Vendredi 3 septembre, la réalisatrice Marie Vanaret a présenté en public les premières images de sa fiction chorégraphique "Trick Baby", tournées en résidence au WIP avec une troupe de tous horizons. "Respect" en coulisses.
Mardi 24 août, 18h. Première réunion de travail pour Marie et sa troupe au WIP. Pacjine, Yoshie, Hiro, Vusi. France, Japon, Afrique du Sud: des danseurs d’horizons et de pratiques multiples avec qui la réalisatrice et son chorégraphe, Aurélien Desclozeaux, ont correspondu pendant des mois par e-mail pour expliquer le projet, transmettre le scénario, définir les personnages, organiser la résidence à Paris… Pas facile, mais au final, tout le monde est là !
Pour se mettre en jambe, la troupe commence par jouer au ballon… Preuve qu’on peut communiquer sans parler la même langue ! Puis Marie entre dans le vif du sujet, détaillant le script de sa fiction chorégraphique, inspirée du livre Trick Baby d’Iceberg Slim. L'histoire d’un jeune métis à la peau et aux yeux clairs. « Mon père est blanc, ma mère est noire, ils m’ont appelé Iceberg », dit-il au début, au moment où il décide de rejeter sa part noire, et d’être « le plus heureux des salopards de nègres blancs». Du moins le croit-il, car dans un univers uniforme, son rêve de pureté confine rapidement à une sorte de folie. Puis sa route croise celle de Loan, de père noir et de mère asiatique qui, elle, assume la complexité de son identité, y voit une richesse. Petit à petit, la jeune femme le réconcilie avec la couleur. Jusqu'au noir. « Mon père est blanc, ma mère est noire, je m’appelle Iceberg », conclura-t-il.
Dans le film, Aurélien sera Iceberg, la japonaise Yoshie incarnera Loan, le sud-africain Vusi (de la troupe Via Kathelong) le leader d’une bande de rue. « Nous tournerons une scène par jour, explique Marie. Le matin, nous travaillerons la chorégraphie ; l’après-midi, nous la mettrons en boîte. » Des chorégraphies qui métisseront danses urbaines (house, new style, lock, juke), comédie musicale, danses de combat comme la pantsula sud-africaine ou le Krump californien...
Une semaine plus tard, beaucoup de scènes sont en boîte. « Hier, on a tourné la séquence de l’arc-en-ciel avec Yoshie, explique la réalisatrice. Demain, nous filmons l’historienne Françoise Vergès lisant le texte qu’elle a écrit spécialement pour le projet. La dernière journée sera consacrée à la scène finale, qui réunit tous les danseurs. » Pour l’heure, seul Aurélien est au travail, avec Marie et Sara, la chef opératrice. Il est 18h, l’équipe est au travail depuis 9h du matin, le tournage n’a pas encore commencé: «Nous ne sommes que trois pour installer le décor, préparer les lumières, régler les problèmes techniques, assumer les visites inopinées de la sécurité… C’est beaucoup de boulot!»
Chapeau, costard, Converse, Aurélien est prêt. « Nous tournons la séquence où Iceberg se félicite d’avoir choisi le monde blanc », détaille la réalisatrice. Musique classique, neige immaculée, une silhouette dans le brouillard. « Jusqu’où j’avance ? J’enlève quand mon chapeau ? demande le danseur. Et si je me baissais pour ramasser un peu de neige et la faire couler dans mes doigts ? » Début de L’oiseau de feu de Stravinski. Aurélien se lance, virevolte, part en vrille. « Je ne suis pas dedans, on recommence », demande-t-il à l’issue de la première prise.
Tout le monde est prêt ? Moteur ! ça tourne. Action ! « Beaucoup mieux », se félicite Marie. « Côté cadre, elle est bonne mais on peut en refaire une si vous le souhaitez » commente Sara. Aurélien se lance une nouvelle fois, de plus en plus à l’aise, de plus en plus dans sa danse. C’est dans la boîte. Encore une prise, pour des plans plus serrés, qui serviront au montage, et la journée est terminée. Trick Baby, indeed ! Mais beau bébé, à n'en pas douter...