« Hey, No Ghetto*, ça va ou bien ? Ragged Skull, en direct d’Inde du Sud ! Tu peux compter sur moi ! Asif Akber Abdul Gaffoor de mon vrai nom, né le 17 juin 1988. Rappeur, producteur, dans la place depuis deux ans. Toujours de l’avant, toujours en mouvement, tu m’entends ? »
Tes débuts en tant que rappeur ?
Petit, j’écrivais déjà histoires et des poèmes en anglais. J’en écris d’ailleurs toujours – surtout des trucs de fiction. C’est un passe-temps. J’ai découvert le hip hop en 1998. Mon grand frère avait acheté une compilation de morceaux de Tupac et Bone Thugs N Harmony, je trouvais que ça sonnait bien… J’ai rappé pour la première fois en 2005 – à force d’entendre mon cousin en écouter toute la journée ! Appréciant de plus en plus cette musique, je me suis mis à écrire des textes, puis à composer des instrus. Voilà comment tout a commencé ! Mon pote DJ Icepick est à mes cotés depuis le début. On est dans la place et ça va faire mal !
Tes influences ?
Tupac (RIP), Nas, Immortal Technique, Obie Trice, pour ne citer que ceux-là. Des artistes avec des lyrics conscients. Ce que j’aime le plus : les textes réalistes avec une pincée de morale, même si j’écoute aussi du rap plus commercial. J’ai commencé avec Tupac et Nas, car c’étaient les seuls que je connaissais. Petit à petit, j’ai découvert de nombreux autres artistes…
Les messages que tu veux faire passer ?
Je suis un conteur : je raconte des histoires inspirées de mes propres expériences. Je rappe à propos de ce que j’ai vu, entendu ou perçu, pour transmettre des messages positifs. Les textes sont mon point fort ; je crois que je suis doué pour me mettre dans la peau d’un autre et ressentir ce qu’il vit. Je produis aussi des titres plus club, parce que c’est marrant à faire ! Quoi que certains en disent, la musique est avant tout un divertissement : ma mission est de distraire les gens. Mais je dis aussi : « Vis ta vie comme tu l’entends, fais tes propres choix. Quoi que tu fasses, ne reproduis jamais les mêmes erreurs et garde la tête haute. »
La scène hip hop en Inde ?
Composée surtout d’artistes underground. Beaucoup ont du talent, mais ils restent selon moi un peu trop attachés au côté « brut ». Certains taxent de traîtres ceux qui avancent et proposent des choses nouvelles ; je ne suis pas de cet avis ! D’autres s’étonnent que des rappeurs d’ici puissent être créatifs. Tu verrais leur tête quand on dit qu’on est indien : « Ah oui, vraiment ? » Imprévisible, c’est ça qu’il faut être !
Quelle place pour le rap dans le paysage musical indien ?
En développement constant. Le Sud de l’Inde l’a déjà adopté. Le cinéma fait désormais appel à des rappeurs comme Blaaze et Yogi B pour des musiques de films. C’est un point positif… Mais son exposition pourrait être plus large. Les préjugés à l’égard du hip hop sont tenaces. Les gens se trompent. La majorité des rappeurs indiens sont conscients et positifs – même si, comme partout dans le monde, on a notre lot de gangsta et de wanksta (personne qui veut être gangsta). La clé, à mon avis, c’est de chercher son propre style.
« La suite ? Finir mes études d’ingénieur du son à Chennai, enregistrer des morceaux, participer à des battles et des compétitions, lancer la réalisation de mon deuxième album… Merci pour l’interview. Much love, Peace. »
* NoGhetto : ancienne version internationale de RespectMag.com
























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