Adjoint au délégué interministériel à l’Orientation, ex-enseignant, Jean-Marie Lenzi est au coeur de l’élaboration des politiques de formation et d’orientation. Témoignage.
«L’orientation est décisive. L’information doit aller vers les lycées pour une connaissance des filières et de leurs débouchés. Un effort de clarification et d’harmonisation dans l’intitulé des diplômes est nécessaire. Il faut plus de lisibilité pour les recruteurs comme pour les étudiants. D’une université à l’autre, les noms des diplômes sont différents mais recoupent les mêmes qualifications professionnelles.
Les grandes entreprises se tournent davantage vers les grandes écoles. Ce sont souvent les PME qui emploient des diplômés de l’université. Les DRH ont beau s’en défendre, le recrutement reste soumis à des réflexes très conformistes. Le diplômé d’une école d’ingénieur est considéré comme un produit standard garanti. Théoriquement, vous ne prenez pas de risque en l’embauchant. Mais il y a un discours émergeant sur les compétences transversales et générales que les diplômés de l’université ont acquises. Avec des profils plus originaux et une plus grande diversité sociale. Ils sont souvent plus motivés et inventifs du fait de leur parcours. Cette approche progresse, mais attendons de voir les chiffres…
Il faudrait suivre la progression de ces profils dans les années à venir. Nous préconisons des enquêtes de suivi six mois après le diplôme. Le début du réseau, c’est quand on garde un lien avec l’établissement d’origine. Or, aujourd’hui, ce lien n’existe quasiment plus à l’université. Les relations entre étudiants sont moins réelles que dans les grandes écoles, du fait du grand nombre d’étudiants. Les opérations d’encadrement des jeunes diplômés dans les zones urbaines sensibles montrent que le plus grand drame est l’isolement.
On est seul face à ses difficultés: une formation pas très professionnelle, un milieu social qui ne vous donne ni les codes et ni le réseau pour rebondir. La loi Pécresse demande à chaque université d’élaborer un schéma directeur sur l’insertion et l’orientation professionnelles. C’est la bonne démarche. L’essentiel est de savoir quelle fonction d’insertion l’université doit assurer, à savoir la connaissance du marché du travail, les techniques de recherche d’emploi et la recherche de stages.»