«Dater» maghrébin, chinois, indien ou homo, c’est désormais possible. Très communautaire comme concept! «Oui, et alors ?» répond-on chez Maghreb-in, l’un des organisateurs de ces rencontres d’un nouveau genre. Allons voir…
Dix-sept heures, Paris, rue du Quatre-Septembre. Dix jeunes adultes sortent du Camillo. Visiblement, ils sont tous d’origine maghrébine. Chacun reprend son chemin, en attendant l’arrivée d’un hypothétique mail, synonyme peut-être de grand amour… Qui sait? Trois heures avant, ils ne se connaissaient pas. Il y a encore quelques instants, ils étaient assis deux par deux à une table. Dix minutes pour se découvrir et convaincre l’autre de vous revoir. Ou au contraire, de vous oublier. Aïcha, trente-trois ans, juriste. Elle avoue avoir longuement hésité avant de franchir le pas. «Mais il faut vivre avec son temps! lancet-elle. Et ce n’est pas propre à notre communauté de ne pas réussir à nouer de vrais contacts.» Réflexion sans appel.
Le samedi, c’est à l’Asia Palace, sur la dalle des Olympiades en plein Chinatown, que de jeunes Chinois de la capitale tentent de trouver leur moitié. Les fiches des candidats portent leurs nom, prénom, âge, profession et… signe astrologique. Chez les Indiens, on se donne rendez-vous un dimanche par mois autour d’une glace pistache-cardamome, au très kitch Dishny, rue Cail. «La nouvelle génération ne veut plus se plier à la pratique des mariages arrangés», explique Azim Singh, le patron du lieu. Les homos ne dérogent pas à ce phénomène. Dans les bars du Marais, bien sûr. Mais qui dit rencontres communautaires ne signifie pas forcément caricaturales. Il n’est pas rare, par exemple, de trouver des cadres sup, la trentaine bien tassée, costume cintré Hugo Boss, Armani ou de Fursac, dans les lounges qui jouxtent les Champs. Au Renoma Café Gallery ou au très branché Six Seven, les gays qui se ressemblent ont sept minutes pour s’assembler.
Une question brûle les lèvres : pourquoi chercher spécifiquement dans sa communauté ? Pour les gays, on peut aisément comprendre. Mais les autres? Bribes de conversation: «Les histoires d’amour, c’est déjà compliqué… Je me dis que quelqu’un de culturellement proche me comprendra mieux» (Samia, 29 ans); «Pour moi, c’était plus simple de commencer par du speed-dating maghrébin. Mais je tenterai peut-être l’expérience ailleurs !» (Faouzi, 31 ans); «Je suis ici pour faire mes études. Ensuite,je compte retourner chez moi à Canton. Ce sera plus facile de convaincre une Chinoise qu’une Occidentale de me suivre» (Hao,26 ans). Débat intéressant… mais le tambourin annonce que le temps imparti est écoulé. Les filles restent à leur table, les garçons tournent. Échange des prénoms, et les questions peuvent à nouveau fuser.