France Afrique / Océan Indien Mémoires

Rappel des faits

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1 Juin, 2008
Par: Marine Carlier Réjane Ereau

D’où vient le mot « esclavage » ? Quand cette pratique est-elle apparue ? Comment s’est-elle légitimée ? Combien de personnes concernées ? Quelques infos pour y voir plus clair !

Kézako. L’esclavage, c’est la négation de l’être humain, sa réduction à une simple « force de travail ». Dixit les Nations-Unies en 1926 : « l’état ou condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux ». Bref, le fait qu’un être humain soit considéré et vendu comme une marchandise...
 
« L’esclavage prive l’individu de toute vie sociale. C’est une « mort sociale », c’est-à-dire qu’on enlève à l’individu toute liberté sur sa vie : de se donner un nom, de fonder une famille, de se déplacer, de s’associer. » Françoise Vergès, historienne.
 
Le plus vieux métier du monde. L’esclavage n’est pas attaché à une civilisation, à un continent, à une époque. Il a existé, tout au long de l’Histoire, comme une forme de domination absolue des hommes sur d’autres hommes. Tous les sociétés ont pratiqué l’esclavage : la Grèce classique, les Romains, les Turcs, mais aussi les empires précolombiens en Amérique et la civilisation arabo-musulmane, au détriment souvent de prisonniers de guerre. On parle de sociétés esclavagistes quand l’exploitation des esclaves constitue un véritable système, un pilier économique de la vie du groupe.
 
Etymologiquement, l’esclave est blanc… Puisqu’il vient des Balkans. Le mot « esclave », du latin « slavus », le Slave, serait apparu au Moyen Âge à Venise, où la plupart des esclaves venaient d’Europe de l’est, d’une région autrefois appelée Esclavonie (aujourd’hui Slovénie).
 
Nouveau monde, pauvre monde. XVe siècle, la colonisation du Nouveau Monde (l’Amérique) suscite des besoins de main d’œuvre. Les Européens font alors venir des esclaves d’Afrique, par l’intermédiaire de vendeurs locaux (marchands arabes ou roitelets noirs). Commence alors l’instauration de la traite négrière, le développement du racisme et du sentiment de supériorité de la race blanche.
 
Si Aristote le dit... Jusqu’au XIXe siècle, l’esclavage était légitime dans de nombreuses sociétés. Non seulement légal, mais aussi justifié par l’idée de « l’infériorité » de certains hommes. L’Occident et le monde arabo-musulman se sont pendant des siècles appuyés sur un texte d’Aristote expliquant que certains hommes sont « nés pour obéir » et servir les autres.
« Tout un système juridique (lois, décrets, etc.) va orchestrer cette séparation entre libre et non-libre, d’une liberté « colorée. ». Il y a aussi une peur panique du métissage : la première ordonnance royale à la Réunion est d’interdire toute forme de métissage. Cette obsession du pur, cette volonté de séparer la société entre libres, citoyens et non-libres, étrangers, traversent l’histoire de la démocratie européenne : qui appartient à la communauté des citoyens ? » Françoise Vergès, historienne.
 
Le pompon. Dans l’histoire de l’esclavage, la traite négrière occupe une place à part. Par sa durée exceptionnelle, du XVIe au XIXe siècle. Par sa portée géographique : Afrique, Amérique, Europe, Asie – la première forme de mondialisation ! Par son caractère institutionnel, organisé et massif : un véritable système d’Etat, construit avec la bénédiction, les subventions et les administrations des gouvernements européens.
 
Ca calme. 300 ans de traite négrière, c’est plus de 12 millions d’Africains embarqués à travers l’Atlantique, des dizaines de milliers d’expéditions de bateaux négriers, une mortalité de 15% pendant la traversée, l’exploitation dans les plantations (de sucre, de café, de tabac...), des lois attestant juridiquement de la domination du maître sur son esclave.

L’abolition, et après… De nos jours, l’esclavage est officiellement aboli et considéré comme une violation des droits de l’homme, partout dans le monde. En pratique... Plus de bateaux négriers, de chaînes ni de boulets, mais de faux passeports, de faux contrats de travail : travail forcé, exploitation sexuelle... Les trafiquants continuent d’exercer un droit de « propriété » sur leurs victimes. Mais pas d’idéologie derrière : plutôt une exploitation de la pauvreté, du manque d’information, de la précarité (migrants sans-papiers). 

 
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© D.R.
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