Respect Mag a rencontré Mr J-L, avant son concert au festival DOOINIT. On a laissé tourner son EP, Maintenant tu sais qui je suis, sorti en novembre 2011, pour mieux faire connaissance. Chaque titre –il y en a neuf- permet de découvrir une facette de cet artiste (trop) discret aux idées larges. Comme à l'écoute d'un bon vinyle, cale-toi, c’est l’interview Face A/ Face B du sieur J-L.
| FACE A |
L'EP Maintenant tu sais qui je suis, c’est une carte de visite ?
À la base, je faisais des morceaux juste comme ça. Puis, l’idée de faire un disque s’est imposée. Comme je ne suis pas très présent médiatiquement, quand je sors quelque chose, je dois me représenter pour ceux qui ne me suivent pas depuis le début. Les différents morceaux reflètent ma façon de voir les choses.
La qualité : « La qualité parle d’elle-même/laisse-la s’exprimer/elle est trop souvent brimée/ moi je ne cherche qu’à la sublimer. » Peux-tu nous en dire plus, même si ce titre parle « de lui-même » ?
Ce morceau dit que dans la musique, plein de choses priment sur le nombre de clics ou de disques vendus. La qualité d’une œuvre est quelque chose de subjectif. Pour moi, c’est de bien faire les choses, de prendre le temps, travailler, rectifier.
J’critique pas : c’est une charge contre la « hype » et le vedetteriat ?
Être star n’a jamais été une fin en soi pour moi. Quand t’es jeune, ça donne envie, mais faut pouvoir accepter d’être épié, de ne plus pouvoir faire certaines choses librement. Si t’es pas prêt, quand ça arrive, ça peut faire mal. Donc, ne pas être le numéro 1 ne me dérange pas. Si je suis reconnu pour mon travail, c’est cool. Les gens pensent que je suis un trentenaire aigri. Je commente ma réalité. Je ne vise personne.
1995, pour toi, c’est comment, musicalement ?
C’est de la musique influencée par la jeunesse et la fougue. Ils sont très nombreux, c’est difficile de juger, mais il y a de très bons rappeurs dans leurs rangs. Y a de jeunes mecs très, très forts en France !
Des noms, des noms !
Non, le milieu polémique trop sur tout. Je le répète, il y a une génération de MCs de grande qualité qui arrivent.
Peu importe : Pourquoi le thème du temps qui passe t’intéresse dans ce morceau?
Il faut savoir apprécier les gens qui nous entourent, les choses, temps qu’elles sont là. Après, je ne me suis pas posé la question de savoir pourquoi j’écris, et notamment sur ce thème. C’est un peu égoïste. Je n’écris pas en direction de personnes en particulier. Ce que je fais parle forcément à quelqu’un.
Fais-moi confiance : on découvre ici J-L en lover ! C’est du second degré ou un simple exercice de style sur l’amour? Pas un peu macho, cette image de la femme fragile qui a besoin d’un mec pour la rassurer ?
En aucun cas, je n'ai pas voulu faire quelque chose sur les femmes qui soit négatif. Ta question me choque. J'écris des morceaux plus conceptuels, je n'ai pas rationalisé celui-ci. J’espère que ce qui se dégage de ce disque, c’est autre chose que de la testostérone.
Quand on fait de la musique, particulièrement du rap, pour bien dire quelque chose, il faut un équilibre entre le fond et la forme. Ce titre n’est pas un jeu sur le fond ou la forme. Pourquoi un mec qui fait du rap ne peut pas évoquer certaines choses, comme l’amour ? Dans mes shows, parfois, je ne joue pas ce morceau.
Pourquoi ?
Parce que pour un certain public, ça ne cadre pas avec l’imagerie traditionnelle du rap français.
Un des premiers morceaux que j’ai faits avec Dj Sek parlait déjà d’amour. Tout dépend du traitement. J’aurais pu écrire un truc larmoyant mais j’ai voulu une belle chanson, avec une rythmique sexy, qui sonne comme LL Cool J! Même si ce morceau n’est pas représentatif de toutes mes productions, le résultat me plaît !
Syndrome Superman : C’est le titre Dr Jekyll/ Mr Hyde du disque. D’où vient l’apparente schizophrénie que tu dépeins dans ce morceau ?
Du fait que j’ai réellement une double vie : ma carrière de rappeur et mon job alimentaire. Je dois dissocier les deux. À un certain âge, continuer d’être artiste, surtout dans le rap, oblige à te justifier. J’ai pas envie de m’expliquer.
Outre le rap, as-tu d’autres influences ?
La musique en général. Contrairement à mon fils, je suis né à une époque où on ne baignait pas dans le rap. Très jeune, du côté maternel, j’ai été bercé par la musique yéyé comme Frank Alamo ou Adamo. Sinon, j’ai écouté beaucoup de reggae et de musique africaine grâce à mon père. Ado, c’est plutôt ce que ma sœur mettait sur sa platine qui m’a plu, comme le punk, la new wave. Ca ne se ressent pas forcément dans ma musique. Un titre comme Asleep de The Smiths [1], c’est une tuerie. Les premiers disques de Dépêche Mode aussi. J’aime beaucoup la photo. Avoir plein d’influences permet d’être plus ouvert. Si je sample un morceau de The Cure ou de Dead Can Dance (autre groupe phare des années 80), je rends hommage à ce que j’aime, c’est ce qui est beau dans le rap.
J’ai arrêté de croire : pourquoi choisir Rocé pour collaborer sur ce titre ?
C’est un ami de longue date. Il m’avait invité sur son premier album, Top départ. Dès que j’ai eu la possibilité d’avancer sur un projet, j’ai naturellement pensé à lui. C’est un mec super talentueux.
| FACE B |
Qui es-tu, Mr J-L ?
Je suis rappeur, depuis longtemps. Ma carrière est assez confidentielle. Il y a eu plusieurs phases. La période Arsenal Records, en 1997. Puis, ça a été la débrouillardise, jusqu'à la création du label Mic Pro en 2001.
Et avant ton EP, t'as fait d'autres disques ?
J'ai fait quatre maxis entre 2001 et 2005. En 2010, j'ai sorti l'album Les Modes passent avec mon collectif Mic-Pro (constitué de Dj SEK « KESSEY » , V.U.L-Kappa et Ruddy Lapoz).
Des scènes ?
J'ai joué au Nouveau Casino récemment, mais aussi à Bobigny, lors de la soirée Time Bomb & Friends le 25 février dernier. Qu'il y ait vingt ou quatre-cents personnes dans la salle, moi, je m'amuse, c'est ce qui compte ! La sortie du EP a généré des propositions, donc on va me voir plus souvent !
T'es plus... rap engagé ou rap politique ?
Une chose est sûre : je ne fais pas de rap conscient. Je refuse cette étiquette. Ça ne veut pas dire grand-chose pour moi. Ce que j'fais, engagé ? Je ne rentre pas en confrontation directe avec un système. C'est difficile à définir. (silence) Je crois que je fais du rap « objectif ». J'essaie de proposer un truc réfléchi. Je ne suis pas un rappeur engagé non plus. Partir en croisade, y'a des gens qui le font mieux que moi. Ce qui est important, c'est déjà de faire quelque chose, de poser un acte. Quand j'écris, je tente de ne pas mentir sur ce que je suis. Ça va à rebours de ce que les gens attendent du rap. En ça, ce que je fais n'est pas anodin. De toute façon, j'ai pas tout dit avec l'EP. Je me suis juste présenté. Là, je bosse sur le prochain, je parle de thèmes plus larges.
T'es plus... reformation de Black Star (Talib Kweli/ Yasiin Bey, anciennement Mos Def) ou Lords of the Underground (ils partagent l'affiche à Rennes) ?
Ni l'un, ni l'autre, mais les deux! Si je choisis l'un plutôt que l'autre, on va m'accuser soit d'être dans le délire intello (Black Star), soit d'être un puriste.
T'es plus... 2 niggas in Paris (de Jay-Z et Kanye West) ou Niggas in poorest (de Yasiin Bey)?
En fait, je comprends la démarche des deux ! 2 niggas in Paris, un titre plutôt réussi, même si c'est un peu too much, correspond à ce qu'ils vivent. Jay-Z a quand même fait de très bonnes choses même s’il a un côté ultra-capitaliste. Je ne lui en veux pas pour ça. Un mec comme lui génère de l'argent, crée des emplois. Il est un exemple, il montre à d'autres que c'est possible de faire quelque chose. Par contre, qu'il promeuve des marques comme Gucci, Louis Vuitton, est insupportable. Ces marques ne feront jamais rien pour son public, qui représente tout ce qu'elles détestent. Le titre de Mos Def me parle. C'est un peu plus ma came, à vrai dire. Je suis comme ces deux morceaux, un pur produit du monde dans lequel on vit : altermondialisto-capitaliste.
2012, année électorale. T'es plus... Sarko ou Hollande (ou les autres) ?
La France est dans une situation exécrable. Je suis halluciné par ce que les gens se permettent de dire. Mes collègues de travail se lâchent, les leaders d'opinion et les hommes politiques aussi. Mais j’ai bien sûr plus d’affinités pour les candidats de gauche.
Un dernier mot ?
Que les gens aillent écouter le disque pour se faire un avis. Qu'ils viennent en concert pour s'amuser! Y a des choses qui arrivent, big up à Vulkain, Rudy Lapoz, DJ Sek « Kessey » avec qui je bosse.
► Dans le cadre du festival DOOINIT (27 mars au 5 avril 2012) à Rennes, Mr J-L sera en concert le jeudi 5 avril 2012 à l'Antipode MJC Cleunay.
Plus d'infos sur le festival. [2]
► Mr J-L sur la Toile:
Liens:
[1] http://www.youtube.com/watch?v=LK8H7Qn3ifA
[2] http://www.dooinit-festival.com/
[3] http://facebook.com/micpro
[4] http://micpro.bandcamp.com/