Être un entrepreneur social, c’est transformer une structure associative classique en entreprise avec des objectifs sociaux… Une démarche encore originale en France mais qui gagne du terrain. État des lieux.
Entrepreneuriat social… Entendrons-nous désormais cette expression plus souvent? L’avenir le dira. Mais, au fait, un entrepreneur social, c’est quoi? «C’est un individu qui veut régler un problème de société, éducation, santé, environnement ou autre, en utilisant des connaissances du business», précise Victor d'Allant, de l'organisation américaine Social Edge (1). «Les quartiers populaires sont des viviers d’entrepreneurs sociaux. Leurs cultures multiples en font des réservoirs de créativité et d’ouverture sur le monde», constate Aymeric Marmorat de l’association Entrepreneurs Sans Frontières(2).
«On ne se dit pas "je veux être entrepreneur social" mais "je veux changer le monde"», résume Arnaud Mourot directeur d’Ashoka France(3). Cette organisation internationale, présente dans plus de soixante pays, soutient ces entrepreneurs visionnaires.
Aux États-Unis, la création d’entreprise avec des objectifs sociaux est de plus en plus reconnue. «Les Américains font davantage confiance à la société civile pour régler les problèmes», constate Arnaud Mourot. Serions-nous, en France, plus hésitant à l’idée de «toucher à l’argent» issu d’une activité d’entreprise pour développer des projets engagés? «C’est un secteur assez complexé: quelque chose qui peut générer de l’argent, ça reste louche… L’entrepreneur social ne doit pas avoir ce genre de problème», remarque Miora Ranaivoarinosy, gestionnaire de l’espace collectif La Ruche (4), créé à Paris par des entrepreneurs sociaux. En France, la tradition veut que ce soit l’État qui finance les structures associatives. «L’État ne doit pas échapper à sa responsabilité mais il faut penser à un second levier, celui du privé, explique Saïd Hammouche, directeur de Mozaïk RH (5). Les sources de financement multiples favorisent l’indépendance. L’État et l’entreprise doivent être partenaires.»
La mutation d’une association classique en entrepreneur social suppose une réflexion sur son modèle économique: établir un business plan devient nécessaire. «Les associations doivent prouver leur crédibilité et celle d’un retour sur investissement, poursuit Saïd Hammouche. Nous devons montrer comment notre action va perdurer, se développer, être dupliquée.»
Pour trouver des partenaires, le networking, cette démarche qui permet de se constituer un réseau professionnel, devient indispensable. «C’est l’huile qui fait tourner les rouages de la machine», estime Victor d’Allant. Enfin, devenir entrepreneur, c’est prendre des risques. Pour Victor d’Allant, le droit à l’erreur serait, aux États-Unis, davantage considéré comme faisant partie de l’expérience.
Ce qui manque pour promouvoir l’entrepreneuriat social, ce sont des success stories, des histoires qui puissent inspirer. «Il y a peu de vedettes comme Mohamed Yunus, prix Nobel de la paix (créateur de la Grameen Bank), qui permettent à des jeunes de s’identifier», regrette Victor d’Allant. «Il faut valoriser ces démarches», complète Arnaud Mourot. L’un des objectifs des organisations comme Ashoka, Social Edge ou ESF est de diffuser le concept d’entrepreneuriat social pour l’intégrer dans la pensée de nos sociétés. «Faire bouger les lignes», résume Arnaud Mourot. Les lignes, les mentalités, et notre quotidien. Alors, à vous de jouer!
(1) Social Edge est un programme issu de la Skoll Foundation, qui permet aux entrepreneurs et travailleurs sociaux de communiquer.www.socialedge.org [1]
(2) www.esf-france.org [2]
(3) www.ashoka.asso.fr [3]
(4) www.la-ruche.net [4]
(5) Cabinet de recrutement spécialisé dans la promotion de la diversité.
www.mozaikrh.com [5]
Liens:
[1] http://www.socialedge.org
[2] http://www.esf-france.org
[3] http://www.ashoka.asso.fr
[4] http://www.la-ruche.net
[5] http://www.mozaikrh.com