcom X, Césaire ou Cheikh Anta Diop s’étaient battus. C’est en lisant leurs œuvres que j’ai appris l’histoire de l’esclavage, pas à l’école ! En Martinique il y a vint ans, on enseignait les rois de France et Jeanne d’Arc. On nous disait d’oublier la traite négrière. Que nos ancêtres étaient gaulois...
L’esclavage a nourri l’inspiration des premiers artistes reggae. Cette musique est née de l’asservissement et de la misère. Au début interdite à la radio, elle a permis d’exprimer des souffrances. Aujourd’hui, c’est moins le cas. Peut-être parce que beaucoup ont oublié leurs racines - pas forcément de leur faute ! Certains artistes écrivent pour plaire à un large public. Parler de l’esclavage, ça fait peur ; ils préfèrent composer des chansons d’amour ou des morceaux festifs et légers.
TROIS QUESTIONS A...
Perfect est la nouvelle figure de la scène new roots jamaïcaine. Son prochain album revient sur la mémoire de l’esclavage.
Que signifie Born dead with life, le titre de ton nouvel album ?
La majeure partie de la population jamaïcaine est née après l’abolition de l’esclavage. Presque sans espoir. Presque sans futur. On était les moins éduqués. On n’avait rien. J’ai vu de mes propres yeux comment on a vaincu l’endoctrinement, comme on est parti de zéro pour arriver à quelque chose. Aujourd’hui, nous avons d’excellents musiciens, ambassadeurs, avocats, docteurs, professeurs etc. C’est de ça que parle l’album.
Le titre 30 Pieces parle des réparations et des conséquences de l’esclavage…
Les Juifs one été dédommagés pour la Shoah ; les Noirs ne l’ont jamais été pour la traite négrière. Je pose simplement la question ; je soulève un problème qui a de l’intérêt pour ma communauté…
Qu’attends-tu : une compensation financière ? Des excuses ?
J’aimerais qu’ils nous aident en construisant des logements, des écoles, des maisons pour les sans-abri, en luttant contre la famine, en améliorant le système éducatif dans les pays dit du Tiers-Monde. On ne veut pas qu’ils nous donnent juste de l’argent, car certains ne savent pas l’utiliser à bon escient –ils le gaspillent. La charité, non !






















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