BRETAGNE
Concarneau, Finistère. L’asso Aviskwa booste la jeunesse locale en faisant rimer hip hop avec citoyenneté. « Certains artistes, comme Krista, rappent en breton et revendiquent notre culture, ou n’importe quel autre sujet, commente Aude Mourouvin, présidente de la structure. La Bretagne se distingue surtout par le mélange des genres. Rappeurs côtoient rockeurs, reggaemen et punks, l’électro fusionne avec la musique bretonne… Un vrai melting-pot, sans concurrence. Les artistes sont solidaires, partagent leurs scènes. Les générations aussi se mélangent. Au festival Taol Kurun, dédié à la culture bretonne, on a organisé un concert pour les jeunes, les rappeurs participent aux fêtes traditionnelles. Tous les âges revendiquent leur fierté d’être bretons ! »
ALSACE
Concerts, festivals, battles, studios… L’Alsace bouillonne. L’association Les sons d’la rue, basée à Strasbourg, propose un centre de ressources et développe des activités de création et de soutien aux artistes. Dans le paysage local, une personnalité forte : Lord Fifty. D’origine camerounaise, né en Allemagne, diplômé d’HEC (1) en création d’entreprise, profondément amoureux de l’Alsace, il a longtemps été sous le coup d’une procédure d’expulsion. En mai 2007, sa situation a été régularisée. Au même moment, sortait son album Le lion et la cigogne. Un lion pour l’Afrique, une cigogne pour l’Alsace. L’intro : Africain alsacien. Rap alsacien, c’est ? « Du rap pur, dit Lord Fifty. Une grande variété de styles. On travaille beaucoup avec les groupes allemands. Notre spécificité, l’argot. Comme partout, nous avons notre parler propre. Représenter une région, c’est la connaître à fond, jusqu’au moindre petit village, et c’est mon cas ! Mon message : toujours être au top, aller de l’avant. Je travaille dans les centres culturels, fais du bénévolat. » Des influences d’ici et d’ailleurs, un parcours semé d’embûches, une volonté inébranlable… Lord Fifty dédicace : « 67 Hi Yeuh » !
RHÔNE-ALPES
Heartical Théos, témoin des premiers cris du hip hop en France, se produit depuis quelque vingt ans en région lyonnaise. « Ici, ça bouge beaucoup côté rap, mais ça ne perce pas. On n’est pas aussi médiatisé qu’à Paris. Seul Casus Belli s’est fait un nom ; il représente la région à lui tout seul ! Un vrai show man, très productif. Chez nous comme ailleurs, tant que t’es pas signé en major, tu restes underground. Pourtant, ça foisonne. Le festival L’Original attire stars américaines, rappeurs de Paris… Les labels comme 800 Industrie, Meusside Records ou Flingoralz gèrent des tas d’artistes. Des jeunes pleins de niaque émergent sans cesse. La couleur locale ? Plutôt funky, aux sonorités West Coast américaine. Après, chacun son style ! »
http://www.myspace.com/hearticalfamily
LORRAINE
En Lorraine, région chargée d’histoire, le hip hop se veut engagé. Le label local Explicit Music concocte dans ses studios une « arme de réflexion massive ». « On ne s’adresse pas à notre quartier, mais à la région, au pays, au monde, explique Grama Lartizan. On est des haut-parleurs. Ce qui nous distingue, c’est notre militantisme. Dans la région, il y a aussi Mysa, qui a sorti deux albums, Hamcho, qui a formé Beni Snassen avec Abd Al Malik… Ici, les gens assimilent souvent rap à racaille. On essaie de faire avancer les choses. » Leur premier album, Enfants soldats (2007), passe au crible des thèmes chers aux rappeurs des origines (politique, religion, citoyenneté, industrialisation de la culture). Featurings avec pas mal d’artistes du coin : L’Autre, K-one, Dany Boss, Ramirez…
www.myspace.com/explicitmusic57
LOIRE
Hocus Pocus à Nantes, Zenzile et 6ème Sens à Angers… Des nouveaux, aussi, comme Nouvel R. La Loire, terre fertile pour le hip hop ? « La région connaît un tissu associatif très dense, lié à son passé rock, qui accompagne les artistes pour trouver des scènes, des salles, un écho dans les médias », explique le leader de Nouvel R. Trempolino, par exemple, accompagne les talents de la formation à la promotion. À l’écoute, jazz, dub, acoustique, électro, manouche, viennent teinter leurs sonorités.
(1) L’une des meilleurs grandes écoles de commerce françaises.
ON EN PARLE : HIP HOP DES CHAMPS
Kamini a officiellement inauguré le « rap rural » à la française. Parrain d’une tendance, il n’était pourtant pas le premier ! Le 4P sévit depuis dix ans du côté de Saint-Witz (Val d’Oise).
Thèmes de vos chansons ?
On ne parle pas de police, de quartiers ni de shit : ça ne nous concerne pas ! On rappe sur ce qui nous touche, les moments de déprime, le fait d’être parent, le sport, la fête… Nenz, originaire de l’Aveyron, a rendu un bel hommage à l’ambiance de son département : ses produits du terroir (spéciale dédicace au pâté avec 25% de roquefort de la boucherie Filliet !), ses fêtes de villages, le calme de ses environs et son produit phare, le pont de Millau ! Les gens nous remercient d’honorer leur région.
Influence de Kamini ?
Aucune. Cela fait plus de dix ans qu’on rappe. On a commencé en écoutant les radios spécialisées et en posant sur des instrus. On était presque dégoûté quand il a sorti son titre Marly Gomont ! On avait déjà une version de L’Aveyron dans les tuyaux… On continue, avec des thèmes bien à nous.
Définition du hip hop rural ?
En tracteur avec un bleu de travail ?! Sérieusement, le buzz lancé sur le hip hop rural est un faux débat. On essaie de mettre les gens dans des cases, c’est dommage. Le rap français se porte mal, il faut renouveler les sujets. À nous d’apporter de nouveaux thèmes, ou d’aborder des sujets toujours d’actualité de manière différente.























