Huit années d’absence pour une remise en question, un changement d’orientation musicale et de look… Pit Baccardi est de retour avec "Juste moi", un album très personnel. Rencontre.
Ton dernier album solo date de 2002, comment expliques-tu ces huit ans d’absence?
Je n’étais pas préparé au succès, j’ai fait des choix que je n’ai pas assumés par la suite. Je voulais prendre du recul afin de me reconstruire. Si la célébrité m’était tombée dessus à 30 ans, ça se serait passé autrement. A 20 ans, je pensais plus à m’amuser qu’à bâtir une maison et construire une famille.
Après si longtemps, tu n’as pas peur de ne pas retrouver ton public ?
Peur, non. Une chose est sûre, les gens ne vont pas m’accueillir à bras ouverts, mais j’ai confiance en moi. Je n’ai pas trahi ce que j’étais, mes albums sont dans la même lignée. On y retrouve les mêmes ingrédients : l’amour, la concentration et l’envie de faire de la bonne musique.
Pourquoi avoir d’abord présenté Juste Moi à la presse camerounaise ?
Pour la première fois, un de mes albums va sortir dans mon pays d’origine, le Cameroun. Je suis très attaché à ma terre, à mes racines. Je voulais donner la primeur au peuple camerounais qui m’a soutenu durant mes années d’absence.
Comment comptes-tu vendre ton album au Cameroun ? 
Malgré le piratage de masse, des réseaux de distribution se développent. J’essaye de faire comprendre aux Camerounais que la copie illégale de musique peut tuer un artiste. S’ils aiment ma musique, il faut l’acheter. Sans ça, je n’aurai plus envie de distribuer mes disques là-bas. Il faut aussi comprendre que ça permet de faire tourner l’économie du pays.
Pourquoi avoir fondé Empire Company ?
La musique est mon activité première. Après l’album Première Classe, je n’avais plus envie d’être dirigé par une major. Pour créer mon label, je me suis associé avec le footballeur Nicolas Anelka. Ça ne m’empêche pas de garder un lien avec une maison de disques pour m’appuyer sur ses réseaux de distribution et de contacts.
Un message à faire passer avec cet album ?
Ce disque est le reflet de mes expériences personnelles. Par exemple, dans le morceau « Je me suis fait une raison », j'évoque une rupture sentimentale douloureuse. Dans «Vivre», je raconte ma naissance, mon ascension et mes échecs…Cela peut parler à beaucoup de monde. Mon principal message : positivez, profitez de l’instant présent.
Quelle est la couleur de Juste Moi, ses influences ?
L’empreinte musicale est mélancolique, c’est un de mes traits de caractère. On retrouve aussi de l’ego-trip, de la musique africaine, du festif… J’essaye d’apporter une certaine diversité pour faire voyager mon public. Par contre, le seul autre rappeur sur le disque, c’est mon petit frère, Dosseh. J’ai travaillé avec Kery James, Rhoff, Lunatique, Oxmo, Diam's…En somme, toutes les grandes figures du rap. Pour cet album, j’ai privilégié mon entourage et mes coups de cœur, comme Toma ou Marc-Antoine.
Tu as un morceau avec le saxophoniste Manu Dibango...
C’est mon ami, je l’appelle le « Michael Jackson » du Cameroun, notre icône à nous. Même si on est proche, Manu ne pose sur un titre que s’il adhère au projet. Il n’a pas besoin de faire des collaborations pour gagner de l’argent. Ça vient d’une simple envie de partager... Il ne me viendrait d'ailleurs pas à l’esprit de travailler avec des gens que je n’apprécie pas.
Où s’est tourné le clip de « Juste moi » ?
Au Cameroun. Le fil conducteur : une médaille qui se transmet au fur et à mesure de l’histoire. Les personnes qui la portent me représentent, de ma naissance à ma mort. « Juste moi » souligne que, belle carrière ou pas, on termine tous six pieds sous terre. C’est aussi un cadeau que je m'offre pour garder une trace de mes proches : il y a des membres de ma famille dedans. Dans dix ans, je pourrai me retourner et dire : regardez ce que l’on a fait ensemble.
Tu dis être «artiste» avant d’être « rappeur »...
Les gens ont tendance à croire que c’est de la prétention. Je me dis plutôt artiste parce que je ne veux pas qu’on me cantonne à un style.
Ton regard sur le côté bling-bling du rap actuel ?
Je n’y vois pas de problème, c’est une mode. Demain, le rap conscient aura peut-être le vent en poupe. Il n'y a rien de mal à afficher sa réussite en exhibant des voitures ou des gros bijoux. Il n’y pas que les rappeurs qui le font. Les grands entrepreneurs aiment aussi le luxe et les femmes. Ça devient juste problématique quand le son est mauvais.
Et sur l’évolution marketing ?
C’est un débat inutile. Il faut avancer avec son époque. Au départ, on écoutait du rap sur cassette, maintenant on le télécharge sur Internet. Si l’époque demande plus de marketing, je le ferai; je n’ai pas envie de passer pour un vieux con.
Pourquoi avoir créé ta fondation?
Lorsque j’ai visité une prison pour orphelins au Cameroun, je me suis dit : fuis et ne te retourne jamais, ou fais face à la réalité et accompagne ces enfants dans leur souffrance. J’ai donc créé la fondation Pit Baccardi. Dans ce cadre, je parraine aussi une prison pour femmes. Comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, je dois être sur place au moins six fois par an pour gérer la fondation.
Tes projets pour 2010 ?
Continuer à entreprendre, m’investir encore plus dans ma fondation, faire des concerts. J’ai recontacté Benji et Jacky des Neg’Marron pour travailler sur un projet «Première classe», mais ça reste du domaine de la discussion.
Juste Moi (Empire Company), sortie digitale le 22 mars 2010. Dans les bacs le 10 mai. www.myspace.com/pitbaccardi [1]
Liens:
[1] http://www.myspace.com/pitbaccardi