Après des mois d’enquête, l’Institut Montaigne propose quatorze mesures locales pour désenclaver les ghettos urbains.
Quatorze propositions, un objectif : "déghettoïser les quartiers". Dans son dernier rapport, l’Institut Montaigne* propose des pistes pour réconcilier égalité des chances et banlieues. Jugés déterminants, les facteurs école, emploi, santé et transports sont passés au crible. Le logement? "La déconstruction de barres, certes très médiatisée, n’a que peu d’effet à moyen et long terme", souligne le rapport. D’où le choix de ne pas aborder la question. Pendant près d’un an, Jean-François Rial (P-DG de Voyageurs du Monde), Daniel Laurent (conseiller spécial de l’Institut Montaigne) et Maurad Cheurf (entrepreneur) se sont penchés sur la situation des Bosquets, à Monftermeil (93). 7000 habitants, dont la moitié de moins de vingt ans, un taux de chômage supérieur à 25% : le quartier est l’un de ceux qui concentre le plus de difficultés en région parisienne.
"L'école, priorité des priorités"
Premier constat : "l’action sur la jeunesse est à privilégier. Il est essentiel d’offrir une perspective aux jeunes des Bosquets, de sorte qu’ils n’envisagent pas exclusivement leur avenir sur place, dans leur quartier". L’école, "priorité des priorités" pour les habitants, doit "redevenir un ascenseur social". Comment ? "On propose ni plus ni moins de donner plus d’autonomie à une école qui cumule un tas de difficultés", explique Maurad Cheurf, lui-même originaire du quartier. En permettant par exemple au directeur d’établissement de recruter ses équipes pédagogiques. Ou en doublant le salaire des instituteurs. "Ce dont on a besoin finalement, ce sont des gens qui ont de l’expérience et des vraies compétences adaptées à un contexte donné", rappelle Maurad Cheurf.
Côté emploi, il semblerait que "l’offre de formation professionnelle, insuffisante, constitue le problème majeur". L’Institut Montaigne préconise, entre autres, la création à Montfermeil d’un centre de formation, associé au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). Plus qu’utile dans une ville qui ne possède aucune antenne Pôle Emploi, tout comme sa voisine Clichy-sous-Bois. Quant à la santé, "la situation actuelle et les projections à 5-10 ans en matière d’accès aux soins sont catastrophiques", conclut l’enquête. Pour changer la donne, les auteurs suggèrent donc l’implantation d’une maison de santé pluridisciplinaire à la périphérie des Bosquets, financée par une mutuelle.
"Sur mesure"
"Critique" également, l’accès aux transports. Près d’une heure trente pour rejoindre Paris en transports, alors que la ville est située à 10 km de la capitale. Là, en revanche, pas de propositions nouvelles. Les auteurs s’en remettent à Nicolas Sarkozy : "les choses pourraient évoluer durant les prochaines années. Le Président de la République a récemment annoncé, dans le cadre du Plan Grand Paris, des décisions qui devraient contribuer à terme à désenclaver Montfermeil, Clichy-sous-Bois et donc Les Bosquets". Plutôt que de proposer de grandes réformes nationales, l’Institut Montaigne privilégie donc le "sur-mesure" pour chaque quartier : "par des initiatives locales, il est possible de faire évoluer les choses dans le bon sens. De telles mesures, si elles prouvent leur efficacité ici, pourraient être répliquées ailleurs".
* "Laboratoire d’idées" réunissant universitaires et dirigeants d’entreprises